À Rio de Janeiro, où les températures estivales dépassent régulièrement les 40°C, une nouvelle étude menée par des chercheurs européens et des partenaires locaux met en lumière une réalité souvent ignorée : l'impact disproportionné de la chaleur extrême sur les habitants des favelas. En installant des thermomètres dans les logements et en recueillant des témoignages, le projet vise à quantifier comment le changement climatique exacerbe les inégalités sociales déjà profondes de la ville.
Pour les 1,3 million de personnes vivant dans ces quartiers, la chaleur n'est pas seulement une question d'inconfort, mais un véritable enjeu de santé et de bien-être quotidien. L'étude cherche à fournir des données concrètes pour orienter les futures politiques publiques vers des solutions plus équitables.
Points Clés
- Une étude est en cours à Rio pour mesurer l'impact de la chaleur dans les favelas.
- Des thermomètres ont été installés dans les habitations pour suivre les températures intérieures.
- Les résidents tiennent des "journaux de chaleur" pour documenter leurs expériences.
- L'objectif est de montrer comment le changement climatique amplifie les inégalités urbaines existantes.
Un thermomètre sur les inégalités climatiques
L'initiative, pilotée par des chercheurs de l'Université d'Utrecht aux Pays-Bas en collaboration avec des organisations locales, se déroule dans les favelas de Chapeu Mangueira et Morro da Babilonia. Ces quartiers, construits sur les collines surplombant les zones aisées de Rio, deviennent de véritables pièges thermiques pendant l'été.
Le projet ne se contente pas de mesurer la température de l'air extérieur. Son approche innovante consiste à placer des capteurs directement à l'intérieur des maisons pour comprendre les conditions de vie réelles des habitants. Cette démarche permet de collecter des données précises sur l'exposition à la chaleur dans les espaces privés, là où les gens passent une grande partie de leur temps.
« Ce projet est un point de départ pour comprendre comment le changement climatique, souvent perçu comme un problème environnemental mais qui devient politique, amplifie les inégalités urbaines qui existaient déjà », explique Francesca Pilo, coordinatrice du projet et professeure d'urbanisme à l'Université d'Utrecht.
Le quotidien insupportable sous 40°C
Pour des habitants comme Michele Campos, 39 ans, l'été est synonyme de souffrance. Elle décrit des nuits presque impossibles dans sa chambre sans fenêtre, où la chaleur accumulée par le béton durant la journée rend le sommeil très difficile. « Dormir est la pire partie », confie-t-elle.
Son témoignage illustre une fracture sociale évidente. « Dans la favela, nous vivons la chaleur d'une manière très différente des gens qui peuvent s'offrir la climatisation », ajoute-t-elle. Cette réalité est le quotidien de centaines de milliers de personnes qui n'ont pas les moyens de se protéger des vagues de chaleur de plus en plus intenses et fréquentes.
Le saviez-vous ?
Rio de Janeiro compte environ 1,3 million de personnes vivant dans des favelas. Ces communautés sont particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique en raison de la densité de population et des matériaux de construction qui retiennent la chaleur.
Des "journaux de chaleur" pour documenter l'impact
Au-delà des mesures techniques, l'étude adopte une approche humaine. Les chercheurs ont demandé aux résidents de tenir des « journaux de chaleur ». Dans ces carnets, ils notent comment les hautes températures affectent leur corps, leur sommeil, leur travail et leurs activités quotidiennes.
Cette méthode qualitative permet de recueillir des informations précieuses sur les stratégies d'adaptation que les habitants développent par eux-mêmes, mais aussi sur les limites de leur résilience. Les données combinées, quantitatives et qualitatives, dresseront un tableau complet de la vulnérabilité des communautés face à la crise climatique.
Urbanisme de nécessité et vulnérabilité
La structure même des favelas contribue au problème. Ces quartiers se sont développés sans planification urbaine formelle, souvent par l'autoconstruction. Les maisons sont très proches les unes des autres, les rues sont étroites et le béton est omniprésent, limitant la circulation de l'air et créant des îlots de chaleur urbains.
Valdinei Medina, qui dirige la première coopérative d'énergie solaire en favela du Brésil, souligne ce point. « Nous n'avons ni architectes ni ingénieurs. Nous construisons par nécessité », dit-il. Cette réalité constructive a des conséquences directes sur le confort thermique. « Quand la chaleur arrive, nous souffrons beaucoup », résume-t-il.
Contexte : Les favelas et la chaleur
Les favelas sont souvent caractérisées par :
- Une forte densité de bâtiments en brique et en béton.
- Un manque d'espaces verts et d'arbres pour l'ombrage.
- Des rues étroites qui piègent la chaleur et réduisent la ventilation.
- Un accès limité à l'eau et à l'électricité, rendant difficile l'utilisation de ventilateurs ou de climatiseurs.
Ces facteurs combinés font que la température ressentie peut être bien supérieure à celle des quartiers voisins plus arborés.
Vers des politiques publiques plus justes ?
L'ambition finale de cette recherche est de dépasser le simple constat scientifique. Les organisateurs espèrent que les données collectées serviront de base solide pour influencer les politiques publiques de la ville de Rio de Janeiro.
En démontrant avec des chiffres et des témoignages concrets l'inégalité thermique, le projet pourrait inciter les autorités à développer des stratégies d'adaptation ciblées. Celles-ci pourraient inclure la végétalisation des quartiers, l'amélioration de la ventilation des logements ou le soutien à l'accès à des solutions de refroidissement durables.
L'étude met en évidence que la lutte contre le changement climatique est indissociable de la lutte pour la justice sociale. Pour les habitants des favelas de Rio, adapter la ville à un climat plus chaud est une question de survie et de dignité.





