De nouveaux documents révèlent une stratégie de financement orchestrée par le géant pétrolier ExxonMobil. L'entreprise aurait soutenu financièrement un réseau de think tanks conservateurs en Amérique latine dans le but de diffuser des informations visant à minimiser le rôle des énergies fossiles dans la crise climatique.
Ces révélations mettent en lumière les efforts déployés par des acteurs majeurs de l'industrie pour influencer le débat public et retarder l'action climatique dans une région particulièrement vulnérable aux effets du réchauffement planétaire.
Points Clés
- Des documents indiquent qu'Exxon a financé l'Atlas Network, une coalition de think tanks pro-marché.
- Plus de 500 organisations partenaires à travers le monde sont impliquées dans ce réseau.
- La campagne visait à semer le doute sur la science du climat en Amérique latine.
- Cette stratégie s'inscrit dans un contexte de pression croissante sur les entreprises fossiles pour leur responsabilité climatique.
Une campagne d'influence structurée
Au cœur de cette affaire se trouve l'Atlas Network, une organisation basée aux États-Unis qui fédère un vaste réseau de plus de 500 think tanks dits « pro-marché » à l'échelle mondiale. Des documents récemment mis au jour suggèrent que des fonds provenant d'Exxon ont transité vers cette coalition et ses partenaires.
L'objectif présumé de ces financements était de promouvoir un discours public remettant en question le consensus scientifique sur le changement climatique. En soutenant des organisations locales influentes, la campagne aurait cherché à créer une perception d'incertitude et à freiner l'adoption de politiques environnementales contraignantes pour l'industrie pétrolière et gazière.
Cette méthode permet à une multinationale de rester en retrait tout en amplifiant des messages qui servent ses intérêts commerciaux. Les think tanks, se présentant comme des sources d'analyse indépendantes, confèrent une légitimité apparente à des arguments qui, autrement, seraient perçus comme directement issus du lobbying industriel.
La mécanique du réseau Atlas
L'Atlas Network fonctionne comme une plateforme de coordination et de financement. Il identifie, forme et soutient financièrement des groupes de réflexion partageant une idéologie de libre marché et de déréglementation. Ces groupes adaptent ensuite le message à leur contexte national et culturel, le rendant plus acceptable pour les audiences locales.
En Amérique latine, plusieurs de ces organisations ont activement participé au débat public sur l'énergie et l'environnement. Leurs publications, événements et interventions médiatiques ont souvent mis l'accent sur les coûts économiques de la transition énergétique, tout en minimisant les risques liés à l'inaction climatique.
Qu'est-ce qu'un think tank ?
Un think tank, ou groupe de réflexion, est une organisation qui mène des recherches et des activités de plaidoyer sur des sujets tels que la politique sociale, la stratégie politique, l'économie ou la technologie. Bien que souvent présentés comme indépendants, beaucoup sont financés par des entreprises, des fondations ou des donateurs privés, ce qui peut influencer leur orientation et leurs conclusions.
L'Amérique latine, une cible stratégique
Le choix de l'Amérique latine comme terrain pour cette campagne de désinformation n'est pas anodin. La région possède d'importantes réserves d'hydrocarbures, mais elle est aussi l'une des plus exposées aux conséquences du changement climatique, comme les sécheresses, les inondations et la montée du niveau de la mer.
De nombreux pays latino-américains dépendent économiquement de l'exportation de matières premières, y compris le pétrole et le gaz. Influencer le débat public dans ces nations peut donc avoir un impact direct sur les politiques énergétiques nationales et les investissements futurs dans le secteur des énergies fossiles.
« Diffuser le doute sur la science climatique dans les régions en développement peut retarder l'action politique de plusieurs années, garantissant ainsi la pérennité des marchés pour les produits pétroliers et gaziers. »
En semant la confusion, les promoteurs du déni climatique cherchent à polariser l'opinion et à présenter la protection de l'environnement comme un obstacle au développement économique. Cet argument trouve un écho particulier dans des pays confrontés à des défis sociaux et économiques importants.
Des conséquences concrètes
L'impact d'une telle campagne est multiple. Il peut se traduire par :
- Le retard dans la législation : Les gouvernements peuvent hésiter à adopter des lois climatiques ambitieuses face à une opposition organisée.
- La méfiance du public : La confiance dans les institutions scientifiques et les médias peut être érodée.
- Des investissements maintenus : Les flux de capitaux continuent de se diriger vers des projets d'énergies fossiles, au détriment des énergies renouvelables.
Pour les populations locales, cela signifie une vulnérabilité accrue aux catastrophes naturelles et aux impacts sanitaires liés à la pollution et au réchauffement climatique.
Une stratégie de longue date
Les accusations portées contre Exxon ne sont pas nouvelles. Depuis des décennies, l'entreprise est soupçonnée de connaître les risques liés à ses activités tout en finançant des campagnes visant à les nier publiquement. Des enquêtes antérieures ont déjà documenté des stratégies similaires en Amérique du Nord et en Europe.
Ce qui est nouveau, c'est la mise en évidence de l'étendue de ces opérations en Amérique latine via un réseau aussi structuré que celui de l'Atlas Network. Les documents révélés apportent des preuves supplémentaires sur la manière dont les intérêts de l'industrie fossile ont activement cherché à façonner la perception publique mondiale du climat.
Un réseau mondial
L'Atlas Network, fondé en 1981, se vante de son influence mondiale. Son réseau comprend des centaines d'organisations partenaires dans près de 100 pays. Le budget de l'organisation et de ses affiliés se chiffre en dizaines de millions de dollars annuels, provenant de diverses fondations et donateurs privés.
Cette affaire soulève des questions fondamentales sur la responsabilité des entreprises dans la crise climatique. Alors que la pression juridique et citoyenne s'intensifie, les stratégies d'influence et de lobbying de l'industrie des énergies fossiles font l'objet d'un examen de plus en plus minutieux.
La publication de ces documents pourrait ouvrir la voie à de nouvelles enquêtes et renforcer les appels à une plus grande transparence sur le financement des organisations qui participent au débat public sur des enjeux aussi cruciaux que l'avenir de notre planète.





