Lahore, la deuxième plus grande ville du Pakistan, est confrontée à une crise sanitaire sans précédent due à la pollution de l'air. Chaque hiver, de fin octobre à février, la ville est enveloppée d'un épais brouillard toxique, exacerbant les risques pour la santé de ses habitants. Cette situation, qualifiée de « saison du smog », masque une réalité plus grave : une pollution atmosphérique constante et dangereuse tout au long de l'année.
La qualité de l'air à Lahore atteint régulièrement des niveaux alarmants. En 2024, l'indice de qualité de l'air (IQA) a dépassé 1 000, un chiffre extrêmement élevé comparé à une lecture saine de 50 ou moins. Ce brouillard dense réduit considérablement la visibilité, rendant même la conduite dangereuse.
Points Clés
- Lahore connaît une pollution de l'air extrême, avec un IQA dépassant 1 000 en 2024.
- La Dre Farah Waseem, jeune médecin, observe une augmentation spectaculaire des patients souffrant de maladies liées au smog.
- La pollution affecte tous les organes, pas seulement les poumons, causant infections respiratoires, problèmes cardiaques et cutanés.
- Les causes principales incluent les émissions industrielles, les véhicules, la combustion de biomasse et les feux de récolte.
- Les solutions actuelles sont jugées insuffisantes ; une approche proactive et à long terme est nécessaire.
Impacts sur la Santé : Le Témoignage d'une Jeune Médecin
La Dre Farah Waseem, jeune médecin de 26 ans à Lahore, est aux premières loges de cette crise. Elle ressent personnellement les effets du smog chaque matin, avec une toux sèche persistante et des irritations des yeux et de la gorge. Sa pratique quotidienne en milieu hospitalier lui offre une vue directe des conséquences dramatiques sur la population.
Depuis le début de l'hiver, son hôpital observe une augmentation significative du nombre de patients. En novembre, le nombre de consultations quotidiennes est passé de 20-40 à 30-50, principalement pour des affections liées au smog. Début décembre, ce chiffre a grimpé à plus de 100 patients par jour, touchant toutes les tranches d'âge.
« La pollution de l'air n'affecte pas seulement les poumons. Elle touche l'ensemble du corps », déclare la Dre Waseem.
Un Fait Alarmant
En décembre, la société suisse IQAir a classé Lahore comme la ville la plus polluée au monde, avec une qualité de l'air 10 fois pire que celle de New York ou Los Angeles.
Symptômes et Maladies Fréquentes
Les enfants sont particulièrement vulnérables, présentant des infections respiratoires aiguës, des bronchites et des crises d'asthme exacerbées. Des adultes, même en bonne santé, consultent pour des toux sévères, des irritations oculaires, des conjonctivites et des problèmes cutanés inédits. Les patients âgés souffrent d'une détresse respiratoire accrue et d'aggravations de leurs symptômes d'angine et d'insuffisance cardiaque.
La pollution particulaire toxique, issue des émissions de véhicules et d'industries, de la combustion de biomasse et des brûlis agricoles, est à l'origine de ces maux. Elle peut provoquer des maladies, des malformations congénitales et des décès prématurés, tout en nuisant au développement de l'enfant, à la fertilité, à la santé cardiaque et aux fonctions cognitives.
Les Racines du Problème : Au-delà de la Saison du Smog
La Dre Waseem insiste sur le fait que la pollution de l'air est un problème permanent, et non seulement saisonnier. Bien que le smog s'intensifie en hiver en raison des conditions météorologiques (vents faibles, températures fraîches qui piègent les polluants) et des activités comme les brûlis de récoltes après la moisson, la mauvaise qualité de l'air persiste toute l'année.
« Ce n'est pas seulement la saison du smog, c'est la pollution de l'air, et elle est présente toute l'année », explique la Dre Waseem. « Ce n'est pas parce que vous la voyez en hiver que cela annule le fait qu'elle est là le reste de l'année. »
Contexte Régional
La pollution de l'air est un problème régional en Asie du Sud. D'autres grandes villes comme Delhi, Kolkata et Dhaka figurent également parmi les plus polluées au monde, démontrant que les polluants ne connaissent pas de frontières. La Dre Waseem l'a formulé avec justesse : « La pollution de l'air n'a pas besoin de visa. »
Causes Multiples de la Pollution
- Émissions industrielles : Les usines rejettent des particules fines et des gaz toxiques.
- Transports : Les véhicules anciens et mal entretenus contribuent fortement aux émissions.
- Combustion de biomasse : L'utilisation de bois et de déchets pour le chauffage et la cuisson.
- Brûlis agricoles : Les agriculteurs brûlent les résidus de récoltes, libérant d'énormes quantités de polluants.
Ces facteurs, combinés à des conditions météorologiques défavorables, créent un cocktail toxique qui empoisonne l'air de Lahore.
De l'Activisme Climatique à la Médecine
L'engagement de la Dre Waseem envers l'environnement ne date pas d'hier. Dès le collège, elle s'implique avec le Fonds Mondial pour la Nature (WWF), organisant des campagnes de sensibilisation. Son parcours vers la médecine est marqué par un événement personnel : l'AVC de son père à ses 18 ans. Cette expérience a éveillé en elle un profond intérêt pour le corps humain et la maladie.
Au cours de ses études de médecine, elle a rapidement fait le lien entre son activisme climatique et son rôle de médecin. Elle a vu des patients souffrir de problèmes respiratoires ou de coups de chaleur, réalisant l'interconnexion entre la santé publique et le changement climatique. Elle milite aujourd'hui pour que le changement climatique soit au cœur des discussions sur la santé publique.
« Nous voyons de nos propres yeux comment les gens sont affectés », affirme-t-elle. « Nous voyons les conséquences, nous voyons la mortalité… et c'est très déchirant. »
Le Pakistan, Pays Vulnérable
Le Pakistan est l'un des pays les plus vulnérables au changement climatique. Il a subi des sécheresses record, des vagues de chaleur et des inondations dévastatrices, forçant des millions de personnes à évacuer leurs foyers. Le nombre de décès liés au climat est considérablement sous-estimé.
La Dre Waseem observe une prise de conscience croissante parmi ses collègues médecins, forcés de reconnaître l'impact du climat face à l'afflux de patients. En 2025, elle et ses collègues ont suivi une formation pour identifier et gérer les urgences liées aux coups de chaleur, suite à la grave mortalité de l'année précédente.
Des Solutions Durables, Pas des Pansements
Les traitements actuels, comme les médicaments et les inhalateurs, sont des « pansements » selon la Dre Waseem. Ils ne traitent pas la cause profonde de la pollution. Elle critique les efforts du gouvernement pakistanais, comme la promotion de « canons anti-smog » qui pulvérisent des gouttelettes d'eau dans l'air, mais ne s'attaquent pas aux sources de la pollution.
« Je ne m'attends pas à me réveiller avec un IQA de 2, surtout après des années de négligence et de mauvaise gestion », écrit la Dre Waseem. « Mais je crois aussi que les mesures que nous prenons maintenant doivent être proactives et significatives, ancrées dans des solutions à long terme et non des solutions temporaires et théâtrales. »
Appel à l'Action Mondiale
Des réseaux de professionnels de la santé appellent à un Traité de non-prolifération des combustibles fossiles. Ce cadre vise à mettre fin à l'expansion des combustibles fossiles, à éliminer progressivement la production existante et à aider les communautés à passer à une économie basée sur les énergies renouvelables. Bien que certaines écoles de médecine commencent à intégrer le changement climatique dans leurs programmes, ces opportunités restent souvent facultatives.
La Dre Waseem garde espoir dans le pouvoir des jeunes générations à provoquer le changement. Cependant, elle exprime aussi sa désillusion face à l'échec répété des négociations climatiques mondiales à produire un engagement clair pour l'élimination progressive des combustibles fossiles. Elle estime que ces retards permettent aux puissants d'extraire les ressources naturelles restantes, tandis que les communautés vulnérables continuent de subir les conséquences les plus lourdes.
L'histoire de Lahore est un rappel urgent de la nécessité d'une action climatique concrète et immédiate pour protéger la santé publique mondiale.





