Des dizaines de leaders indigènes d'Amérique latine ont rallié Belém, au Brésil, pour la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP30). Leur arrivée, marquée par une flottille symbolique, vise à exiger une plus grande influence sur la gestion de leurs territoires. Ils alertent sur les menaces croissantes liées à l'exploitation minière, pétrolière et forestière.
Points Clés
- Des leaders indigènes de la Cordillère des Andes et de l'Amazonie sont arrivés à Belém pour la COP30.
- Ils demandent une plus grande autonomie dans la gestion de leurs terres.
- La flottille symbolise la lutte contre l'exploitation minière, pétrolière et forestière.
- Les communautés indigènes protègent un tiers de la forêt amazonienne.
- Leur voyage a mis en lumière l'impact de la fonte des glaciers andins sur l'Amazonie.
Un voyage symbolique des Andes à l'Amazonie
Le 9 novembre, un bateau transportant environ soixante leaders indigènes a accosté à Belém. Ce voyage de plusieurs semaines a débuté sur un glacier andin, traversant des fleuves jusqu'à la côte tropicale brésilienne. Cette expédition a pour but de souligner l'urgence de la situation environnementale et les droits des peuples autochtones.
Les participants ont choisi ce parcours pour montrer les liens directs entre la fonte des glaciers des Andes et les écosystèmes amazoniens. Près de la moitié de l'eau du fleuve Amazone provient des Andes. Or, ces montagnes ont perdu entre 30% et 50% de leurs glaces glaciaires depuis les années 1980.
Un fait marquant
La Cordillère des Andes, la plus longue chaîne de montagnes du monde, abrite plus de 99% des glaciers tropicaux mondiaux. Leur fonte rapide menace directement les sources d'eau de l'Amazonie.
Des arrêts marquants pour sensibiliser
Au cours de leur périple, la flottille a fait des haltes stratégiques au Pérou, en Colombie et au Brésil. Ces étapes ont permis de mettre en lumière les défis spécifiques rencontrés par diverses communautés amazoniennes. À Coca, en Équateur, un « enterrement des combustibles fossiles » a été organisé, un acte fort pour dénoncer l'industrie pétrolière.
À Manaus, au Brésil, des projections de courts métrages et des ateliers ont été organisés pour impliquer les communautés locales. Malgré les défis logistiques et les conditions changeantes des cours d'eau, le groupe a poursuivi sa mission, observant la pollution et les débris le long de son chemin.
La demande d'une voix plus forte
L'objectif principal de ces leaders est d'obtenir une participation accrue dans la gestion de leurs territoires. Ils estiment que leurs connaissances traditionnelles sont essentielles pour protéger la biodiversité. Lucia Ixchiu, une indigène K'iche du Guatemala, a souligné l'importance de cette démarche.
« Nous voulons parvenir à un consensus où les territoires indigènes ne seront plus sacrifiés. Il ne s'agit pas seulement de garantir de l'argent ou des financements », a déclaré Lucia Ixchiu.
Elle insiste sur le fait que la Terre Mère n'est pas une entreprise. Les populations indigènes pratiquent des modes de vie respectueux de la biodiversité depuis plus de 12 000 ans. Ces savoirs ancestraux offrent des solutions alternatives aux modèles économiques actuels.
Contexte de la COP30
La COP30 se déroule à Belém, une ville située à l'embouchure de l'Amazonie. Ce choix met en avant l'importance cruciale de la forêt amazonienne dans la régulation du climat mondial. Les discussions porteront sur les objectifs de réduction des émissions, le financement climatique et l'adaptation aux changements climatiques.
Menaces sur les territoires indigènes
Un rapport récent d'Earth Insight et de la Global Alliance of Territorial Communities met en lumière l'ampleur des menaces. Environ un tiers de la forêt amazonienne est occupée par des communautés indigènes ou locales. Dans 17% de ces zones, on observe des empiètements liés à l'extraction de pétrole et de gaz, à l'exploitation minière et à l'abattage forestier.
Ces activités industrielles mettent en péril non seulement l'environnement, mais aussi la vie des défenseurs de l'environnement. Entre 2012 et 2024, plus de 1 690 défenseurs ont été tués ou ont disparu dans les pays partageant l'Amazonie, le Congo, l'Indonésie, le Mexique et l'Amérique centrale. Ces chiffres proviennent de Global Witness et témoignent d'une réalité brutale.
Un espoir pour l'avenir
Malgré les tensions géopolitiques et la lenteur des négociations climatiques, Lucia Ixchiu exprime un certain optimisme. Elle a voyagé pendant 30 jours avec des jeunes indigènes. Leur engagement pour la défense de leurs territoires lui donne de l'espoir.
« Je vois l'engagement qu'ils ont pour la défense de leurs territoires », a-t-elle affirmé à son arrivée. « Cette COP est celle de l'Amazonie parce que nous sommes ici, exigeant et prenant les places que nous méritons. »
L'arrivée de la flottille, surnommée Yaku Mama, ou « Mère de l'Eau », a été célébrée par un banquet et des caipirinhas. Une cérémonie traditionnelle a eu lieu, avec des bougies, des chants, des bonbons, des graines, des feuilles de coca et même un fœtus de lama. Ces offrandes visaient à demander la permission et à honorer les divinités ainsi que la Terre Mère avant le début du sommet.
L'importance de la perspective indigène
Les peuples autochtones sont souvent les premiers touchés par les effets du changement climatique. Leur mode de vie dépend directement de la santé des écosystèmes. Ils détiennent des connaissances inestimables sur la manière de vivre en harmonie avec la nature. Leur présence à la COP30 est cruciale pour garantir que ces perspectives soient intégrées dans les décisions mondiales.
Leur lutte met en lumière la nécessité d'une approche holistique de la conservation. Il ne s'agit pas seulement de protéger des forêts, mais de reconnaître les droits et les rôles des communautés qui en sont les gardiennes. La COP30 représente une occasion unique de réévaluer les stratégies actuelles et d'écouter ceux qui vivent au quotidien avec les conséquences de la crise climatique.
La résilience et la détermination de ces leaders indigènes envoient un message puissant. Ils rappellent au monde que la protection de l'environnement est intrinsèquement liée à la justice sociale et aux droits humains. Leur voix doit être entendue et leurs propositions prises en compte pour un avenir durable.





