Des politiques climatiques trop strictes, telles que l'interdiction des voitures dans les centres-villes, peuvent nuire à l'engagement environnemental des citoyens. Une étude récente indique que ces mesures restrictives génèrent une forte opposition, même parmi les personnes déjà sensibles aux enjeux écologiques.
Points Clés
- Les interdictions strictes créent une opposition élevée.
- Même les écologistes sont réticents aux mesures coercitives.
- Les politiques incitatives sont mieux acceptées que les interdictions.
- La perte de liberté perçue est un facteur majeur de rejet.
Les mesures coercitives face à l'acceptation publique
Une étude menée par le Santa Fe Institute révèle que les politiques climatiques perçues comme trop contraignantes peuvent avoir des effets contre-productifs. Cette recherche a interrogé plus de 3 300 citoyens allemands sur leur perception des mesures environnementales.
Les résultats montrent une forte opposition à des idées comme l'interdiction des vols court-courriers, le bannissement des voitures des centres-villes ou l'obligation de réduire la consommation de viande et de baisser le thermostat. Cette résistance est notable même chez ceux qui soutiennent des approches plus douces pour encourager ces mêmes comportements.
Chiffres Clés
- Près de deux cinquièmes des personnes interrogées sont fortement opposées à l'interdiction des voitures en centre-ville.
- Plus de la moitié s'oppose fermement aux limites imposées sur la consommation de viande.
- Moins d'un cinquième s'oppose à l'encouragement gouvernemental pour ces mêmes comportements.
L'impact sur les valeurs environnementales des citoyens
Katrin Schmelz, l'auteure principale de l'étude, souligne un aspect crucial : « Les politiques ne se contentent pas de stimuler un comportement cible. Elles peuvent modifier les valeurs sous-jacentes des gens, entraînant des effets négatifs inattendus. » Cela signifie que des politiques mal conçues risquent de miner les valeurs pro-environnementales à long terme.
Les décideurs doivent donc concevoir les politiques climatiques avec une grande prudence. L'objectif est de ne pas « cultiver des valeurs anti-environnementalistes », selon les chercheurs. L'équilibre entre ambition écologique et acceptation sociale est délicat.
Liberté individuelle et alternatives
L'étude suggère que le sentiment de restriction de liberté joue un rôle majeur dans l'opposition. Sam Bowles, co-auteur de l'étude, explique que « les gens réagissent beaucoup plus positivement s'ils n'ont pas l'impression qu'une politique restreint leur liberté. »
Parmi toutes les restrictions proposées, l'interdiction des vols court-courriers est celle qui a rencontré le plus de soutien. Les chercheurs pensent que cela est dû à l'existence d'une alternative facile et abordable : le réseau ferroviaire européen. Lorsque des options viables existent, la perception de la restriction diminue.
Contexte Historique
Le gouvernement allemand précédent a appris à ses dépens l'impopularité des interdictions. Une tentative d'arrêter l'installation de nouvelles chaudières à gaz a provoqué un tollé public. La mesure a été assouplie pour exiger que les nouveaux systèmes de chauffage utilisent majoritairement des énergies renouvelables d'ici 2028. Aux élections suivantes, les Verts ont perdu le pouvoir au profit des Chrétiens-Démocrates, qui ont promis d'assouplir davantage la réglementation.
Leçons tirées des expériences politiques
Ces observations ne sont pas isolées. Au Royaume-Uni, Ed Miliband a confirmé en janvier que le gouvernement n'interdirait pas les nouvelles chaudières à gaz en 2035, comme initialement prévu. Il a exprimé sa « grande prudence » à l'idée d'empêcher les gens d'installer des chaudières « tant que nous ne pouvons pas garantir que les pompes à chaleur seront moins chères pour les citoyens. »
Le parti travailliste a également subi un revers lors d'une élection partielle à Uxbridge en 2023. Cette défaite a été largement attribuée à l'expansion de la zone à ultra-faibles émissions (ULEZ) de Londres par le maire Sadiq Khan. Bien que l'opposition à l'ULEZ ait diminué depuis son expansion – seulement 13 % des Londoniens la considéraient comme un problème important l'année dernière – le parti travailliste a abandonné des projets similaires à Manchester.
« Les politiques ne se contentent pas de stimuler un comportement cible. Elles peuvent modifier les valeurs sous-jacentes des gens, entraînant des effets négatifs inattendus. »
Encouragements et incitations plutôt que prohibitions
Alors que le gouvernement britannique a rétabli l'interdiction des nouvelles voitures à essence d'ici 2030, ses politiques climatiques reposent majoritairement sur des subventions. Ces aides visent à encourager les citoyens à faire des choix plus écologiques.
Les ménages peuvent bénéficier de 7 500 £ pour l'achat d'une pompe à chaleur et jusqu'à 3 750 £ pour une voiture électrique. Un programme de 13 milliards de livres sterling est également en place pour améliorer l'efficacité énergétique des logements, incluant des subventions pour les panneaux solaires et les batteries.
Les auteurs de l'étude précisent que leur recherche ne signifie pas que les gouvernements ne devraient jamais interdire les comportements polluants. Elle suggère plutôt de « trouver des moyens d'atténuer » les effets indésirables sur les attitudes du public. Pour lutter contre le changement climatique de manière durable, les concepteurs de politiques doivent s'assurer que celles-ci sont elles-mêmes soutenables à long terme.
- Les subventions pour les pompes à chaleur atteignent 7 500 £.
- Les aides pour les voitures électriques peuvent aller jusqu'à 3 750 £.
- Un investissement de 13 milliards de livres sterling est prévu pour l'efficacité énergétique des logements.
Ces données soulignent l'importance d'une approche nuancée en matière de politiques climatiques. L'incitation et le soutien aux alternatives semblent plus efficaces que les interdictions pures et simples pour engager durablement les populations dans la transition écologique.





