La pandémie de COVID-19, avec ses confinements et la réduction drastique de l'activité humaine, a entraîné une baisse significative de certains polluants atmosphériques. Cependant, les scientifiques ont observé un phénomène inattendu : une augmentation record des niveaux de méthane dans l'atmosphère. Cette découverte remet en question notre compréhension des interactions complexes entre les polluants et le climat.
Points clés
- Le méthane a atteint des niveaux record pendant la pandémie.
- La baisse des polluants comme les oxydes d'azote a réduit les radicaux hydroxyles.
- Les radicaux hydroxyles sont essentiels pour décomposer le méthane.
- Une augmentation naturelle des émissions de méthane a également contribué.
- Cette découverte pourrait modifier les stratégies de surveillance atmosphérique.
Une énigme climatique inattendue
Alors que le monde se mettait en pause en 2020, les experts s'attendaient à ce que la planète bénéficie d'une trêve face aux polluants nocifs. Moins de voitures, d'avions et de trains signifiaient moins d'émissions de dioxyde d'azote et d'autres gaz.
Pourtant, une surveillance attentive a révélé une augmentation notable du méthane. Ce gaz est le deuxième contributeur au réchauffement climatique après le dioxyde de carbone. L'Agence Spatiale Européenne (ESA) a mobilisé plus de 40 scientifiques pour comprendre cette flambée.
Faits marquants
- Le méthane est le deuxième gaz à effet de serre le plus important.
- Ses niveaux atmosphériques ont atteint un record depuis les années 1980.
- Une étude publiée dans Science.org détaille les raisons de cette hausse.
Le rôle crucial des radicaux hydroxyles
La clé de ce paradoxe réside dans la chimie atmosphérique. Le méthane se décompose lorsqu'il interagit avec une molécule appelée radical hydroxyle. Ces radicaux transforment le méthane en gaz moins nocifs.
La formation des radicaux hydroxyles dépend de l'interaction entre la lumière du soleil et d'autres gaz. Parmi ces gaz, on trouve les polluants atmosphériques d'origine humaine, comme les oxydes d'azote. Ces derniers sont généralement produits par les activités industrielles et les transports.
« En fournissant le budget mondial du méthane le plus à jour jusqu'en 2023, cette recherche clarifie pourquoi le méthane a augmenté si rapidement – et pourquoi il a récemment ralenti », a déclaré Philippe Ciais, chercheur au Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement (LSCE) en France et auteur principal de l'étude.
L'impact du confinement sur la chimie atmosphérique
Pendant les confinements, la réduction des activités a entraîné une baisse des émissions d'oxydes d'azote. Moins d'oxydes d'azote signifie moins de radicaux hydroxyles formés. Or, les radicaux hydroxyles ont une durée de vie très courte et doivent être constamment renouvelés pour continuer à décomposer le méthane.
Le résultat ? Moins de radicaux hydroxyles disponibles pour neutraliser le méthane. Même si les canaux de Venise devenaient d'un bleu immaculé, cette pureté de l'air avait un inconvénient inattendu pour le méthane atmosphérique.
Comprendre le paradoxe
Les scientifiques appellent cela le paradoxe de la pollution atmosphérique. Il s'agit du phénomène où une réduction des émissions d'un polluant peut paradoxalement entraîner la persistance plus longue d'un autre polluant dans l'atmosphère. Cette découverte pourrait modifier radicalement la façon dont les chercheurs suivent les processus atmosphériques.
Contributions naturelles à l'augmentation du méthane
Les auteurs de l'étude estiment que environ 80 % de l'augmentation du méthane est due au manque de radicaux hydroxyles. Cependant, les 20 % restants proviennent d'une augmentation naturelle de la production de méthane.
Le méthane est libéré par la décomposition de matières organiques dans des environnements pauvres en oxygène. C'est le cas des zones humides profondes ou des systèmes digestifs des ruminants comme les bovins et les ovins.
Le rôle de La Niña
La période de la pandémie a coïncidé avec un épisode de La Niña. Ce phénomène météorologique apporte généralement un temps plus frais et plus humide. Il a provoqué des pluies abondantes dans des régions déjà humides d'Afrique et d'Asie. L'augmentation de l'eau dans les zones humides a créé un environnement encore plus propice à la production de méthane.
« À mesure que la planète devient plus chaude et plus humide, les émissions de méthane des zones humides, des eaux intérieures et des rizières façonneront de plus en plus le changement climatique à court terme », a souligné Hanqin Tian, scientifique de l'environnement au Boston College et co-auteur de l'étude.
Perspectives et stratégies d'atténuation
Cette étude met en lumière la complexité des interactions climatiques. Elle souligne l'importance croissante des satellites pour suivre non seulement les gaz à effet de serre, mais aussi les processus chimiques subtils qui régissent leur destin dans l'atmosphère.
Les chercheurs suggèrent que les efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre doivent tenir compte de ces interactions complexes. Il est crucial d'atténuer les émissions de méthane et de compenser sa production pour équilibrer la relation chimique-climat.
- La Global Methane Pledge (Engagement Mondial sur le Méthane) est une initiative lancée en 2021 par l'UE et les États-Unis.
- Plus de 150 pays y participent.
- L'objectif est de réduire les émissions mondiales de méthane de 30 % d'ici 2030.
La compréhension de ce paradoxe est essentielle pour affiner les modèles climatiques et développer des stratégies de lutte contre le réchauffement global plus efficaces. Le climat nous réserve encore bien des surprises, et cette étude en est une preuve frappante.





