Les stations de ski européennes font face à un défi croissant. Le changement climatique réduit l'enneigement naturel, menaçant une industrie de 30 milliards d'euros et les communautés montagnardes qui en dépendent. Des mesures urgentes sont nécessaires pour s'adapter à cette réalité.
Points Clés
- L'enneigement diminue de 12,2% par décennie en Europe.
- Plus de la moitié des stations européennes sont à risque élevé sans neige artificielle.
- L'Italie est particulièrement touchée, avec 90% des pistes dépendant de la neige de culture.
- La production de neige artificielle est énergivore et gourmande en eau.
- L'industrie du ski représente 30 milliards d'euros pour l'Europe.
Une diminution alarmante de l'enneigement
Les données récentes soulignent une tendance inquiétante. L'épaisseur de la neige a diminué d'environ 12,2% chaque décennie en Europe. Cette réduction s'accélère, impactant directement la durée de la couverture neigeuse au sol.
La persistance de la neige, c'est-à-dire le nombre de jours où la neige reste au sol, diminue d'environ 0,44 jour par an. Cela signifie moins de jours de neige pour les stations, ce qui rend l'exploitation difficile.
Fait Marquant
Une étude publiée dans la revue Nature estime qu'environ 1 200 stations de ski dans 28 pays européens sont menacées de fermeture si les températures mondiales atteignent 2 degrés Celsius au-dessus des niveaux préindustriels.
Les stations de basse altitude sont les plus vulnérables. Elles dépendent fortement des chutes de neige naturelles, qui se font de plus en plus rares et imprévisibles.
Le rôle crucial mais problématique de la neige artificielle
Pour contrer le manque de neige naturelle, les canons à neige sont devenus un outil indispensable. Sans eux, plus de la moitié des 2 234 stations de ski étudiées dans 28 pays européens seraient confrontées à un risque très élevé d'approvisionnement en neige avec un réchauffement climatique de 2 degrés Celsius.
Cependant, cette solution n'est pas sans inconvénients. La production de neige artificielle est extrêmement gourmande en ressources. Il faut environ 1 000 litres d'eau pour fabriquer 2,5 mètres cubes de neige artificielle.
De plus, l'efficacité des canons à neige diminue considérablement à mesure que les températures augmentent. Au-delà d'un certain seuil, ils deviennent inopérants, ce qui limite leur utilité comme solution à long terme.
« La neige artificielle est une béquille, pas un remède miracle. Elle consomme énormément d'eau et d'énergie, et son efficacité est directement liée à des températures froides que nous voyons de moins en moins souvent. »
Impact Environnemental
L'utilisation intensive de l'eau pour la neige de culture peut exacerber les problèmes de pénurie d'eau dans certaines régions, surtout pendant les périodes de sécheresse. L'énergie nécessaire à leur fonctionnement contribue également aux émissions de gaz à effet de serre.
L'Italie et la France en première ligne
L'Italie est le pays le plus exposé à ce risque. Selon l'association environnementale italienne Legambiente, 90% des pistes italiennes dépendent de la neige artificielle. En 2025, 265 stations de ski ont été abandonnées en Italie.
L'Autriche, la Suisse et la France suivent de près. En France, 186 stations de ski ont déjà fermé leurs portes en raison du manque de neige. Ceuze, dans les Alpes françaises, en est un exemple frappant. Ouverte il y a 85 ans, elle a dû fermer en 2018 après un enneigement insuffisant.
Ces fermetures laissent derrière elles des « stations fantômes », modifiant profondément le paysage et l'économie des communautés montagnardes. Seules les stations situées à des altitudes plus élevées peuvent encore garantir un enneigement suffisant pour attirer les visiteurs.
Un impact économique et social majeur
L'industrie du ski en Europe représente environ la moitié de toutes les zones skiables du monde. Elle génère plus de 200 millions de forfaits de ski chaque saison et pèse environ 30 milliards d'euros.
La fermeture des stations a des conséquences dramatiques pour les économies locales. Les commerces, les hébergements et les services liés au tourisme hivernal sont directement affectés, entraînant des pertes d'emplois et une dévitalisation des régions.
Conséquences pour les skieurs
Moins de neige signifie moins de pistes ouvertes. Cet hiver, des files d'attente de plusieurs heures pour les remontées mécaniques ont été signalées, frustrant les visiteurs et affectant l'expérience globale du ski.
Au-delà du tourisme, le manque de neige a des répercussions sur l'approvisionnement en eau. La neige agit comme un réservoir naturel, libérant de l'eau au printemps. Moins de neige signifie moins d'eau disponible, ce qui peut entraîner des pénuries, notamment dans les régions méditerranéennes et en Espagne.
On estime que deux milliards de personnes dans le monde dépendent des bassins alimentés par la fonte des neiges. La diminution de l'enneigement est donc une menace non seulement pour l'industrie du ski, mais aussi pour la sécurité hydrique mondiale.
Vers un avenir incertain pour les sports d'hiver
Les prévisions météorologiques sont de plus en plus difficiles. Certains experts évoquent des hivers « à l'ancienne » avec de fortes chutes de neige, tandis que d'autres soulignent l'imprévisibilité croissante des projections à long terme.
Cette incertitude rend la planification difficile pour les stations. Les investissements dans les infrastructures de neige artificielle sont coûteux et leur rentabilité est de plus en plus remise en question face à des hivers plus doux.
Les communautés montagnardes doivent envisager des stratégies de diversification économique. Le développement du tourisme d'été, des activités de plein air ou d'autres secteurs non liés à la neige devient essentiel pour assurer leur survie.
La situation actuelle exige une réflexion approfondie sur l'avenir des sports d'hiver en Europe. L'adaptation au changement climatique n'est plus une option, mais une nécessité urgente pour préserver ces écosystèmes fragiles et les économies qui en dépendent.





