Les États-Unis s'apprêtent à envoyer un câble diplomatique à des dizaines de pays pour les avertir de ne pas adopter une taxe climatique sur l'industrie du transport maritime. Ce document, rédigé par le Département d'État en coordination avec le Département de l'Énergie, exprime une opposition ferme à toute mesure de taxation du carbone maritime et aux fonds associés.
Cette initiative marque une intensification des efforts américains pour contrecarrer les actions internationales visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur maritime, qui représente environ 3 % de la pollution climatique mondiale. La position américaine vise à bloquer le Cadre Zéro Émission Nette (NZF) proposé par l'Organisation Maritime Internationale (OMI).
Points Clés
- Les États-Unis s'opposent fermement à une taxe carbone sur le transport maritime.
- Un câble diplomatique est en préparation pour dissuader les pays membres de l'OMI.
- L'administration vise à bloquer le Cadre Zéro Émission Nette (NZF) de l'OMI.
- Cette opposition s'inscrit dans un effort plus large de freiner l'action climatique internationale.
- Le vote sur la taxe carbone avait déjà été reporté d'un an en octobre dernier.
Une opposition diplomatique renforcée
Le Département d'État américain travaille activement à la rédaction d'un câble diplomatique. Ce document sera envoyé aux nations membres du Comité de la protection du milieu marin de l'OMI avant sa prochaine réunion, prévue le 27 avril. Il indique clairement que les États-Unis sont « fortement opposés » à toute taxe sur la pollution climatique des navires.
Le câble stipule également que les États-Unis « ne toléreront pas » la création d'un fonds utilisant les revenus du carbone pour financer des programmes de réduction des émissions de l'industrie maritime. Cette position est le dernier épisode d'une longue saga de l'OMI pour encadrer les émissions du transport maritime.
Chiffres Clés
- 3 % : Part des émissions mondiales de gaz à effet de serre provenant du transport maritime.
- 2050 : Objectif de zéro émission nette fixé par l'OMI dans sa stratégie de réduction de 2023.
Le Cadre Zéro Émission Nette (NZF) en ligne de mire
L'administration américaine cible spécifiquement le Cadre Zéro Émission Nette (NZF), un ensemble d'initiatives liées à la taxe carbone. Ce cadre, dont une ébauche a été approuvée par plusieurs pays en avril dernier, vise à encourager l'utilisation de carburants marins plus propres. L'objectif est d'atteindre zéro émission nette pour l'industrie d'ici 2050.
Le NZF aurait établi une norme d'intensité carbone qui se renforcerait au fil du temps. Cela inciterait l'industrie à passer des combustibles fossiles à des alternatives à faibles émissions. Les navires qui ne respecteraient pas cette norme devraient payer une redevance, dont les fonds serviraient à financer la transition vers des carburants plus écologiques et à soutenir les pays en développement.
« La voie la plus appropriée est de mettre fin à l'examen du NZF avant de passer à une nouvelle discussion », déclare le projet de câble diplomatique.
Une stratégie de blocage persistante
Le vote sur la taxe carbone avait déjà été reporté d'un an en octobre dernier. À l'époque, l'administration américaine avait menacé d'imposer des tarifs douaniers aux nations qui soutiendraient cette mesure. Deux secrétaires du Cabinet avaient alors décrit cet effort pour bloquer la taxe comme une action « tous sur le pont ».
Aujourd'hui, les responsables de l'administration cherchent à éliminer définitivement cette mesure. Ils s'attaquent également à d'autres initiatives liées à la taxe dans le cadre du NZF. Un porte-parole du Département d'État a confirmé l'opposition de l'administration à la proposition de l'OMI, déclarant : « Nous nous battrons avec acharnement pour protéger le peuple américain et ses intérêts économiques. »
Contexte International
L'OMI, une agence spécialisée des Nations Unies, est chargée de réglementer l'industrie du transport maritime. Elle est devenue une cible privilégiée de l'administration américaine dans ses efforts pour affaiblir l'action internationale contre le changement climatique.
La stratégie de réduction des émissions de l'OMI pour 2023 inclut un objectif de zéro émission nette d'ici 2050. Le secrétaire à l'Énergie, Chris Wright, avait qualifié cette idée de « folle et mauvaise ».
Alternatives au NZF également rejetées
Le câble diplomatique, également appelé « démarche », sera accompagné d'un document connexe du Département d'État. Ce document précisera la position américaine contre toute alternative au NZF qui s'appuierait sur des « mandats rigides et des fardeaux économiques ». Il insiste sur le fait que de tels plans ne doivent pas inclure de « pénalité financière, de taxe carbone ou de fonds multilatéral ».
Le document demande également à l'OMI de ne pas fixer d'« objectif arbitraire » pour « concevoir la conformité à rebours ». Cela semble faire référence à l'objectif de zéro émission nette d'ici 2050. Plus tôt ce mois-ci, lors d'un sommet sur le transport maritime en Grèce, Marco Sylvester, secrétaire adjoint d'État aux affaires de transport, avait appelé l'OMI à abandonner ce qu'il a appelé le Cadre « Zombie » Net.
Impact sur les carburants et les initiatives régionales
La position américaine, qui pourrait encore évoluer, appelle également l'OMI à éliminer les pénalités sur le gaz naturel liquéfié (GNL) et à ne pas imposer de limites ou de pénalités sur les types de carburants. Le cadre de l'OMI n'interdirait pas le GNL ou les biocarburants, mais les navires fonctionnant uniquement au GNL devraient éventuellement payer une pénalité.
Le document américain affirme que « plutôt que de poursuivre un régime mondial d'émissions qui restreindrait les types d'énergie, l'OMI devrait chercher à créer un environnement d'abondance énergétique. » Il soutient également que les initiatives régionales de réduction de la pollution maritime, comme le Système d'échange de quotas d'émission de l'Union européenne (EU ETS), devraient être supprimées.
Défis pour l'Union Européenne
Cela pourrait poser un défi pour l'UE. Selon Agathe Peigney, responsable des politiques maritimes chez Transport et Environnement, un groupe européen de défense des transports propres, l'UE ne pourrait modifier son système d'échange de quotas d'émission pour le transport maritime que si une future mesure de l'OMI correspondait ou surpassait la force du système européen. L'UE a déjà réaffirmé son engagement à atteindre zéro émission pour le transport maritime après le report de la taxe carbone.
Propositions Alternatives
- Libéria : Propose de ne pas avoir de taxe carbone directe et de juger les réductions d'émissions par l'« adoption par le marché de carburants marins à faible émission de carbone ».
- Brésil : Argumente en faveur du maintien du NZF, qu'il juge « solide et réaliste » et destiné à « minimiser ses impacts sur la vie des gens ».
Réactions et perspectives d'avenir
Certains pays envisagent d'autres approches. Une proposition alternative soumise à l'OMI par le Libéria ne prévoit pas de taxe carbone directe. Elle stipule que les réductions d'émissions devraient être évaluées en fonction de l'« adoption par le marché de carburants marins à faible émission de carbone ». Cette proposition, co-parrainée par l'Argentine et le Panama, des registres maritimes majeurs, a été élaborée pour éviter l'appellation de « taxe carbone ».
Evelyne Williams, ancienne négociatrice du Département d'État, estime que cette proposition, bien qu'atténuée, ne satisfera probablement pas une administration américaine prédisposée à rejeter par principe toute mesure liée au climat. Le secrétaire général de l'OMI, Arsenio Dominguez, a laissé entendre que la suppression du fonds de distribution des recettes de la taxe carbone pourrait être un compromis.
Les analystes de l'industrie et les défenseurs du climat soulignent que le cadre de l'OMI pourrait éviter la création d'un ensemble disparate de réglementations. Ces régulations fragmentées augmenteraient les coûts et l'incertitude pour l'industrie du transport maritime. L'incertitude réglementaire ralentit l'adoption d'incitations qui pourraient encourager les compagnies maritimes à commander de nouveaux navires, dont la durée de vie est de plusieurs décennies.





