La nomination de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale américaine, envisagée par le président Donald Trump, pourrait modifier l'approche de l'institution face aux risques climatiques. Cette décision soulève des questions sur la future orientation de la banque centrale concernant les enjeux environnementaux.
Points clés
- Kevin Warsh critique l'implication des banques centrales dans les questions climatiques.
- Il qualifie le changement climatique de sujet « politiquement chargé ».
- La Fed s'est retirée d'un groupe international sur le verdissement financier juste avant l'entrée en fonction de Trump.
- Des économistes s'accordent sur l'impact économique du climat, mais débattent du rôle de la Fed.
- L'administration Trump cherche à réduire les réglementations climatiques dans le secteur financier.
Kevin Warsh et sa vision du rôle de la Fed
Kevin Warsh, ancien membre du conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale, a exprimé des réserves claires quant à l'engagement de la banque centrale sur les questions climatiques. Lors d'un discours l'année dernière devant des leaders financiers, il a qualifié le changement climatique de sujet « politiquement chargé ».
Selon Warsh, la Fed devrait se concentrer sur des missions traditionnelles et durables plutôt que sur des sujets « à la mode et éphémères ». Il a déclaré :
"Les banquiers centraux et les modes devraient rester étrangers. Il serait préférable pour le succès à long terme de la Fed de se concentrer sur ce qui est honoré par le temps et ce qui est durable, plutôt que sur ce qui est à la mode et éphémère."
Cette position marque un contraste avec les tendances actuelles observées dans d'autres banques centrales mondiales. Elle suggère un désengagement potentiel de la Fed vis-à-vis des politiques climatiques.
Un fait intéressant
La Réserve fédérale a rejoint, puis s'est retirée du Réseau des banques centrales et des superviseurs pour le verdissement du système financier (NGFS). Ce groupe vise à renforcer les réponses aux changements climatiques et regroupe la plupart des grandes banques centrales mondiales. Le retrait est survenu juste avant l'entrée en fonction de l'administration Trump le mois dernier.
Impacts économiques du changement climatique : un débat persistant
Malgré les opinions de Kevin Warsh, la communauté économique s'accorde largement sur le fait que le changement climatique affecte l'économie mondiale. Il pose des risques significatifs pour la stabilité financière.
Les banques pourraient subir des pertes importantes en cas de faillites généralisées dues à des événements météorologiques extrêmes. Par exemple, les compagnies d'assurance se retirent déjà de certains marchés touchés par des incendies de forêt et des tempêtes côtières de plus en plus fréquents et intenses.
Recherches internes et critiques
Le Conseil des gouverneurs de la Fed a lui-même publié des recherches sur ces risques. Derek Lemoine, professeur d'économie à l'Université de l'Arizona, estime que cette recherche devrait être au cœur du travail de la Fed.
"Son mandat est de maintenir la stabilité des prix et de maintenir l'emploi, et le changement climatique est clairement pertinent pour ces deux objectifs", a déclaré Lemoine. "Donc, la Fed violerait, à mon avis, son mandat en ne les étudiant pas au moins. Savoir si l'étude montre que cela affecte ce que la Fed fait est une autre question."
De nombreux activistes et certains démocrates critiquent la Fed pour son manque d'action. La Banque centrale européenne, en revanche, a pris des mesures plus importantes pour limiter ces risques.
Contexte réglementaire
En 2023, la Fed et deux autres agences ont publié des lignes directrices pour les institutions financières sur l'évaluation de leurs propres risques climatiques. Cependant, en octobre de la même année, ces agences ont retiré les lignes directrices, arguant qu'elles n'étaient pas nécessaires car les règles existantes exigeaient déjà que les banques examinent "un éventail de risques, y compris les risques émergents".
L'administration Trump et la déréglementation climatique
L'administration Trump a constamment cherché à annuler les réglementations liées au climat dans le secteur financier. La Securities and Exchange Commission (SEC) tente de retirer les règles exigeant une plus grande divulgation climatique des entreprises cotées en bourse.
La SEC a également œuvré pour rendre plus difficile pour les actionnaires de pousser les entreprises à agir sur le changement climatique. Ces actions réduisent la transparence et la stabilité du système financier, selon Andrew Behar, directeur général du groupe de défense des actionnaires As You Sow.
« Les réglementations visent à réduire les risques », a souligné Andrew Behar. La série de décisions prises par l'administration actuelle et potentiellement renouvelée, indique une orientation claire vers une réduction de l'intervention de l'État dans les questions environnementales au sein du secteur financier.
Quelles implications pour l'avenir ?
Si Kevin Warsh est confirmé à la tête de la Réserve fédérale, l'institution pourrait adopter une approche plus restrictive. Elle se concentrerait sur ses mandats traditionnels de stabilité des prix et de plein emploi, en minimisant la considération des risques climatiques.
Cette orientation pourrait avoir des répercussions significatives sur la manière dont les institutions financières évaluent et gèrent les risques liés au climat. Elle pourrait également influencer la politique climatique globale des États-Unis.
Les débats autour de cette nomination illustrent la tension croissante entre la nécessité d'intégrer les risques climatiques dans la politique économique et la volonté de certains dirigeants de limiter le rôle des banques centrales à des fonctions plus classiques.





