Les stations de ski européennes sont confrontées à des défis importants en raison du changement climatique. Des températures plus élevées et un enneigement réduit menacent l'avenir de l'industrie du ski, poussant de nombreuses régions à repenser leur modèle économique.
Points Clés
- Le changement climatique rend l'enneigement naturel rare en Europe.
- La production de neige artificielle est coûteuse et gourmande en ressources.
- Seules quatre des 21 anciennes villes hôtes des Jeux olympiques d'hiver pourraient encore convenir d'ici 2050.
- Plus de la moitié des stations européennes risquent un faible enneigement avec une hausse de 2°C.
- Le coût des forfaits de ski a augmenté de 34,8% en moyenne en 10 ans.
L'impact du réchauffement sur les Jeux olympiques d'hiver
Le Comité International Olympique (CIO) reconnaît l'impact du réchauffement climatique sur l'organisation des Jeux d'hiver. Depuis 1924, 21 sites ont accueilli cet événement. Une étude de 2021, publiée dans la revue scientifique Taylor & Francis, révèle que seulement quatre de ces sites seraient encore adaptés d'ici le milieu du siècle si aucune action climatique n'est prise.
Ces quatre sites incluent Lake Placid (États-Unis), Lillehammer et Oslo (Norvège), et Sapporo (Japon). Dans le pire des scénarios, avec une augmentation de 4 degrés Celsius d'ici 2050, seule Sapporo pourrait accueillir à nouveau les Jeux d'ici 2080.
Fait marquant
Même en respectant l'Accord de Paris et en limitant le réchauffement à 2 degrés Celsius, seulement neuf sites olympiques actuels pourraient organiser l'événement en 2050.
L'économie du ski européen menacée
L'économie du tourisme hivernal en Europe a généré environ 180 milliards d'euros en 2022. Les Alpes, cœur de cette activité, abritent également des ressources en eau vitales et une biodiversité précieuse. Cette région compte 80 millions d'habitants, soit environ 15% de la population de l'UE.
L'Allemagne possède le plus grand nombre de stations de ski en Europe, avec 498 stations en 2020/21. L'Italie en compte 349 et la France 317. L'Autriche suit avec 253 domaines skiables.
Une étude de 2023, parue dans Nature Climate Change, prévoit que 53% des 2 234 stations de ski européennes seront confrontées à un risque très élevé de faible enneigement si le climat se réchauffe de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels. Aux Pyrénées, ce chiffre pourrait atteindre 89%.
La neige artificielle : une solution coûteuse et risquée
Face au manque de neige naturelle, la production de neige artificielle est devenue une pratique courante. Cependant, cette solution présente des coûts économiques et environnementaux élevés. L'OCDE avait déjà souligné en 2007 la « règle des cent jours » : une station doit pouvoir compter sur 100 jours d'ouverture par an, avec au moins 30 centimètres de neige naturelle, pour être rentable.
« Pour enneiger une piste d'un kilomètre de long, d'environ 50 mètres de large et 40 centimètres d'épaisseur, le coût varie entre 30 000 et 40 000 euros », selon l'agence AGI.
Le coût de production de neige artificielle se situe entre 2 et 3,8 euros par mètre cube. Un hectare de piste enneigée coûte environ 15 000 euros. Ces coûts, bien que marginaux par rapport aux dépenses globales d'une station, sont significatifs.
Impact environnemental
La production de neige artificielle nécessite d'énormes quantités d'eau. Pour enneiger un hectare avec 30 centimètres de neige, un million de litres d'eau sont nécessaires, soit mille mètres cubes. Cela correspond à la consommation annuelle d'une ville de 1,5 million d'habitants pour un enneigement ultérieur.
De plus, l'électricité est nécessaire pour faire fonctionner les canons à neige, augmentant la consommation d'énergie et les émissions de gaz à effet de serre. L'enneigement artificiel de toutes les stations alpines européennes nécessiterait environ 600 GWh, l'équivalent de la consommation annuelle de 130 000 foyers de quatre personnes.
Des forfaits de ski de plus en plus chers
Ces coûts croissants se répercutent directement sur les skieurs. Les dépenses liées au ski en Europe ont augmenté de 34,8% en moyenne depuis 2015, dépassant largement l'inflation. Les augmentations les plus fortes ont été observées en Suisse, en Autriche et en Italie.
« Le ski deviendra un sport pour les riches », a expliqué Christophe Clivaz, maître de conférences à l'Université de Lausanne. « C'est déjà le cas, mais cela le sera de plus en plus car les coûts d'entretien des pistes vont augmenter. »
Selon l'association de protection des consommateurs Assoutenti, un forfait journalier pour le « Dolomiti Superski » coûte jusqu'à 86 euros par jour, contre 67 euros en 2021. À Livigno, près de la frontière suisse, l'augmentation a été la plus forte, passant de 52 euros en 2021 à 72 euros en 2025, soit une hausse de 38%.
L'avenir des montagnes européennes
François Hugues, chercheur à l'Inrae, identifie trois catégories de massifs montagneux en Europe. Le premier groupe, comme les Alpes intérieures (France, Suisse, Autriche), bénéficie d'altitudes et de conditions favorables. Le deuxième groupe, plus vulnérable, inclut les Alpes slovènes ou les Pyrénées. Enfin, le troisième groupe, comme les montagnes de la péninsule ibérique ou les Apennins en Italie, est déjà poussé à la limite par la crise climatique.
Pour les régions les plus touchées, il est difficile d'envisager des retours économiques positifs en se concentrant encore sur les sports d'hiver. Même pour les stations moins impactées, une réflexion sur les modèles économiques est indispensable pour s'adapter aux conséquences du réchauffement climatique.
L'Union Européenne, dans la révision de son plan d'action pour la région alpine, a souligné la nécessité d'une gestion coordonnée des cours d'eau transfrontaliers. C'est essentiel pour protéger et restaurer les ressources en eau et leurs écosystèmes, garantissant ainsi la résilience et la sécurité hydrique de l'Europe.





