À l'approche de la COP30 au Brésil, les défenseurs du climat des nations insulaires du Pacifique se préparent à des négociations cruciales. Pour la première fois, ils disposent d'un outil juridique majeur : un avis historique de la Cour Internationale de Justice (CIJ) qui établit l'obligation légale de tous les pays de limiter leurs émissions de gaz à effet de serre.
Cette décision, initiée par des étudiants en droit de Vanuatu, confère un nouveau poids à leurs revendications pour une action climatique plus ambitieuse, le financement des catastrophes et la reconnaissance des droits des peuples autochtones.
Points Clés
- Les représentants des îles du Pacifique arrivent à la COP30 avec un avis de la CIJ affirmant l'obligation légale des États de lutter contre le changement climatique.
- Leurs principales demandes incluent l'élimination progressive des combustibles fossiles et un financement plus rapide pour la reconstruction après les catastrophes.
- L'histoire de la destruction de Niue par le cyclone Heta en 2004 illustre les pertes culturelles irréparables subies par ces nations.
- Les jeunes militants et les savoirs traditionnels autochtones sont placés au cœur de leur stratégie pour influencer les décisions mondiales.
La mémoire d'une catastrophe comme moteur
En janvier 2004, le cyclone Heta a frappé l'île de Niue avec une violence inouïe. Des vents de près de 300 km/h et des vagues gigantesques ont balayé le littoral, emportant des infrastructures vitales et des trésors culturels. Coral Pasisi, aujourd'hui directrice du changement climatique et de la durabilité à la Communauté du Pacifique (CPS), se souvient avec émotion de la dévastation.
Au lendemain de la tempête, elle a découvert que le musée national, l'hôpital et le palais de justice avaient disparu. « Il ne restait plus rien », a-t-elle raconté. Les dégâts ont été estimés à près de 48 millions de dollars, soit cinq fois le produit intérieur brut annuel de la nation.
« C'est une perte non économique inimaginable, irréparable et irremplaçable. Une perte qui a volé à nos enfants leurs futurs droits inhérents au savoir traditionnel et à l'identité culturelle », a témoigné Mme Pasisi devant la Cour Internationale de Justice.
Ce souvenir douloureux est devenu une force motrice pour de nombreux militants du Pacifique. Il illustre ce qui est en jeu : bien plus que des infrastructures, ce sont des cultures et des identités entières qui sont menacées par la crise climatique.
Un nouvel outil juridique pour la diplomatie climatique
Le témoignage de Coral Pasisi a contribué à un avis consultatif historique de la CIJ, qui a conclu que chaque nation a une obligation légale de protéger le système climatique. Bien que non contraignant, cet avis change la nature des négociations pour les délégués du Pacifique à la COP30.
« C'est une nouvelle perspective de clarté que nous avons tous maintenant en allant à la COP30 », explique Mme Pasisi. Les arguments ne sont plus seulement éthiques, ils sont désormais fondés sur le droit international. « Rien de tel qu'un avis juridique pour montrer de quel côté de la loi il faut se trouver. »
L'initiative étudiante qui a tout changé
La demande d'avis consultatif à la CIJ a été initiée par un groupe d'étudiants en droit de l'Université du Pacifique Sud à Vanuatu. Leur action démontre le pouvoir croissant de la jeunesse dans la lutte climatique mondiale.
Sindra Sharma, responsable des politiques internationales au Réseau d'action climatique des îles du Pacifique, partage cet optimisme. « Nous entrons dans cette COP pour la toute première fois armés de ce que la CIJ nous a donné, qui est un outil d'espoir et d'ambition », déclare-t-elle. L'objectif est d'utiliser cet outil pour obtenir des engagements concrets, notamment la révision des objectifs nationaux d'émissions pour respecter la limite de 1,5 degré Celsius de réchauffement.
Les revendications concrètes du Pacifique
Forts de cette nouvelle légitimité, les représentants des nations du Pacifique portent des demandes claires à la table des négociations au Brésil. Leurs priorités sont multiples et visent à transformer les promesses en actions tangibles.
Financement et responsabilité
Une demande centrale est l'accès plus rapide et plus juste aux financements climatiques. Coral Pasisi souligne la lenteur des processus actuels. Après le cyclone Heta, Niue s'est vu refuser une aide pour la reconstruction au motif que les critères ne couvraient que la relocalisation préventive, et non la réponse post-catastrophe.
Aujourd'hui, elle constate qu'il faut souvent jusqu'à huit ans pour que les fonds promis par des organisations comme le Fonds vert pour le climat arrivent, un délai insoutenable pour des communautés en situation d'urgence.
Les principales demandes à la COP30 :
- Élimination des combustibles fossiles : Un engagement mondial clair pour une sortie progressive des énergies fossiles.
- Financement des catastrophes : Des fonds accessibles et rapides pour la reconstruction et l'adaptation.
- Inclusion des savoirs autochtones : Intégrer les connaissances traditionnelles dans la prise de décision climatique.
- Protection des fonds marins : S'opposer à l'exploitation minière en haute mer pour les minéraux de transition.
La place des peuples autochtones
Au-delà de l'argent, la reconnaissance des droits et des savoirs des peuples autochtones est une priorité. Une délégation de jeunes Maoris de Nouvelle-Zélande (Aotearoa) milite pour un pouvoir de décision dans la gouvernance climatique.
« Nous n'accepterons pas de 'solutions' climatiques qui répètent les systèmes d'extraction et d'inégalité », ont-ils déclaré dans un communiqué. Ils insistent sur le respect des droits autochtones et la reconnaissance du concept de te taiao, le monde naturel, comme une entité vivante. Cette vision est à l'origine de la reconnaissance de la personnalité juridique à des montagnes et des rivières en Nouvelle-Zélande, un mouvement croissant pour les droits de la nature.
L'espoir porté par la jeunesse
Malgré des décennies de négociations souvent décevantes, un sentiment d'espoir renouvelé anime la délégation du Pacifique. Cet espoir ne vient pas des promesses des dirigeants mondiaux, mais de l'engagement de la jeunesse.
Belyndar Rikimani, des Îles Salomon et l'une des fondatrices du groupe d'étudiants à l'origine de la saisine de la CIJ, résume leur mission : « Nos foyers, nos cultures et nos modes de vie sont en première ligne d'une crise que nous n'avons pas provoquée. Notre objectif est de rappeler aux négociateurs que derrière chaque décision politique, il y a de vraies personnes et de vraies vies en danger. »
Pour Coral Pasisi, cette nouvelle génération est la plus grande source d'inspiration. « Le fait qu'ils aient mené l'appel à la CIJ montre à quel point les jeunes peuvent être puissants si on leur donne l'espace et si on les soutient », conclut-elle. « Quand vous voyez des jeunes se lever et dire : 'C'est mon avenir, nous n'allons pas nous noyer, nous allons survivre et prospérer', cet engagement est vraiment puissant et encourageant. »





