Le monde est en retard par rapport à ses engagements mondiaux de réduction des émissions de méthane. C'est ce que révèle une récente évaluation des Nations Unies. Des actions rapides et agressives sont nécessaires pour maîtriser ce puissant gaz à effet de serre.
Points clés
- La réduction de 30 % des émissions de méthane d'ici 2030 est encore techniquement possible.
- Les émissions de méthane augmentent malgré les promesses.
- Un traité mondial sur le méthane est envisagé par certains pays.
- Le secteur de l'énergie pourrait réduire ses émissions de méthane de 86 % d'ici 2030.
Un objectif lointain pour 2030
L'objectif de réduire les émissions de méthane de 30 % par rapport aux niveaux de 2020 d'ici 2030 est toujours réalisable. Cependant, cela nécessite une action immédiate et décisive. Ce constat émane d'un rapport publié récemment lors des négociations climatiques des Nations Unies à Belém, au Brésil.
« En seulement quatre ans, nous avons réalisé des améliorations, mais nous devons continuer à accélérer et approfondir les réductions de méthane », a déclaré Julie Dabrusin, ministre canadienne de l'Environnement et du Changement climatique.
Le méthane en chiffres
- Le méthane a un pouvoir de réchauffement environ 80 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone sur les 20 premières années après son émission.
- Environ 160 nations ont signé l'engagement mondial sur le méthane.
- Si les pays respectent leurs engagements actuels, les émissions pourraient baisser de 8 % d'ici 2030 par rapport à 2020.
Le ralentissement de la croissance des émissions
L'évaluation, menée par le Programme des Nations Unies pour l'environnement et la Coalition pour le climat et l'air pur, dresse un bilan sombre des progrès. Quatre ans après le lancement de l'Engagement mondial sur le méthane en 2021, la croissance des émissions a ralenti, mais elles continuent d'augmenter.
Ce gaz est un puissant gaz à effet de serre. Le contenir est essentiel pour limiter l'augmentation de la température mondiale et éviter des points de basculement critiques.
Appel à un traité mondial sur le méthane
Cette situation alimente la frustration et relance les appels à un traité mondial sur le méthane. Ce traité pourrait s'inspirer du Protocole de Montréal, qui a permis de réduire les hydrofluorocarbures, substances appauvrissant la couche d'ozone.
« La question du méthane consiste à retrousser nos manches et à faire le travail. Ce n'est pas facile, mais il n'est pas clair pour moi qu'un traité rendrait la tâche plus simple. »
La Première ministre de la Barbade, Mia Mottley, a exhorté les nations à forger un tel traité international. Le président français, Emmanuel Macron, a également soutenu l'idée d'« objectifs contraignants sur le méthane ». Cette proposition a reçu le soutien de plusieurs petits États insulaires, particulièrement vulnérables au changement climatique.
Contexte de l'Engagement mondial sur le méthane
Lancé en 2021, l'Engagement mondial sur le méthane est une initiative visant à réduire les émissions de ce gaz. Il regroupe environ 160 nations. Le but est de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C.
L'action immédiate plutôt que la négociation
Certains environnementalistes estiment qu'un long processus diplomatique pour un nouveau traité juridiquement contraignant ferait perdre un temps précieux. Ils préfèrent concentrer les efforts sur la réduction immédiate des émissions.
Mark Brownstein, de l'Environmental Defense Fund, suggère qu'il est préférable de travailler directement avec les entreprises et les pays pour obtenir des réductions. Négocier un traité pendant plusieurs années pourrait repousser l'action réelle de cinq ou dix ans, selon lui.
Exemples de succès et potentiel du secteur énergétique
Des politiques de limitation des émissions de méthane provenant des contrôleurs pneumatiques, des compresseurs et d'autres équipements pétroliers contribuent déjà à des réductions. Ces technologies existantes pourraient être appliquées à l'échelle mondiale.
Au Nouveau-Mexique, aux États-Unis, les contrôles des émissions ont permis de réduire les rejets de méthane. Ces réductions équivalent à 1 % des émissions mondiales de méthane de l'industrie pétrolière et gazière. Ces calculs proviennent de l'Environmental Defense Fund, basés sur des observations satellitaires et des données de l'Agence internationale de l'énergie.
Fred Krupp, président de l'EDF, a souligné le pouvoir de la réglementation. Il a noté que le développement pétrolier et gazier dans l'État a néanmoins « progressé très rapidement ».
Le secteur de l'énergie pourrait à lui seul réduire ses émissions de méthane de 86 % d'ici 2030, selon Jonathan Banks, directeur mondial de la Clean Air Task Force. Il a cependant ajouté qu'il existe des « lacunes persistantes en matière d'application, de surveillance et de financement ».
Un carrefour critique pour la planète
Le rapport suggère que le monde se trouve à un carrefour critique. Le respect des engagements existants entraînerait d'importantes réductions de méthane. Mais les émissions continueraient d'augmenter si les pays n'adoptent pas davantage de politiques pour les contenir.
Si les nations respectent leurs engagements individuels de l'Accord de Paris et leurs plans d'action nationaux sur le méthane, les émissions d'origine humaine pourraient diminuer de 8 % d'ici 2030 par rapport à 2020. Cette prévision est valable même si trois des plus grands émetteurs de méthane – la Chine, l'Inde et la Russie – n'ont pas adhéré à l'engagement.
Scénarios d'émissions futures
- Scénario actuel : Les émissions de méthane devraient augmenter de 5 % d'ici la fin de la décennie par rapport à 2020. Cette croissance est plus lente que les prévisions précédentes (9 % en 2021).
- Scénario ambitieux : Pour atteindre l'objectif de 30 % de réduction d'ici 2030, les pays devraient mettre en œuvre toutes les options techniquement réalisables. Cela inclut la gestion de l'eau dans la riziculture, les systèmes de récupération de gaz dans les décharges et le colmatage des puits de pétrole et de gaz abandonnés.
Ces mesures coûteraient environ 127 milliards de dollars par an. Les Nations Unies estiment qu'elles permettraient d'éviter environ 0,2°C de réchauffement. Elles préviendraient également 19 millions de tonnes métriques de pertes de récoltes et généreraient d'autres avantages d'une valeur de 330 milliards de dollars chaque année d'ici 2030.





