Avec l'annonce de son retrait de la direction démocrate à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi laisse derrière elle une carrière politique marquée par une influence considérable sur la législation américaine. Pendant des décennies, elle a positionné la lutte contre le changement climatique au cœur de son action, façonnant des politiques environnementales majeures dont l'avenir est aujourd'hui sujet à de nombreuses questions.
Considérée comme l'une des présidentes de la Chambre les plus efficaces de l'histoire, sa capacité à mobiliser son parti a permis des avancées significatives. Cependant, son héritage reste fragile face aux vents politiques changeants qui soufflent sur Washington.
Points Clés
- Nancy Pelosi a fait du changement climatique une question centrale de ses mandats de présidente de la Chambre des représentants.
- Elle a joué un rôle déterminant dans l'adoption de législations climatiques importantes sous les administrations Obama et Biden.
- Son bilan comprend des succès législatifs majeurs, comme le projet de loi sur le système de plafonnement et d'échange, bien que celui-ci n'ait pas passé le Sénat.
- L'avenir de ses initiatives environnementales est incertain, notamment en raison des changements d'administration et de l'opposition politique.
Une pionnière de la politique climatique au Congrès
Dès le début de sa présidence à la Chambre, Nancy Pelosi a clairement affiché ses ambitions. Elle a qualifié la politique climatique de « question phare » de son mandat, une déclaration qui a rapidement été suivie d'actes législatifs concrets. Son objectif était d'intégrer les préoccupations environnementales dans le tissu même de la législation fédérale.
Cette approche a transformé la manière dont le Congrès abordait les questions écologiques. Auparavant souvent reléguées au second plan, elles sont devenues, sous son impulsion, des priorités nationales. Elle a su utiliser son influence pour rassembler les différentes ailes du parti démocrate autour d'une vision commune, même si des divergences persistaient.
Le projet de loi sur le plafonnement et l'échange
L'une des initiatives les plus emblématiques de son premier mandat de présidente fut la proposition d'un système de plafonnement et d'échange des émissions de gaz à effet de serre. Sous l'administration de Barack Obama, elle a réussi l'exploit de faire adopter par la Chambre des représentants le projet de loi Waxman-Markey en 2009. Ce texte visait à créer un marché du carbone pour réduire les émissions industrielles.
Qu'est-ce qu'un système de plafonnement et d'échange ?
Ce mécanisme, aussi appelé cap-and-trade, fixe une limite (un plafond) globale sur la quantité d'émissions polluantes autorisée. Les entreprises reçoivent ou achètent des permis d'émission et peuvent les échanger sur un marché. Celles qui polluent moins peuvent vendre leurs permis excédentaires à celles qui dépassent leurs limites, créant ainsi une incitation économique à réduire la pollution.
Bien que le projet de loi ait finalement échoué au Sénat, son adoption par la Chambre a constitué une étape historique. C'était la première fois qu'une chambre du Congrès américain approuvait une législation aussi complète pour lutter contre le changement climatique. Cet épisode a démontré la capacité de Pelosi à négocier des compromis complexes sur des sujets hautement techniques et politiquement sensibles.
Naviguer dans un paysage politique polarisé
La carrière de Nancy Pelosi a été marquée par une polarisation politique croissante aux États-Unis. Ses efforts en matière de climat se sont souvent heurtés à une opposition farouche, notamment durant la présidence de Donald Trump, qui a retiré les États-Unis de l'Accord de Paris sur le climat.
Pendant ces années, Pelosi s'est positionnée comme l'une des principales critiques de l'administration Trump, défendant sans relâche les politiques environnementales mises en place précédemment. Elle a utilisé sa tribune pour maintenir la pression sur les questions climatiques, même lorsque les perspectives législatives semblaient inexistantes au niveau fédéral.
Le retour en force sous l'administration Biden
Avec l'élection de Joe Biden, Nancy Pelosi a retrouvé une marge de manœuvre pour faire avancer son agenda climatique. Elle a joué un rôle crucial dans l'élaboration et l'adoption de deux textes législatifs majeurs : la loi sur les infrastructures bipartisane et l'Inflation Reduction Act (IRA).
Ces deux lois représentent les investissements les plus importants de l'histoire des États-Unis dans la transition énergétique et la résilience climatique. Elles incluent des financements massifs pour :
- Le développement des véhicules électriques et des infrastructures de recharge.
- La modernisation du réseau électrique pour intégrer les énergies renouvelables.
- Des programmes de résilience pour protéger les communautés contre les impacts du changement climatique.
- Des crédits d'impôt pour encourager la production d'énergie propre.
Ces succès législatifs ont été obtenus grâce à sa capacité à maintenir l'unité d'une majorité démocrate très mince, tout en négociant avec certains républicains sur des points spécifiques. Elle a su transformer une vision politique en investissements concrets qui remodèleront le paysage énergétique américain pour les années à venir.
Un héritage en suspens
Malgré ces victoires législatives, l'héritage de Nancy Pelosi en matière de climat est loin d'être gravé dans le marbre. De nombreuses politiques qu'elle a défendues pourraient être démantelées par une future administration. La pérennité de l'Inflation Reduction Act, par exemple, dépendra fortement des résultats des prochaines élections présidentielles et législatives.
« L'action pour le climat est une responsabilité morale envers nos enfants et petits-enfants, mais c'est aussi une opportunité économique immense pour notre nation. Nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre. » - Une position souvent réitérée par les défenseurs des politiques climatiques au Congrès.
De plus, sa stratégie n'a pas toujours fait l'unanimité au sein de son propre parti. Certains membres de l'aile progressiste des démocrates ont parfois jugé ses approches trop modérées, réclamant des mesures encore plus audacieuses pour répondre à l'urgence climatique. Ces tensions internes soulignent la complexité de la construction d'un consensus durable sur ce sujet.
L'incertitude face à l'avenir
Alors que Nancy Pelosi se retire de son rôle de leader, la question de la continuité de son action se pose. Qui reprendra le flambeau avec la même ténacité et la même habileté politique ? La lutte contre le changement climatique aux États-Unis entre dans une nouvelle phase, où les fondations qu'elle a posées seront mises à l'épreuve.
Son départ symbolise la fin d'une ère pour la politique environnementale américaine. Son parcours illustre à la fois les immenses possibilités et les profondes frustrations de l'action climatique dans un système démocratique complexe. L'avenir dira si les graines qu'elle a plantées pourront éclore et résister aux tempêtes politiques à venir.





