Les villages autochtones de la côte ouest de l'Alaska font face à une vulnérabilité accrue en raison des changements climatiques. Deux tempêtes en octobre, dont les restes du typhon Halong, ont mis en lumière l'urgence de la situation. Des dizaines de communautés ont subi des dégâts importants, ravivant les questions sur leur pérennité face à l'érosion côtière et au dégel du pergélisol.
Alors que l'hiver s'installe, les travaux de réparation d'urgence ralentissent. Des habitants de villages comme Kipnuk et Kwigillingok, parmi les plus touchés, pourraient être déplacés pour de longs mois. Leur avenir immédiat demeure incertain, et la question de la relocalisation devient plus pressante que jamais.
Points Clés
- Les villages autochtones de l'Alaska sont gravement menacés par les tempêtes et le changement climatique.
- Le typhon Halong a causé des destructions sans précédent, déplaçant des centaines de maisons.
- La relocalisation est une solution envisagée, mais elle est complexe, coûteuse et lente.
- Le manque de financement et de coordination fédérale entrave les efforts d'adaptation.
- L'Alaska se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale, aggravant les risques.
Des Dégâts Sans Précédent
Les tempêtes d'octobre ont laissé des traces de dévastation. Bryan Fisher, le directeur de la gestion des urgences de l'État, a qualifié les dégâts causés par l'ex-typhon Halong comme les pires qu'il ait vus en près de 30 ans de carrière. Environ 700 maisons ont été détruites ou gravement endommagées. Certaines ont été emportées sur des kilomètres, avec des personnes à l'intérieur.
Les villages de Kipnuk et Kwigillingok, qui abritent environ 1 100 personnes, ont été particulièrement dévastés. Un décès a été confirmé et deux personnes sont toujours portées disparues. Ces communautés ne sont pas étrangères aux inondations, mais l'ampleur des destructions récentes est inédite.
Chiffres Clés
- 700 : Nombre estimé de maisons détruites ou gravement endommagées.
- 1 100 : Nombre d'habitants dans les villages de Kipnuk et Kwigillingok.
- 1 : Décès confirmé suite aux tempêtes.
- 2 : Personnes toujours portées disparues.
Le Rôle Accru du Changement Climatique
L'Alaska connaît un réchauffement climatique plus rapide que la moyenne mondiale. Ce phénomène intensifie la vulnérabilité des villages côtiers. Moins de glace de mer arctique signifie plus d'eaux libres, ce qui permet aux vagues générées par les tempêtes de causer des dommages plus importants. Le dégel du pergélisol contribue également à une érosion côtière plus rapide.
John Walsh, un climatologue, explique que lorsque les vagues frappent le pergélisol gelé, elles rebondissent comme sur un mur de béton. Cependant, lorsque le pergélisol dégèle, le sol devient meuble et est emporté plus facilement par l'eau. À Quinhagak, le vent et la marée de tempête du typhon Halong ont emporté des dizaines de mètres de littoral, perturbant un site archéologique important.
Contexte Géographique et Climatique
Quinhagak, comme Kipnuk et Kwigillingok, est situé près de la mer de Béring. Rick Thoman, spécialiste du climat au Centre d'évaluation et de préparation au climat de l'Alaska, a noté que seulement quatre ex-typhons ont frappé la côte de la mer de Béring au nord des îles Pribilof depuis 1970. Trois d'entre eux se sont produits depuis 2022, à commencer par les restes de Merbok cette année-là. Cette fréquence accrue souligne une tendance inquiétante.
Options d'Adaptation et Leurs Défis
Les communautés menacées ont plusieurs options pour faire face aux dangers climatiques. Elles peuvent renforcer les infrastructures existantes ou fortifier le littoral. Une autre approche est le déplacement d'infrastructures vers des terrains plus élevés, une stratégie connue sous le nom de « retrait géré ». Enfin, la relocalisation complète du village est une option, souvent la plus complexe.
Selon un rapport du Consortium de santé tribale des autochtones d'Alaska, 144 communautés autochtones sont menacées par l'érosion, les inondations ou le dégel du pergélisol. Le rapport estime un besoin de 4,3 milliards de dollars sur 50 ans pour protéger les infrastructures des communautés autochtones contre les menaces climatiques. Cependant, cette estimation date de 2020 et les besoins réels pourraient être encore plus élevés.
« Là où nous pouvons soutenir cette résilience accrue pour gagner du temps, nous le ferons », a déclaré Bryan Fisher, soulignant l'importance d'acheter du temps aux villages pour évaluer leurs prochaines étapes, notamment en renforçant les infrastructures ou en surélevant les maisons sur pilotis.
Obstacles à la Relocalisation
La relocalisation est un processus long et coûteux. Il a fallu des décennies et environ 160 millions de dollars pour que les quelque 300 résidents de Newtok, dans l'ouest de l'Alaska, déménagent à 14,5 kilomètres vers leur nouveau village de Mertarvik. Newtok a été l'une des premières communautés autochtones d'Alaska à se relocaliser entièrement. Ce processus complexe est souvent entravé par un manque de ressources et de coordination.
Annoncer des plans de relocalisation peut rendre une communauté inéligible aux fonds pour de nouvelles infrastructures sur son site actuel. De plus, les politiques gouvernementales peuvent limiter les investissements sur un nouveau site si personne n'y vit encore. Ces défis créent un cercle vicieux pour les villages en péril.
Manque de Soutien Fédéral et Incohérences Politiques
Malgré l'urgence, les villages manquent de soutien fédéral coordonné. Sheryl Musgrove, directrice du programme de justice climatique de l'Alaska Institute for Justice, travaille avec 10 communautés tribales sur leurs décisions d'adaptation climatique. Elle note que des villages comme Kipnuk et Kwigillingok « n'ont pas ce genre de temps » pour attendre des décennies.
Il n'existe pas d'agence fédérale unique chargée de coordonner la relocalisation. Cela oblige les petites communautés à naviguer entre une multitude d'agences et de programmes, rendant le processus extrêmement difficile. Madame Musgrove espère que les événements récents mèneront à des changements au niveau fédéral pour aider les communautés en danger.
Financement et Politiques
En 2022, le Bureau des affaires indiennes a créé le programme de relocalisation volontaire et communautaire, allouant 115 millions de dollars pour les efforts de relocalisation de 11 tribus, dont 25 millions de dollars chacun pour Newtok et Napakiak. Cependant, ces montants sont insuffisants pour déplacer un village entier. Des opportunités de financement supplémentaires sont éparpillées entre d'autres agences, comme le ministère de l'Agriculture et la NOAA.
Le soutien fédéral soutenu reste incertain. L'administration actuelle a proposé des coupes budgétaires importantes, y compris 617 millions de dollars dans les programmes d'autonomie gouvernementale et communautaires tribaux du Bureau des affaires indiennes. Ces coupes pourraient avoir un impact direct sur la capacité des communautés à se protéger ou à se relocaliser.
Même les subventions de la FEMA pour des projets de relocalisation à Newtok et Kwigillingok n'ont pas été versées avant que l'administration ne suspende des milliards de dollars de subventions impayées en avril. L'approbation des demandes de financement pour l'atténuation des risques, un ajout typique au soutien fédéral après des catastrophes majeures, a également été arrêtée.
Un Avenir Incertain pour les Communautés Autochtones
La situation des villages côtiers d'Alaska est un exemple frappant des défis posés par le changement climatique. Entre la rapidité de l'érosion, la complexité de la relocalisation et les incertitudes du soutien fédéral, l'avenir de ces communautés est de plus en plus précaire. La nécessité d'une approche coordonnée et d'un financement adéquat est plus urgente que jamais.
Les données nécessaires aux villages pour évaluer l'impact du changement climatique sont également menacées. L'administration actuelle a retiré des informations liées au changement climatique des sites web gouvernementaux et a licencié des scientifiques chargés des rapports d'évaluation climatique du pays. Cette situation rend d'autant plus difficile la prise de décisions éclairées pour ces communautés vulnérables.





