Le Parti Conservateur britannique, principal parti d'opposition, a annoncé son intention d'abroger la loi sur le changement climatique (Climate Change Act) s'il revenait au pouvoir. Cette déclaration, faite par sa dirigeante Kemi Badenoch, marque une rupture significative avec un consensus politique de longue date au Royaume-Uni sur la nécessité d'une action climatique.
Invoquant des coûts jugés excessifs pour les consommateurs et un frein à la croissance économique, cette nouvelle orientation politique place le parti en opposition directe avec la stratégie du gouvernement travailliste actuel, qui considère la transition écologique comme un moteur de développement économique.
Points Clés
- Le Parti Conservateur d'opposition au Royaume-Uni propose d'annuler la loi sur le changement climatique de 2008.
- La dirigeante Kemi Badenoch affirme que les objectifs climatiques actuels pèsent sur les consommateurs et freinent l'économie.
- Cette position met fin à près de deux décennies de consensus politique bipartisan sur la politique climatique britannique.
- Des experts avertissent que cette mesure pourrait aggraver l'exposition du pays à la volatilité des prix des énergies fossiles.
Une rupture politique majeure sur le climat
La dirigeante du Parti Conservateur, Kemi Badenoch, a officialisé un changement de cap radical en matière de politique environnementale. Elle a déclaré que les réglementations sur les émissions de carbone sont devenues un fardeau insupportable pour les ménages britanniques.
Cette annonce met fin à une période de quasi-unanimité politique sur les objectifs climatiques qui durait depuis l'adoption de la loi en 2008. Le parti recentre désormais ses priorités sur ce qu'il décrit comme des objectifs plus immédiats pour le pays.
« Sous ma direction, nous supprimerons ces objectifs qui ont échoué », a affirmé Kemi Badenoch dans une déclaration. « Notre priorité est maintenant la croissance, une énergie moins chère et la protection des paysages naturels que nous aimons tous. »
Ce discours signale une volonté de démanteler l'un des piliers de la législation environnementale britannique, une loi qui a servi de modèle à de nombreux autres pays.
L'historique du Climate Change Act
Le Climate Change Act est une législation pionnière adoptée en 2008 sous un gouvernement travailliste. Fait notable, elle avait reçu à l'époque un large soutien de tous les grands partis politiques, y compris des Conservateurs.
Cette loi a établi un cadre juridique contraignant pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre au Royaume-Uni. Elle a été renforcée en 2019 par la Première ministre conservatrice de l'époque, Theresa May, qui a inscrit dans la loi l'objectif d'atteindre la neutralité carbone (net-zéro) d'ici 2050.
Qu'est-ce que l'objectif Net-Zéro ?
L'objectif de neutralité carbone, ou "net-zéro", signifie que le Royaume-Uni ne doit pas émettre plus de gaz à effet de serre qu'il n'en absorbe par des moyens naturels (comme les forêts) ou technologiques (comme le captage du carbone). Cet objectif pour 2050 est juridiquement contraignant en vertu de la loi actuelle.
Deux visions économiques radicalement opposées
La proposition des Conservateurs crée une division nette avec la politique du gouvernement travailliste de Keir Starmer. Ce dernier soutient que la transition vers une économie à faibles émissions est une source majeure de croissance économique et d'innovation.
Le gouvernement actuel a mis en place des plans pour décarboner rapidement le secteur de l'électricité d'ici 2030. Cette stratégie vise à attirer des dizaines de milliards de livres d'investissements annuels dans des secteurs d'avenir.
Les domaines ciblés par le gouvernement travailliste incluent :
- L'énergie éolienne, en mer et sur terre.
- Le captage et le stockage du carbone (CSC).
- L'expansion et la modernisation du réseau électrique national.
Pour le gouvernement Starmer, ces investissements sont essentiels non seulement pour le climat, mais aussi pour la sécurité énergétique et la création d'emplois qualifiés.
Le débat sur le coût de l'énergie
L'argument central du Parti Conservateur repose sur le coût de l'énergie pour les consommateurs. Ces dernières années, les ménages britanniques ont subi de plein fouet la flambée des prix du gaz naturel, notamment après la réduction des approvisionnements russes vers l'Europe.
Prix de l'énergie : une réalité persistante
Selon les données du marché, les prix de gros du gaz naturel au Royaume-Uni, bien qu'ayant baissé depuis leurs pics, restent plus de deux fois supérieurs à leurs niveaux d'avant la pandémie. Cette situation pèse lourdement sur le budget des ménages et des entreprises.
Cependant, de nombreux experts contestent le lien établi par les Conservateurs entre la politique de neutralité carbone et les prix élevés de l'énergie. Ils pointent plutôt du doigt la dépendance du pays aux marchés mondiaux des combustibles fossiles.
L'analyse des experts sur les risques économiques
Des spécialistes de l'économie de l'énergie ont rapidement réagi à l'annonce du Parti Conservateur, mettant en garde contre les conséquences d'un abandon de la loi sur le climat.
Luke Hatton, chercheur en économie de l'énergie à l'Imperial College London, a fourni une analyse claire de la situation. Selon lui, la cause des prix élevés n'est pas l'engagement pour le climat.
« Bien que la hausse continue des prix de l'énergie domestique en Grande-Bretagne soit à juste titre une source de préoccupation, les données sont très claires : c'est notre exposition aux prix mondiaux volatils du gaz qui en est la cause, et non les engagements de neutralité carbone », a écrit Luke Hatton.
Il ajoute qu'un retour en arrière sur la politique climatique pourrait avoir l'effet inverse de celui escompté par les Conservateurs. L'expert estime qu'abandonner la loi et maximiser l'exploitation des réserves de la mer du Nord ne ferait que prolonger la dépendance du Royaume-Uni à des marchés instables.
« Abandonner le Climate Change Act [...] ne fera que maintenir notre exposition aux prix volatils des combustibles fossiles, qui restent trois fois plus élevés qu'avant la crise énergétique », conclut-il.
Les implications à long terme
Au-delà du débat économique immédiat, l'abandon du Climate Change Act aurait des répercussions profondes. Cela remettrait en question le leadership international du Royaume-Uni en matière de climat, un rôle que le pays a activement promu pendant des années, notamment en accueillant la conférence climatique COP26 à Glasgow en 2021.
La décision pourrait également créer une incertitude pour les investisseurs dans le secteur des énergies renouvelables, qui dépendent d'un cadre politique stable et à long terme pour planifier des projets d'infrastructure de grande envergure. Cette instabilité réglementaire pourrait freiner les investissements nécessaires à la modernisation du système énergétique britannique.





