Les pays riches s'étaient engagés à verser 100 milliards de dollars par an aux nations en développement d'ici 2020 pour l'action climatique. Malgré un objectif atteint en 2022 selon l'OCDE, des divergences subsistent et de nouvelles ambitions pour 2035 soulèvent des questions sur la transparence et l'équité des fonds.
Points Clés
- Les pays riches ont atteint l'objectif de 100 milliards de dollars en 2022, avec un retard.
- Une grande partie du financement est sous forme de prêts, ce qui alourdit la dette des pays en développement.
- Le nouvel objectif pour 2035 est de 300 milliards de dollars par an, avec une mobilisation totale de 1,3 trillion de dollars.
- La transparence et la responsabilité des fonds restent des préoccupations majeures.
Les Promesses de Financement et la Réalité
Lors du sommet de Copenhague il y a seize ans, les nations industrialisées et grandes émettrices de gaz à effet de serre ont promis 100 milliards de dollars annuels d'ici 2020. Ces fonds devaient aider les pays plus pauvres à réduire leurs émissions et à s'adapter aux impacts du changement climatique.
Selon l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE), cet objectif a été atteint tardivement en 2022, avec un montant de 116 milliards de dollars. Cependant, des organisations comme Oxfam, qui adoptent une approche plus critique sur la comptabilisation des prêts, estiment le montant réel à seulement 95,3 milliards de dollars pour la même année, avec une valeur équivalente en subventions inférieure à 35 milliards de dollars.
Chiffres Clés
- 100 milliards de dollars : Objectif annuel initial pour 2020.
- 116 milliards de dollars : Montant engagé en 2022 selon l'OCDE.
- 95,3 milliards de dollars : Estimation d'Oxfam pour 2022.
- 300 milliards de dollars : Nouvel objectif annuel pour 2035.
Nature des Fonds : Prêts ou Subventions ?
La question de la forme que prend ce financement est centrale. Une part significative, soit les deux tiers, est accordée sous forme de prêts. Cette dépendance à l'endettement pour financer l'action climatique est souvent critiquée. Elle exerce une pression supplémentaire sur des pays déjà vulnérables, les forçant à consacrer une part croissante de leurs budgets au remboursement des intérêts.
Certains de ces prêts sont assortis de conditions spécifiques. Ils peuvent par exemple exiger que le pays bénéficiaire fasse appel à des entreprises du pays donateur. En 2022, la majorité des prêts ont été offerts à des conditions non concessionnelles, ce qui signifie qu'ils n'étaient pas plus favorables que ceux disponibles sur le marché.
"La dépendance à la dette pour financer l'action climatique est critiquée car elle alourdit le fardeau des pays vulnérables."
Qui sont les Principaux Donateurs et Bénéficiaires ?
Les données officielles soumises aux Nations Unies ne permettent pas toujours une traçabilité complète de tous les flux financiers. Néanmoins, une analyse conjointe du Guardian et de Carbon Brief révèle qu'environ un cinquième des fonds publics en 2022 a été destiné aux 44 nations les plus pauvres du monde. Ce groupe inclut des pays très exposés à la crise climatique comme Tuvalu, le Tchad, Haïti et le Yémen.
Une part bien plus importante des fonds a été allouée à des pays en développement plus larges, incluant des nations à revenu intermédiaire inférieur comme l'Inde, et supérieur comme la Chine. Même certains États pétroliers, tels que l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, figurent parmi les bénéficiaires de milliards de dollars de financement climatique.
Contexte Historique
L'engagement de 100 milliards de dollars par an a été formulé pour la première fois en 2009. Il visait à aider les pays en développement à faire face aux conséquences du changement climatique. Cet objectif devait être atteint en 2020.
Les principaux donateurs publics sont le Japon, l'Allemagne, les États-Unis et la France, qui représentent les deux tiers du financement. L'augmentation des fonds bilatéraux des États-Unis en 2021, sous l'administration Biden, a contribué à atteindre l'objectif de 2022. Une augmentation des investissements privés mobilisés par les nations développées a également joué un rôle.
Toutefois, des changements politiques peuvent impacter ces engagements. Par exemple, l'administration Trump a précédemment menacé les contributions américaines au financement climatique et a fermé l'agence USAID.
Le Nouvel Objectif pour 2035
L'objectif annuel de 100 milliards de dollars, qui devait courir jusqu'en 2025, est remplacé par une nouvelle cible. Les pays développés devront fournir 300 milliards de dollars chaque année d'ici 2035. Ce nouvel objectif, appelé "nouvel objectif collectif quantifié", inclut également une ambition plus large : mobiliser 1,3 trillion de dollars par an d'ici 2035.
Ce chiffre est plus proche des besoins réels des pays en développement. Cependant, seulement 300 milliards de dollars proviendraient directement des budgets des pays développés et d'institutions comme la Banque mondiale. Le reste, soit la majeure partie des 1,3 trillion de dollars, devrait provenir d'investissements du secteur privé.
- Objectif annuel 2035 : 300 milliards de dollars.
- Mobilisation totale visée 2035 : 1,3 trillion de dollars.
- Provenance des fonds : 300 milliards des budgets publics, le reste du secteur privé.
Les analystes expriment des inquiétudes quant à la transparence et à la responsabilité de ce financement privé. Ils reconnaissent que les pays pauvres auront du mal à convaincre les nations riches de verser des sommes aussi importantes directement.
Prochaines Étapes et Transparence
Le financement climatique devrait être un point de discorde majeur lors des prochaines négociations annuelles de l'ONU sur le climat, la COP. La semaine dernière, les présidences de la COP de l'Azerbaïdjan (hôte de l'année dernière) et du Brésil (hôte de cette année) ont publié un rapport.
Ce rapport explore des moyens de lever des fonds supplémentaires. Parmi les propositions figurent de nouvelles taxes sur les super-riches, les combustibles fossiles, les transactions financières et les activités polluantes. La "Feuille de route de Bakou à Belém" a également mis en avant l'idée d'échanger des dettes impayées contre des actions climatiques. Cela offrirait un allègement de la dette aux gouvernements en difficulté financière.
Le nouvel objectif est perçu comme une opportunité de restaurer la crédibilité du financement climatique. Il vise à éviter que ce domaine ne soit à nouveau qualifié de "Far West" en raison de son manque de transparence, de sa lenteur et des incohérences dans les rapports.
La communauté internationale espère que les futures discussions apporteront plus de clarté et d'efficacité. L'enjeu est de taille pour les nations les plus affectées par le changement climatique.





