La crise de l'obésité mondiale et le changement climatique partagent des racines communes. C'est la conclusion d'une nouvelle étude scientifique majeure qui met en lumière l'impact de notre système alimentaire sur la santé humaine et l'environnement. Plus d'un milliard de personnes souffrent d'obésité dans le monde, un chiffre qui devrait atteindre 1,3 milliard d'ici 2030, alors même que la production alimentaire contribue de manière significative aux émissions de gaz à effet de serre.
Points Clés
- L'obésité et le changement climatique sont liés par le système alimentaire mondial.
- Les aliments ultra-transformés et la consommation de viande rouge aggravent les deux crises.
- La production alimentaire représente entre un quart et un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
- Les solutions politiques incluent la taxation du sucre et le réalignement des subventions agricoles.
- Les changements systémiques sont nécessaires pour garantir l'accès à une alimentation saine et durable.
Le système alimentaire, moteur des défis mondiaux
Le système alimentaire actuel est un facteur majeur de dégradation de la santé et de l'environnement. C'est ce que révèle une nouvelle revue scientifique publiée dans Frontiers in Science. Cette étude établit un lien direct entre l'augmentation des aliments ultra-transformés et les régimes riches en viande, et l'aggravation des problèmes de santé ainsi que les dommages environnementaux croissants.
Les chercheurs soulignent que l'obésité et le changement climatique sont deux facettes d'une même problématique. Le professeur Paul Behrens de l'Université d'Oxford, auteur principal de la revue, déclare :
« Le système alimentaire est à l'origine des dommages sanitaires et environnementaux. »Cette observation met en évidence la nécessité d'une approche globale pour résoudre ces crises interconnectées.
Chiffres Clés
- 1 milliard de personnes sont obèses dans le monde.
- Ce chiffre pourrait atteindre 1,3 milliard d'ici 2030.
- La production alimentaire représente 25% à 33% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
- En Europe, environ 82% des subventions alimentaires soutiennent des produits nocifs pour la santé et l'environnement.
Impact des régimes alimentaires modernes
L'étude met en évidence le rôle des aliments ultra-transformés. Ces produits, souvent bon marché et fortement commercialisés, sont devenus omniprésents. Ils contribuent directement à l'augmentation des taux d'obésité. Parallèlement, la consommation excessive de viande, en particulier de bœuf, a un impact environnemental significatif.
L'élevage bovin est une source majeure de méthane, un gaz à effet de serre puissant. Il est également un moteur de la déforestation dans des régions vulnérables. Les auteurs de l'étude précisent que tous les aliments transformés ne sont pas égaux. Certains aliments végétaux fortement transformés peuvent être plus sains et moins polluants que la viande non transformée.
Qu'est-ce qu'un aliment ultra-transformé ?
Les aliments ultra-transformés sont des formulations industrielles créées à partir d'ingrédients extraits d'aliments (huiles, sucres, protéines) ou synthétisés (additifs, arômes). Ils sont souvent riches en sucres, graisses saturées et sel, et pauvres en fibres et micronutriments. Leur production et leur consommation sont associées à des risques accrus de maladies chroniques et à un impact environnemental élevé en raison de leur chaîne de production complexe.
Limites des solutions individuelles et médicales
Bien que les médicaments amaigrissants et la chirurgie bariatrique connaissent un essor sans précédent, les auteurs de l'étude estiment qu'ils traitent davantage les symptômes que les causes profondes du problème. Le professeur Behrens affirme :
« Ce sont des solutions très invasives, incroyablement coûteuses, à un problème qui est en fait causé par l'environnement alimentaire et les entreprises qui le façonnent. »
Les inégalités en matière de santé sont également une préoccupation majeure. De nombreuses communautés à faible revenu dépendent d'aliments moins chers et moins sains. Elles ont un accès limité aux solutions médicales coûteuses. Cette disparité aggrave le cycle des problèmes de santé et environnementaux.
Solutions politiques et changements systémiques
La revue scientifique propose plusieurs mesures politiques pour inverser la tendance. Ces mesures incluent la taxation des produits sucrés, un étiquetage alimentaire clair et des restrictions sur la commercialisation d'aliments malsains auprès des enfants. Il est également crucial de réorienter les subventions agricoles.
Actuellement, de nombreuses subventions soutiennent les aliments les plus polluants et les moins sains. En Europe, environ 82% des subventions alimentaires financent des produits comme la viande et les produits laitiers, qui sont parmi les plus dommageables pour la santé et l'environnement. Aux États-Unis, les consommateurs dépensent 1,1 billion de dollars par an en nourriture, mais les coûts réels, incluant les dommages sanitaires et environnementaux, dépassent 3 billions de dollars.
Actions Recommandées
- Taxer les produits sucrés : Réduire la consommation d'aliments ultra-transformés.
- Étiquetage alimentaire clair : Informer les consommateurs sur la composition des produits.
- Restrictions marketing : Protéger les enfants de la publicité pour les aliments malsains.
- Réaligner les subventions : Soutenir une agriculture durable et des aliments sains.
- Achats publics responsables : Utiliser le pouvoir d'achat des gouvernements pour favoriser des options saines.
Le rôle des achats publics
Le professeur Behrens insiste sur l'importance des achats publics. Les gouvernements achètent de la nourriture pour les écoles, les hôpitaux et les prisons. Changer ce qui est servi dans ces établissements peut faire des options plus saines la norme. Cela peut aussi créer une demande fiable pour des cultures plus durables auprès des agriculteurs.
Bien que l'étude mette l'accent sur les changements systémiques, elle ne néglige pas la responsabilité individuelle.
« Nous ne devrions pas nous fier uniquement à l'individu, » dit Behrens. « En même temps, nous votons trois fois par jour, et souvent nous avons le choix de ce que nous mangeons. »
Les stratégies efficaces peuvent varier d'un pays à l'autre. Cependant, des progrès durables nécessitent des modifications profondes du système alimentaire lui-même. L'objectif est de garantir un accès généralisé à une nourriture délicieuse et saine pour tous. La transformation de nos habitudes alimentaires et des politiques agricoles est essentielle pour un avenir plus durable et plus sain.





