Alors que l'administration Biden célébrait en 2022 le passage d'une loi historique sur le climat, un groupe d'anciens responsables de l'administration Trump travaillait en coulisses à l'élaboration d'une stratégie détaillée visant à anéantir systématiquement les réglementations environnementales fédérales. Des documents et entretiens récents révèlent l'ampleur de ce projet, porté par des figures conservatrices influentes.
Ce plan, préparé depuis près de deux ans, consiste en une série de décrets présidentiels prêts à être signés par un futur président républicain. L'objectif est de neutraliser rapidement et efficacement des décennies d'efforts pour lutter contre le changement climatique aux États-Unis.
Points Clés
- Quatre anciens responsables de l'administration Trump ont élaboré une stratégie pour démanteler les politiques climatiques américaines.
- Le plan a été conçu dès l'été 2022, au moment même où les Démocrates votaient une loi majeure sur le climat.
- Russell Vought et Jeffrey Clark, deux alliés de Donald Trump, sont les principaux architectes de cette initiative.
- La stratégie repose sur des décrets présidentiels prêts à l'emploi pour une mise en œuvre rapide après un changement de pouvoir.
Les Architectes du Projet de Démantèlement
Au cœur de cette initiative se trouvent quatre vétérans de l'administration Trump, dont deux figures particulièrement connues pour leurs positions radicales sur les questions environnementales et réglementaires. Russell T. Vought, ancien directeur du Bureau de la gestion et du budget, et Jeffrey B. Clark, ancien haut fonctionnaire du ministère de la Justice, sont les principaux instigateurs.
Russell Vought s'est souvent exprimé publiquement contre ce qu'il qualifie d'« alarmisme climatique ». Il prône une réduction drastique du pouvoir des agences fédérales, notamment de l'Agence de protection de l'environnement (EPA). Sa vision est celle d'un gouvernement fédéral dont le rôle dans la régulation environnementale serait considérablement diminué.
Jeffrey Clark, de son côté, a des opinions encore plus tranchées. Il a décrit les réglementations climatiques comme un complot d'inspiration « léniniste » visant à exercer un contrôle total sur l'économie américaine. Ses déclarations passées témoignent d'une opposition fondamentale à toute intervention gouvernementale pour des motifs climatiques.
Un Contexte Politique Polarisé
Ce projet de démantèlement a été élaboré dans un contexte de forte polarisation politique aux États-Unis. En 2022, l'administration Biden a fait de la lutte contre le changement climatique une priorité, culminant avec l'adoption de l'Inflation Reduction Act, la plus grande loi sur le climat de l'histoire du pays. Simultanément, des groupes conservateurs préparaient déjà la contre-offensive, illustrant la profonde division du pays sur les questions environnementales.
Une Stratégie Conçue dans l'Ombre
Les efforts pour préparer ce plan ont commencé durant l'été 2022. Pendant que les Démocrates au Congrès s'activaient pour faire passer leur législation climatique et que le président Joe Biden qualifiait le réchauffement climatique de « danger clair et présent », l'équipe de Vought et Clark travaillait discrètement à la rédaction de textes juridiques.
Selon des documents analysés et des entretiens menés avec une dizaine de personnes proches du dossier, le travail ne s'est pas limité à des idées générales. Il s'agissait de rédiger des décrets présidentiels complets, prêts à être signés dès le premier jour d'un nouveau mandat républicain. Cette approche vise à contourner les longs processus législatifs et réglementaires pour obtenir des résultats immédiats.
Cette méthode de préparation anticipée montre une volonté de ne pas perdre de temps et d'agir avec force dès une éventuelle prise de pouvoir. Elle reflète une leçon tirée des mandats précédents, où les changements de politique prenaient souvent du temps à être mis en œuvre.
Les Objectifs : Annuler les Réglementations Fédérales
L'ambition de ce plan est claire : effacer l'ensemble des initiatives fédérales de lutte contre le changement climatique. Plutôt que de modifier ou d'amender les politiques existantes, la stratégie vise à les éliminer purement et simplement. Les cibles principales seraient les réglementations de l'EPA sur les émissions des centrales électriques, les normes de consommation de carburant pour les véhicules, et les efforts pour intégrer les considérations climatiques dans les décisions financières et d'infrastructure.
Un Effort de Longue Date
Cette initiative s'inscrit dans un mouvement conservateur plus large qui œuvre depuis plus de 16 ans pour freiner l'action gouvernementale sur le climat. Des groupes de réflexion et des militants ont systématiquement contesté la science du climat et combattu les réglementations environnementales devant les tribunaux et au Congrès.
Le plan élaboré par Vought et Clark est considéré comme l'aboutissement de ces années d'efforts. Il ne s'agit plus seulement de résister, mais de passer à l'offensive pour démanteler de manière proactive l'appareil réglementaire fédéral en matière de climat.
« L'objectif est de reprendre le contrôle de l'économie, que les partisans du climat tentent de s'approprier par le biais de la réglementation. » - Une source proche des auteurs du plan.
Les implications d'un tel démantèlement seraient considérables. Elles pourraient non seulement annuler les progrès récents des États-Unis dans la réduction de leurs émissions, mais aussi compromettre les engagements internationaux du pays, comme ceux pris dans le cadre de l'Accord de Paris.
Implications pour l'Avenir de la Politique Climatique
La révélation de ce plan met en lumière les enjeux des prochaines élections présidentielles américaines pour la politique climatique mondiale. Si un candidat républicain remportait la présidence et mettait en œuvre ces décrets, les États-Unis passeraient d'un leader de l'action climatique à un opposant actif.
Ce revirement aurait des conséquences bien au-delà des frontières américaines. Le retrait du deuxième plus grand émetteur mondial des efforts internationaux pourrait inciter d'autres pays à revoir leurs propres ambitions à la baisse, compliquant davantage l'atteinte des objectifs climatiques mondiaux.
Sur le plan intérieur, une telle politique rencontrerait probablement une forte opposition de la part des États pro-climat, des groupes environnementaux et d'une partie du secteur privé qui a déjà commencé à investir massivement dans la transition énergétique. Cela pourrait déclencher une nouvelle vague de batailles juridiques et politiques intenses, créant une incertitude réglementaire pour les entreprises et les investisseurs.
En fin de compte, ce plan représente une vision radicalement différente de l'avenir, où la croissance économique, telle que définie par ses auteurs, prime sur toute considération environnementale. Sa mise en œuvre marquerait un tournant majeur et potentiellement irréversible dans la lutte contre le changement climatique.





