La NASA, agence spatiale américaine, est au cœur d'un débat intense concernant ses missions scientifiques liées au climat. Des coupes budgétaires et des pressions politiques ont affaibli sa capacité à communiquer sur les risques environnementaux, malgré l'urgence croissante de la crise climatique mondiale. Cette situation soulève des questions sur l'avenir de la recherche climatique aux États-Unis.
Points Clés
- La NASA a perdu environ 20 % de ses effectifs suite à un programme de départs.
- Des missions cruciales d'observation des gaz à effet de serre sont menacées de suppression.
- Le Congrès a rétabli une partie du budget scientifique de la NASA pour 2026.
- Le rapport annuel de la NASA sur les températures mondiales de 2025 omet toute mention du changement climatique.
- Des scientifiques et anciens employés appellent à restaurer le leadership de la NASA en sciences de la Terre.
Des missions scientifiques sous pression
Au cours de la dernière année, la NASA a été confrontée à des défis importants. L'agence a annoncé en juillet qu'environ 20 % de ses employés avaient accepté un programme de départs volontaires. Cette réduction d'effectifs a soulevé des inquiétudes quant à sa capacité à maintenir ses opérations et ses missions scientifiques essentielles.
En août, l'administration a demandé à la NASA d'élaborer des plans pour mettre fin à deux missions majeures. Parmi elles, la destruction prématurée du satellite d'observation du carbone en orbite, OCO-2 (Orbiting Carbon Observatory-2). Ce satellite continue de collecter des données de « qualité exceptionnellement élevée » sur les gaz à effet de serre autour de la Terre.
Fait Marquant
Le satellite OCO-2, lancé en 2014, mesure les niveaux de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. Ses données sont cruciales pour comprendre le cycle du carbone et les impacts du changement climatique.
Un appel à l'action pour la science climatique
Jon Mikel Walton, ancien responsable de l'engagement public de la NASA pour les sciences de la Terre, a lancé un appel vibrant. Dans une publication sur LinkedIn adressée à l'administrateur de la NASA, Jared Isaacman, il a insisté sur la nécessité de continuer à financer les missions scientifiques de la Terre. Cela inclut une flotte d'observatoires spatiaux comme OCO-2.
« Cette infrastructure publique essentielle sauve des vies, protège l'économie et maintient les États-Unis en avance. »
Walton a souligné que ces missions aident les scientifiques à transformer les observations en valeur publique. Elles permettent de mieux prévoir les tempêtes et les inondations, de renforcer la préparation aux catastrophes, d'améliorer la planification de l'eau et de l'alimentation, et d'offrir une visibilité plus claire sur les risques climatiques.
L'impact des incertitudes budgétaires
Selon Walton, « l'incertitude budgétaire et la pression politique ont affaibli l'une des sources d'intelligence terrestre les plus fiables du pays » au cours de la dernière année. Des équipes ont été réduites, des expertises ont été perdues, et la capacité de la NASA à communiquer clairement sur les risques climatiques et environnementaux a été « réduite au silence », précisément au moment où ces risques s'accélèrent.
Un porte-parole de la NASA a indiqué que l'agence « ne peut spéculer sur d'éventuels changements programmatiques » concernant l'avenir du satellite OCO-2. L'agence cherche activement des idées de « partenariats pour poursuivre les opérations et la collecte de données de la mission scientifique terrestre OCO-3 », une mission similaire à OCO-2.
Le rôle du Congrès dans la protection des fonds
Les législateurs se sont mobilisés pour défendre le rôle de la NASA dans les années à venir, notamment en matière de science climatique. Plus tôt ce mois-ci, le Congrès a voté pour maintenir en grande partie le budget de la NASA pour l'exercice fiscal 2026. Cette intervention de dernière minute a contrecarré les tentatives de l'administration de porter un coup dévastateur à sa division scientifique.
« Le Congrès a réaffirmé la mission scientifique de la NASA en rétablissant son financement », a écrit Walton. Il a ajouté que la question est maintenant de savoir si l'agence « mènera là où cela compte le plus : aider la nation – et le monde – à comprendre ce qui arrive à la Terre en temps réel. »
Contexte Politique
L'administration actuelle a souvent exprimé son scepticisme à l'égard de la science climatique, qualifiant même le changement climatique de « réveil » et promettant de favoriser l'extraction de combustibles fossiles. Cette position a eu des répercussions directes sur les agences fédérales chargées de la recherche environnementale.
Des rapports climatiques édulcorés
Les effets de ces pressions politiques sur les efforts climatiques de la NASA se manifestent de diverses manières. Plus tôt ce mois-ci, l'agence a publié son rapport annuel sur les températures de surface mondiales. Le rapport a noté que 2025 était encore plus chaude que 2023, mais il a omis toute mention du changement climatique, des effets désastreux de la combustion des combustibles fossiles, des émissions de gaz à effet de serre ou du concept de « réchauffement climatique », comme l'a noté l'Agence France-Presse.
Pour une agence dédiée à l'étude de la planète par le biais de sa direction scientifique, cette omission est significative. Le rapport précédent de la NASA, publié en 2024, était beaucoup plus détaillé. Il comprenait des graphiques, des vidéos et des citations de scientifiques soulignant le rôle du changement climatique. Le communiqué de presse accompagnant le rapport de cette année semblait être une simple formalité, limité à six paragraphes d'analyse superficielle.
- 2025 : Une des années les plus chaudes jamais enregistrées.
- Rapport 2025 : Aucune mention du changement climatique ou des émissions.
- Rapport 2024 : Détaillé, incluant des preuves et des citations de scientifiques.
Des voix scientifiques s'élèvent
Alors que la NASA continue de subir les contrecoups d'une administration désireuse de minimiser les effets du réchauffement climatique, d'autres experts sont beaucoup moins subtils dans leurs appels à l'action.
Michael Mann, climatologue à l'Université de Pennsylvanie, a déclaré à l'AFP : « Le gouvernement américain est maintenant, comme la Russie et l'Arabie saoudite, un État pétrolier sous l'administration Trump et la domination républicaine. Les actions de toutes ses agences et départements peuvent être comprises en termes de l'agenda des pollueurs qui dirigent le spectacle. »
Il a ajouté qu'il n'est donc « pas du tout surprenant que les administrateurs de la NASA tentent d'enterrer les conclusions de leur propre agence qui sont en conflit avec leur programme de déni climatique. » Ces déclarations soulignent la gravité de la situation et l'urgence de maintenir l'intégrité scientifique face aux pressions politiques.
La communauté scientifique espère que la NASA pourra « reconstruire » son leadership en sciences de la Terre et « restaurer sa voix publique sur la Terre ». Le financement de la flotte de missions scientifiques et la protection des équipes sont jugés essentiels pour que l'agence puisse continuer à « dire la vérité » sur l'état de notre planète.





