Le retrait progressif des services scientifiques gouvernementaux américains dans le domaine climatique crée un vide que les entreprises privées s'empressent de combler. Face à une demande croissante d'analyses précises des risques liés au changement climatique, des entreprises spécialisées dans les données environnementales connaissent une croissance rapide. Elles offrent des solutions allant de l'évaluation des risques d'inondation à la cartographie des émissions de méthane, transformant le paysage de l'information climatique mondiale.
Points Clés
- Le secteur des données climatiques privées est en forte croissance.
- Les entreprises utilisent l'IA et les données pour évaluer les risques.
- Le financement pour ces entreprises a significativement augmenté.
- Des questions se posent sur l'accès et la précision des données privées.
- L'Europe et le Japon deviennent des sources alternatives de données de base.
Un marché en pleine expansion
Le marché de l'intelligence terrestre, qui englobe toutes les données environnementales, connaît une forte expansion. Selon le cabinet d'analyse Gartner, les revenus de ce secteur devraient atteindre au moins 4,2 milliards de dollars d'ici 2030, soit une hausse d'au moins 10% par an. Le Forum Économique Mondial estime que cette industrie pourrait générer une valeur économique totale de 3 800 milliards de dollars d'ici 2030, contre 266 milliards de dollars aujourd'hui. Cette croissance est alimentée par une demande accrue d'informations précises sur les risques climatiques.
Les entreprises recherchent des moyens de mieux comprendre et d'atténuer les impacts potentiels du changement climatique sur leurs actifs. Par exemple, Savills Investment Management, un gestionnaire immobilier britannique gérant 26 milliards d'euros d'actifs, a fait appel à Climate X, une entreprise londonienne. Climate X utilise des outils d'intelligence artificielle pour modéliser les risques et estimer les dommages potentiels sur 300 propriétés en Europe et en Asie en cas de perturbations météorologiques extrêmes. Savills a indiqué que ces informations sont cruciales pour leurs décisions d'investissement.
Chiffres clés
- 4,2 milliards de dollars : Revenus prévus pour l'intelligence terrestre d'ici 2030.
- 3 800 milliards de dollars : Valeur économique totale estimée par le Forum Économique Mondial d'ici 2030.
- 3,2 milliards de dollars : Montant levé par les entreprises d'intelligence terrestre en 2025.
- 190% : Augmentation des actions de Planet Labs depuis janvier.
Le rôle des données gouvernementales et les défis
Malgré l'essor des entreprises privées, les données gouvernementales restent fondamentales. De nombreux dirigeants d'entreprises du secteur soulignent l'importance des informations fournies par des agences comme la NOAA aux États-Unis. Elles servent de référence pour valider les modèles prédictifs des entreprises privées.
« Sans ces données, nous ne saurions pas si nos modèles sont bons ou mauvais, franchement », a déclaré Kamil Kluza, co-fondateur et directeur de l'exploitation de Climate X.
Cependant, le soutien américain à la science a diminué, ce qui soulève des inquiétudes quant à la disponibilité future de ces ensembles de données publiques. En conséquence, des entreprises comme Climate X envisagent de se tourner vers des alternatives provenant de l'Union Européenne, du Japon ou du UK Met Office. Les gouvernements détiennent l'historique des inondations, des affaissements de terrain et des glissements de terrain passés, des informations essentielles pour calibrer les modèles.
Contexte Politique
L'administration Trump a réduit les dépenses allouées aux services scientifiques. Cette politique a eu un impact sur la disponibilité des données climatiques publiques, créant une opportunité pour le secteur privé, mais aussi des défis en termes de validation et d'accès aux informations de base.
Investissements massifs et innovations technologiques
Le secteur privé attire des capitaux importants. En 2025, les entreprises d'intelligence terrestre ont levé environ 3,2 milliards de dollars en 57 tours de financement, une augmentation significative par rapport aux 1,1 milliard de dollars de l'année précédente et aux 845 millions de dollars en 2023. Cette tendance reflète l'enthousiasme des investisseurs pour ce marché en pleine croissance.
GHGSat, un fournisseur de données sur le méthane basé à Montréal, a levé 47 millions de dollars en septembre. L'entreprise prévoit d'ajouter deux satellites à sa constellation de 13 déjà en orbite. Dan Wicks, responsable de GHGSat au Royaume-Uni, a confirmé une croissance annuelle significative. Le nombre de satellites commerciaux dédiés à l'observation terrestre ou à la science est passé de sept en 2005 à 666 en 2023, illustrant cette dynamique.
Les entreprises publiques participent également à cette effervescence. Les actions de Planet Labs, l'une des plus grandes entreprises du secteur, ont augmenté de 190% depuis janvier. Fugro, une entreprise néerlandaise spécialisée dans les données géospatiales, a développé ses activités depuis sept décennies. Ses revenus annuels dépassent 2,2 milliards de dollars. Fugro se concentre sur la cartographie, la modélisation et le suivi des environnements bâtis et naturels, avec les deux tiers de son travail désormais en mer.
Cartographie marine et initiatives internationales
Fugro est un acteur majeur de la cartographie sous-marine. Ces cartes aident les gouvernements à gérer les environnements côtiers et les navires à naviguer en toute sécurité. L'entreprise a cependant subi un ralentissement en 2024, en partie à cause d'une baisse d'activité de ses clients dans l'éolien offshore.
Fugro co-préside le groupe de données d'entreprise de la Décennie de l'Océan des Nations Unies. Cette initiative vise à rendre accessibles les données marines collectées par des industries comme l'énergie et les télécommunications. Mark Heine, PDG de Fugro, a invité de grandes entreprises telles que Shell, BP et Total à discuter de la libération de ces données commerciales pour le bien public.
L'entreprise collabore également avec Esri, une société de logiciels SIG privée, pour créer des cartes côtières autour des nations insulaires vulnérables au changement climatique, en commençant par les Caraïbes. « Nous pensons que les pays riches ont la responsabilité d'aider les petites nations insulaires à se protéger de l'élévation du niveau de la mer », a déclaré Mark Heine.
Équité, accès et profit
L'essor du secteur privé soulève des questions importantes. L'accès aux données précises pourrait devenir un privilège pour ceux qui peuvent payer. Cela pourrait créer une fracture entre les entités capables d'investir dans ces services et celles qui ne le peuvent pas, notamment les nations les plus vulnérables au changement climatique.
La précision des modèles privés, bien que sophistiquée, dépend encore largement des données de référence publiques. Si ces données de base venaient à disparaître du domaine public, cela pourrait affecter la qualité et la fiabilité des analyses privées. La collaboration entre les secteurs public et privé reste essentielle pour garantir une compréhension globale et équitable des risques climatiques.
- Précision : Dépend des données de base gouvernementales pour validation.
- Accès : Risque d'inéquité pour ceux qui ne peuvent pas payer.
- Collaboration : Nécessité d'un partenariat public-privé pour des solutions complètes.





