L'Union Européenne risque de ne pas atteindre ses objectifs climatiques sans une diversification rapide de ses approvisionnements en matières premières critiques. Un rapport de la Cour des comptes européenne souligne une dépendance alarmante vis-à-vis de la Chine, qui contrôle une part majoritaire de la production et du raffinage mondial de ces matériaux essentiels à la transition énergétique.
Points Clés
- L'UE dépend fortement de la Chine pour 60% de la production mondiale et 90% de la capacité de raffinage des matières premières critiques.
- Des matériaux comme le magnésium (97% des importations de l'UE), le gallium (71%) et les terres rares sont majoritairement importés de Chine.
- Le rapport de la Cour des comptes européenne estime que l'UE a peu de chances de diversifier ses sources d'ici 2030, menaçant le Pacte vert européen.
- Le Règlement sur les Matières Premières Critiques (CRMA) vise à fixer des objectifs d'extraction, de transformation et de recyclage, mais les défis sont considérables.
- Le recyclage est identifié comme une solution sous-exploitée pour réduire cette vulnérabilité.
La Vulnérabilité Stratégique de l'Europe
L'Europe fait face à un défi majeur : garantir l'accès aux matières premières critiques nécessaires à sa transition énergétique et numérique. Ces matériaux, essentiels pour les batteries de véhicules électriques, les éoliennes ou les panneaux solaires, sont principalement dominés par un seul acteur mondial : la Chine.
Les chiffres sont éloquents. La Chine représente 60% de la production mondiale de ces matériaux et 90% de la capacité de raffinage. Cette position dominante crée une vulnérabilité stratégique pour l'Union Européenne. Selon un rapport récent de la Cour des comptes européenne (CCE), malgré les efforts de diversification, l'UE est «peu susceptible de réussir à temps» à réduire sa dépendance d'ici la fin de la décennie.
Faits Importants
- La Chine fournit 97% du magnésium importé par l'UE, crucial pour les électrolyseurs à hydrogène.
- Pour le gallium, 71% des importations de l'UE proviennent de Chine.
- Le germanium (45%), le graphite (40%) et le tungstène (31%) montrent également une forte dépendance.
Des Efforts Insuffisants pour la Diversification
Depuis plusieurs années, l'Union Européenne a tenté de multiplier les accords commerciaux et les initiatives pour sécuriser ses approvisionnements. Quatorze nouveaux accords commerciaux ont été signés et la Commission européenne mène des efforts pour diversifier les sources. Pourtant, les résultats se font attendre.
La dépendance ne se limite pas aux minerais bruts. La Chine contrôle également des étapes clés de la chaîne de valeur, notamment le raffinage et la transformation. Sans ces capacités, même l'accès à des gisements ailleurs dans le monde ne résoudrait pas entièrement le problème.
«Sans matières premières critiques, il n'y aura pas de transition énergétique, pas de compétitivité et pas d'autonomie stratégique», a déclaré Keit Pentus-Rosimannus de la CCE. «Nous sommes dangereusement dépendants d'une poignée de pays en dehors de l'UE pour l'approvisionnement de ces matériaux. Il est vital que l'UE intensifie ses efforts.»
Contexte Géopolitique
Cette dépendance est d'autant plus préoccupante que Pékin utilise de plus en plus ces ressources comme un levier géopolitique. En 2025, la Chine a restreint ou suspendu à plusieurs reprises les exportations de terres rares vers l'UE, illustrant la fragilité de la chaîne d'approvisionnement européenne.
Le dialogue avec la Chine reste essentiel, comme l'a souligné le vice-président exécutif de l'UE, Stéphane Séjourné. Mais l'UE doit trouver un équilibre entre le maintien de relations commerciales cruciales et la nécessité de réduire sa vulnérabilité.
Le Règlement sur les Matières Premières Critiques (CRMA)
En 2024, l'UE a adopté le Règlement sur les Matières Premières Critiques (CRMA). Ce texte vise à réduire la dépendance envers les acteurs étrangers et à garantir la diversification des approvisionnements. Le CRMA identifie 34 matières premières critiques et 17 stratégiques, jugées «cruciales» pour les transitions verte et numérique, ainsi que pour les industries de défense et spatiale.
La loi fixe trois objectifs non contraignants pour 2030 concernant la consommation annuelle de matières premières de l'UE : 10% d'extraction locale, 40% de transformation au sein de l'UE et 25% provenant de matériaux recyclés. De plus, pas plus de 65% de chaque matière première stratégique ne doit provenir d'un seul pays non membre de l'UE.
Ces objectifs sont ambitieux compte tenu de la situation actuelle. Le rapport de la CCE insiste sur le fait qu'il reste «un long chemin à parcourir pour atteindre les objectifs» et que l'UE «aura du mal à sécuriser l'approvisionnement» d'ici la fin de la décennie.
Le Potentiel Inexploité du Recyclage
Une des voies prometteuses pour réduire la dépendance est le recyclage. La Cour des comptes européenne souligne le potentiel inexploité de cette approche. Actuellement, la plupart des objectifs de recyclage de l'UE n'incitent pas au recyclage des matériaux individuels ni à l'utilisation de matériaux recyclés.
La CCE suggère d'introduire des objectifs de recyclage contraignants pour les matières premières critiques individuelles. Elle recommande également des objectifs de collecte et de récupération réalistes pour les déchets contenant ces matériaux. Cela encouragerait la viabilité commerciale des opérations de recyclage.
- Aujourd'hui, 10 des matériaux critiques nécessaires à la transition énergétique ne sont pas recyclés du tout.
- Les coûts de traitement élevés et la disponibilité limitée des matériaux recyclés freinent le secteur européen.
L'UE doit également faciliter les importations de déchets contenant des matières premières critiques et leur circulation au sein du bloc pour stimuler l'industrie du recyclage.
«Dans une ère de tensions géopolitiques croissantes, l'UE doit intensifier son jeu. Elle doit concrétiser les partenariats stratégiques, libérer le potentiel de réutilisation et de recyclage et s'assurer que les projets stratégiques approvisionnent l'industrie de l'UE, et non nos concurrents», a conclu Keit Pentus-Rosimannus.
La création d'un centre européen des matières premières est également prévue pour gérer l'approvisionnement, éviter la fragmentation du marché et stocker ces matériaux essentiels. Cela nécessitera une clarté accrue sur les sources d'approvisionnement et les stocks, surtout dans un contexte de tensions avec la Chine.





