Une proposition législative inattendue pourrait remettre en question les engagements climatiques ambitieux du Massachusetts. Le représentant Mark Cusack, coprésident du comité de l'énergie, a annoncé son intention de modifier les objectifs de réduction des émissions de l'État pour 2030, invoquant des préoccupations de réalisme et de coût pour les citoyens.
Cette initiative, qui utilise comme véhicule un projet de loi de la gouverneure Maura Healey sur l'abordabilité de l'énergie, déclenche un débat intense au sein de la majorité démocrate et suscite l'inquiétude des défenseurs de l'environnement, dans un contexte de hausse des coûts de l'énergie et de changements dans la politique fédérale.
Points Clés
- Le représentant Mark Cusack propose de revoir à la baisse les objectifs de réduction des émissions du Massachusetts pour 2030.
- Il prévoit d'utiliser le projet de loi de la gouverneure Maura Healey sur l'abordabilité de l'énergie pour introduire ces changements.
- La proposition inclut une coupe de 500 millions de dollars dans le budget du programme d'efficacité énergétique Mass Save.
- Cette démarche crée une division politique potentielle avec la gouverneure Healey et le Sénat de l'État.
- Cusack justifie sa position par le manque de réalisme des objectifs actuels et la pression financière sur les ménages.
Un virage politique sur les ambitions climatiques
Le Massachusetts, souvent perçu comme un leader en matière de politique climatique aux États-Unis, fait face à une contestation interne significative. Le représentant Mark Cusack, une figure influente en tant que coprésident du Comité mixte sur les télécommunications, les services publics et l'énergie, a clairement indiqué son intention de réévaluer les objectifs de l'État.
La cible principale est l'échéance de 2030, qui impose une réduction de 50 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990. Cet objectif a été inscrit dans la loi en 2021 et constitue une étape cruciale vers l'objectif à plus long terme d'une réduction de 85 % d'ici 2050.
« Nous examinons la possibilité très réelle, selon une analyse objective, que nous n'atteindrons pas nos mandats de réduction des gaz à effet de serre », a déclaré M. Cusack. Il insiste sur le fait que son but n'est pas de saper les engagements de l'État, mais de les rendre plus réalistes.
Cette prise de position intervient à un moment délicat, alors que les ménages subissent la pression de factures énergétiques élevées et que l'administration fédérale actuelle a initié des reculs sur plusieurs politiques de soutien aux énergies propres.
Le projet de loi sur l'énergie comme champ de bataille
Pour mettre en œuvre sa vision, le représentant Cusack prévoit d'amender une proposition de loi initialement déposée par la gouverneure Maura Healey. Ce projet, présenté en mai, visait à alléger le fardeau financier des consommateurs en réformant les tarifs du gaz et de l'électricité, avec une économie promise de 10 milliards de dollars sur dix ans.
Contexte : Les objectifs climatiques du Massachusetts
La loi de 2021 a établi des objectifs intermédiaires juridiquement contraignants pour le Massachusetts. L'État a déjà atteint son objectif pour 2025. Cependant, l'échéance de 2030 est considérée comme beaucoup plus difficile à atteindre, nécessitant une accélération massive de la transition vers les énergies renouvelables, l'électrification des bâtiments et des transports.
En modifiant ce texte, M. Cusack espère forcer un vote avant la fin de la session législative le 19 novembre. Il affirme bénéficier du soutien du président de la Chambre, Ron Mariano, ce qui confère un poids politique considérable à sa démarche. Les détails exacts de l'ajustement – s'il s'agira d'un report de l'échéance, d'une réduction du pourcentage ou d'une combinaison des deux – ne sont pas encore finalisés.
La controverse autour du programme Mass Save
Un autre point de friction majeur est la proposition de M. Cusack de réduire le budget du programme Mass Save. Il souhaite le ramener à 4 milliards de dollars, soit une coupe de 500 millions de dollars par rapport au budget de 4,5 milliards approuvé récemment par les régulateurs.
Mass Save est une collaboration entre les principales compagnies de services publics de l'État. Financé directement par une charge sur les factures des consommateurs, il offre des subventions et des rabais pour des améliorations éconergétiques comme l'isolation ou l'installation de pompes à chaleur.
Le représentant Cusack critique principalement les coûts administratifs et publicitaires du programme, affirmant vouloir préserver ses missions essentielles tout en réduisant son impact sur les factures des contribuables. Il qualifie également de « gadget » une proposition de la gouverneure Healey visant à permettre aux services publics de financer le programme par l'émission d'obligations.
Des réactions politiques divergentes
L'initiative de Mark Cusack ne fait pas l'unanimité et prépare le terrain à une confrontation politique potentiellement vive. La secrétaire à l'Énergie et aux Affaires environnementales, Rebecca Tepper, a récemment affirmé que l'ajustement des objectifs climatiques n'était « pas notre objectif pour le moment ».
Du côté du Sénat, une forte opposition est attendue. Le sénateur Michael Barrett, homologue de M. Cusack à la coprésidence du comité de l'énergie, a été l'un des principaux architectes de la loi climatique de 2021. Son soutien à un affaiblissement des objectifs qu'il a contribué à créer semble hautement improbable.
« Il y aura toujours des différences entre les branches », a reconnu M. Cusack, suggérant qu'il est prêt pour le débat. « Mais je pense, au vu du tollé de nos électeurs l'hiver dernier et de la réalité des attaques du gouvernement fédéral, qu'il s'agit d'une législation très responsable et réactive. »
Les groupes environnementaux, qui se sont battus pour l'adoption de ces objectifs sous l'administration d'un gouverneur républicain, se mobilisent déjà pour défendre ce qu'ils considèrent comme une législation essentielle pour l'avenir de l'État.
Entre réalisme économique et impératifs écologiques
Le débat soulevé par le représentant Cusack met en lumière une tension croissante dans de nombreuses régions : comment concilier des objectifs climatiques ambitieux avec les réalités économiques et politiques actuelles ? Il soutient qu'ignorer les difficultés potentielles serait malhonnête envers les citoyens.
Il pointe notamment le ralentissement du développement de l'éolien en mer et la fin de certains crédits d'impôt fédéraux comme des obstacles majeurs qui rendent l'atteinte de l'objectif de 2030 mathématiquement improbable sans de nouvelles sources d'énergie renouvelable à grande échelle.
En parallèle, sa proposition de loi modifiée contiendrait des mesures pour accélérer le déploiement de l'énergie solaire, notamment en simplifiant les interconnexions au réseau et en ajustant les tarifs de compensation du net-metering pour réduire les coûts sur les factures d'électricité.
« Ce ne sont pas des temps idéologiques. Il ne s'agit pas de ne pas croire en l'énergie propre », a conclu M. Cusack. « Il s'agit simplement d'une analyse factuelle de notre situation et de celle où nous serons en 2030. Nous essayons simplement d'être les adultes dans la pièce. » La décision de la législature du Massachusetts dans les semaines à venir sera observée de près, car elle pourrait créer un précédent pour d'autres États confrontés à des défis similaires.





