Des experts scientifiques, des ingénieurs et des juristes ont exprimé leur vive inquiétude suite à la suppression d'un chapitre sur la science du climat d'un manuel de référence destiné aux juges fédéraux et étatiques. Ce manuel aide ces professionnels à comprendre des preuves scientifiques complexes en cour. La décision, survenue après une intervention politique, soulève des questions importantes sur l'intégrité de l'information scientifique mise à la disposition du système judiciaire.
Points clés
- Un chapitre sur la science du climat a été retiré d'un manuel judiciaire de référence.
- Cette décision fait suite à une lettre de 27 procureurs généraux républicains.
- Des experts scientifiques et juridiques dénoncent une ingérence politique.
- Le manuel est une ressource essentielle pour les juges depuis plus de 30 ans.
- Le chapitre supprimé reste disponible sur le site des National Academies.
Une décision controversée
Le 29 janvier, une coalition de 27 procureurs généraux républicains a envoyé une lettre au Federal Judicial Center. Ils y demandaient le retrait immédiat du chapitre sur la science du climat de la quatrième édition du manuel. Ils affirmaient que ce chapitre était biaisé et contenait des problèmes méthodologiques. Le procureur général de la Virginie-Occidentale, John B. McCuskey, a mené cette démarche, soulignant l'importance de l'exactitude et de l'impartialité du manuel.
Huit jours plus tard, le Federal Judicial Center a informé les procureurs généraux qu'il avait bien « omis le chapitre sur la science du climat » de la dernière édition. Cette rapidité de décision a surpris de nombreux observateurs. Elle a également soulevé des questions sur la pression politique exercée sur une publication scientifique.
Un fait à savoir
Le manuel de référence sur les preuves scientifiques est utilisé par les juges fédéraux depuis plus de 30 ans. Il a été cité plus de 1 300 fois dans des décisions de justice, démontrant son rôle crucial.
Réactions des experts
La suppression du chapitre a provoqué l'indignation de nombreux experts ayant contribué à d'autres sections du manuel. Ils ont exprimé leur colère de voir des politiciens, sans expertise scientifique, cibler des informations qui ne correspondaient pas à leurs opinions. Dans une lettre ouverte publiée dans Science Politics, 28 auteurs du volume ont dénoncé une « tournure troublante où la politique partisane a interféré avec la dernière édition de ce manuel ».
« Si je vous dis à quel point nous avons passé en revue chaque chapitre, combien d'examens anonymes, combien de vérifications nous avons effectués, et que 27 politiciens viennent dire : 'Non, nous n'acceptons pas cette science', c'est tout simplement effroyable. »
Brenda Eskenazi, co-auteure du chapitre sur l'épidémiologie, a souligné le processus rigoureux de révision par les pairs. Elle a affirmé que si le chapitre avait été biaisé, cela aurait été signalé lors des nombreuses évaluations. Pour elle, transformer une question scientifique en un débat politique est inacceptable.
Le chapitre toujours disponible ailleurs
Malgré sa suppression du manuel publié par le Federal Judicial Center, le chapitre sur la science du climat reste accessible sur le site web des National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine. Cette situation atténue en partie les effets négatifs de la décision, selon Hank Greely, bioéthicien et directeur du Programme en neurosciences et société de l'Université de Stanford. Il a co-écrit le chapitre sur les neurosciences du manuel.
Cependant, Greely a décrit la suppression comme « profondément ennuyeuse ». Il y voit un exemple d'ingérence politique inappropriée dans la science. Pour lui, cela reflète un désir de n'entendre que la science qui confirme des positions préétablies. Le manuel est une ressource utile non seulement pour les juges, mais aussi pour les avocats qui plaident devant eux.
Contexte du manuel
Le Reference Manual on Scientific Evidence a été créé par le Federal Judicial Center, une agence de recherche et d'éducation établie par le Congrès en 1994. Il est co-publié avec les National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine. Son objectif est de fournir aux juges des outils pour évaluer des preuves scientifiques complexes.
Arguments des procureurs généraux et la réponse des auteurs
Les procureurs généraux républicains ont prétendu que le chapitre sur la science du climat nuirait à l'impartialité judiciaire. Ils ont affirmé qu'il offrait des « opinions concluantes sur des questions très controversées ». Jessica Wentz, experte juridique à l'Université Columbia, et Radley Horton, climatologue à l'Université Columbia, ont co-écrit le chapitre contesté.
Ils ont publié une réponse le 25 février, expliquant que les conclusions contestées, telles que « les activités humaines ont réchauffé le climat de manière univoque » et qu'il est « extrêmement probable » que l'influence humaine soit à l'origine du réchauffement des océans, sont des références directes à des organismes scientifiques faisant autorité. Parmi eux figurent le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) de l'ONU et le Programme de recherche américain sur le changement global.
- Les activités humaines ont réchauffé le climat de manière univoque.
- L'influence humaine est extrêmement probable dans le réchauffement des océans.
Ces conclusions sont fondées sur des preuves « univoques » selon Wentz et Horton. La suppression du chapitre prive les juges d'une explication fondamentale de la science pertinente, examinée avec soin. Cela les laisse sans outil pour évaluer les arguments des parties, la littérature parfois sélectionnée ou les témoignages d'experts rémunérés.
Les dangers de l'ingérence politique
Les experts signataires de la lettre ouverte ont averti des conséquences dangereuses. Si des acteurs politiques peuvent déterminer quels domaines scientifiques sont défavorisés et exclus de l'éducation judiciaire, toutes les disciplines scientifiques pertinentes pour les litiges complexes deviennent vulnérables à la même tactique. Cette situation pourrait miner la capacité des tribunaux à rendre des décisions éclairées basées sur des faits scientifiques établis.
Les démocrates du Congrès ont également réagi. La semaine dernière, ils ont envoyé une lettre au Federal Judicial Center. Ils y ont qualifié la décision de « capituler face à la pression de la droite » d'« inadmissible » et ont exigé la réintégration du chapitre. Le débat continue, soulignant la tension entre la science et la politique dans la sphère publique.





