Le gouvernement italien a officiellement demandé la suspension du Système d'échange de quotas d'émission (SEQE) de l'Union européenne. Cette décision intervient dans un contexte de critiques croissantes envers le mécanisme de tarification du carbone. Rome estime que le SEQE représente une charge fiscale supplémentaire pour les entreprises européennes et nuit à leur compétitivité.
Cette initiative marque une attaque significative contre la politique climatique phare de l'UE. Elle soulève des questions sur l'avenir du consensus européen en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. D'autres pays ont également exprimé des réserves, mais la position italienne est la plus ferme à ce jour.
Points Clés
- L'Italie demande la suspension du Système d'échange de quotas d'émission (SEQE) de l'UE.
- Rome considère le SEQE comme une taxe néfaste pour la compétitivité des entreprises.
- Le marché du carbone a montré une forte volatilité récemment.
- Des divergences apparaissent au sein de l'UE concernant l'approche climatique.
- La Commission européenne prépare une révision du SEQE pour cette année.
Une attaque frontale contre le pilier climatique de l'UE
Le Système d'échange de quotas d'émission, ou marché carbone, est en place depuis 2005. Il oblige les centrales électriques et les usines à acheter des permis pour chaque tonne de CO2 émise. Ce mécanisme est considéré comme l'outil le plus puissant de l'UE pour lutter contre le changement climatique.
Le ministre italien des Entreprises, Adolfo Urso, a déclaré que le SEQE, « tel qu'il est conçu actuellement, représente une taxe supplémentaire sur les entreprises européennes ». Selon lui, cela augmente les coûts de production et affaiblit la compétitivité des industries.
« Le mécanisme SEQE, tel qu'il est conçu actuellement, n'est rien d'autre qu'une taxe, un prélèvement sur les entreprises à forte consommation d'énergie. Il est nécessaire de le réviser substantiellement… Pour ce faire correctement, le mécanisme SEQE doit être suspendu en attendant une réforme », a affirmé Adolfo Urso à Bruxelles.
Le saviez-vous ?
- Le SEQE couvre environ la moitié des émissions de l'UE.
- Il a été lancé en 2005 pour réduire les émissions industrielles.
- Le prix du carbone a chuté de 81 € à environ 70 € en quelques semaines.
Volatilité du marché du carbone
Les récentes déclarations ont déjà eu un impact sur le marché. Le prix du carbone a connu une forte volatilité. Il est passé de 81 € à 72 € la tonne de CO2 en une semaine, puis a glissé à un peu plus de 70 € après les commentaires d'Urso. Cette instabilité reflète la pression croissante sur le système.
La Commission européenne doit procéder à une révision plus large de cette politique plus tard cette année. L'Italie souhaite que la suspension précède cette révision. Elle espère ainsi influencer les discussions futures de manière significative.
Les arguments de Rome et les inquiétudes industrielles
L'Italie ne se limite pas à demander une suspension. Elle a également annoncé des plans pour subventionner les exploitants de centrales électriques au gaz. Ces subventions compenseraient le coût des quotas d'émission. Cette mesure annulerait de fait l'incitation à la décarbonisation du système.
Le gouvernement italien soutient que la compensation des centrales au gaz réduira le coût de l'énergie renouvelable. Dans le système actuel, les sources d'énergie les plus chères, souvent le gaz fossile, fixent le prix pour l'ensemble du marché. En abaissant le coût du gaz, l'Italie espère voir une baisse générale des prix de l'électricité.
« Nous faisons face à l'effondrement de l'industrie chimique européenne ; nous faisons face à une crise de la sidérurgie européenne. Nous ne pouvons pas attendre le calendrier des négociations de l'UE pour trouver des solutions », a insisté Adolfo Urso.
Contexte énergétique italien
L'Italie dépend fortement des centrales au gaz, qui représentent environ 44 % de son mix énergétique. Cette forte dépendance contribue à des factures d'électricité élevées, parmi les plus chères d'Europe. Les Italiens supportent les quatrièmes factures d'électricité les plus élevées du continent.
Une démarche unilatérale
Des alliés de la Première ministre Giorgia Meloni soutiennent cette approche. Ils qualifient le SEQE de taxe et estiment qu'une action unilatérale est nécessaire. Cette démarche vise à forcer la main de l'UE en vue de la révision de la loi.
Raffaele Nevi, un député important de la coalition de Meloni, a expliqué que le remboursement des centrales à gaz vise à « ouvrir un dialogue » avec la Commission européenne. Il souhaite également agir comme un « catalyseur » pour une réforme rapide du marché du carbone.
Critiques et défenseurs du marché carbone
Les critiques de la proposition italienne sont nombreuses. Elles estiment que cibler le SEQE n'aura qu'un effet marginal sur les factures des ménages. De plus, cette mesure pourrait récompenser de manière disproportionnée les puissants producteurs de gaz italiens.
Les défenseurs du marché carbone rappellent que le SEQE est la pierre angulaire de la transition verte de l'UE. Subventionner les coûts du carbone, comme le promet Meloni, risquerait d'encourager les investissements dans les combustibles fossiles.
« Les prix excessifs de l'électricité en Italie sont la conséquence directe de sa dépendance excessive au gaz pour la production d'énergie – la plus élevée de l'UE », a déclaré Chiara di Mambro, directrice Europe du think tank climatique italien ECCO. « Suspendre le SEQE comme proposé aujourd'hui ou subventionner le gaz, comme envisagé dans le récent décret énergétique du gouvernement, ferait aller l'Italie dans la direction opposée : affaiblir le signal prix, augmenter l'incertitude du marché et, finalement, retarder la transition loin des combustibles fossiles coûteux. »
Un ancien dirigeant italien du secteur de l'énergie, s'exprimant sous couvert d'anonymat, a souligné que l'Italie socialise en réalité les coûts du carbone. Ces coûts sont normalement supportés par les centrales à gaz. « Vous supprimez une taxe sur l'énergie générée par les combustibles fossiles et vous distribuez ce coût également sur l'énergie générée par les énergies renouvelables », a-t-il expliqué.
De plus, les prix de l'énergie renouvelable sont souvent fixés par des contrats bilatéraux à long terme. La mesure italienne pourrait donc avoir un effet limité sur les factures des ménages. Elle risquerait aussi de dérailler les plans d'investissement à long terme des producteurs d'énergie renouvelable, qui se basent sur des prix plus élevés liés au SEQE.
Pressions croissantes sur le SEQE et divisions européennes
La Commission européenne n'a pas encore réagi formellement au décret italien. Cependant, elle subit une pression intense pour assouplir le SEQE avant sa révision prévue au troisième trimestre de cette année.
La ministre autrichienne de l'Énergie, Elizabeth Zehetner, a également suggéré que les centrales au gaz devraient être exemptées du SEQE. Elle a plaidé pour une distinction entre le gaz et le charbon, ne pénalisant que les « émissions de carbone plus élevées ».
Lors de la réunion des ministres de l'Industrie à Bruxelles, l'Autriche a réitéré son soutien à l'approche italienne. L'Allemagne a aussi demandé une révision approfondie du SEQE. La ministre de l'Économie Katharina Reiche a estimé que les normes de la Commission pour le calcul des permis de pollution gratuits par secteur n'étaient « pas réalisables pour notre industrie chimique ».
Points de vue divergents au sein de l'UE
- L'Autriche soutient l'approche italienne de suspension ou d'exemption pour le gaz.
- L'Allemagne demande une révision pour les normes de permis gratuits.
- La France et la Suède s'opposent à un affaiblissement du SEQE.
Cependant, tous les pays ne partagent pas ces préoccupations. Les ministres français et suédois se sont opposés aux demandes d'affaiblissement ou de suspension du SEQE. La ministre suédoise de l'Industrie, Ebba Busch, a mis en garde contre une « opération à cœur ouvert » de l'un des instruments économiques les plus performants de l'Union, craignant que cela ne « coupe complètement la circulation sanguine ».
Ces divergences mettent en lumière les défis auxquels l'Union européenne est confrontée. Elle doit concilier ses ambitions climatiques avec les préoccupations de compétitivité industrielle et les réalités énergétiques de chaque État membre. La révision du SEQE sera un moment crucial pour l'avenir de la politique climatique européenne.





