Malgré un revers initial dans l'installation de capteurs sous le glacier Thwaites, une équipe internationale de scientifiques a réalisé des avancées significatives dans la compréhension de ce géant de glace. Cette mission de plusieurs semaines en Antarctique a permis de collecter des données cruciales sur l'épaisseur de la glace, la topographie sous-jacente et les interactions complexes entre la glace terrestre et l'océan.
Points Clés
- Un forage a échoué mais d'autres recherches ont réussi.
- Le radar a cartographié plus de 2 900 kilomètres du glacier.
- Des échantillons de glace et d'eau ont révélé des détails cruciaux.
- La décharge sous-glaciaire accélère la fonte.
La mission scientifique face aux défis du terrain
La campagne scientifique, lancée depuis le brise-glace Araon de l'Institut coréen de recherche polaire (KOPRI), a fait face à des conditions extrêmes. Une tentative de forage pour installer une station météorologique sous le glacier Thwaites a rencontré des difficultés imprévues. Le glaciologue David Holland de l'Université de New York a décrit cet échec comme « absolument rien, un peu shakespearien ».
Malgré ce revers, l'équipe n'a pas abandonné. Elle a déployé un capteur de température distribué, un instrument à fibre optique capable de fournir des lectures continues de la température de la surface au fond marin. Cet outil, bien que ne couvrant pas la profondeur initialement prévue, a néanmoins fourni des données précieuses.
Le saviez-vous ?
Le glacier Thwaites est surnommé le « glacier de l'Apocalypse » en raison de son potentiel à influencer de manière significative le niveau mondial des mers s'il venait à s'effondrer complètement.
Cartographie du glacier par radar aérien
L'un des succès majeurs de la mission a été l'utilisation d'un radar puissant monté sur hélicoptère. Pendant plusieurs jours, cet hélicoptère a survolé la glace, parcourant plus de 1 800 miles (environ 2 900 kilomètres) en lignes droites. Les longues flèches contenant les antennes radar ont envoyé des signaux radio à ondes longues à travers la glace, écoutant les échos pour cartographier la topographie sous-jacente.
Chris Pierce, glaciologue de l'Université d'État du Montana et chef d'équipe sur le terrain, a souligné la qualité des données collectées. Les radargrammes, des coupes bidimensionnelles de la glace, sont essentiels pour comprendre le terrain sous-glaciaire. Cette connaissance aide les chercheurs à développer des modèles pour prédire la vitesse de recul du glacier.
« Une fois que vous dépassez un certain point, vous avez une surface à très faible frottement sur laquelle le glacier peut glisser. C'est l'une des raisons pour lesquelles les gens pensent que Thwaites est particulièrement sensible aux instabilités. »
L'importance de la glace de mer et des carottes de glace
Pour calibrer les données radar, l'équipe a collaboré avec Siobhan Johnson, scientifique spécialiste de la glace de mer du British Antarctic Survey. Elle a utilisé un dispositif de carottage pour prélever des échantillons de névé, la neige en transition vers la glace. Ces carottes révèlent des informations sur les conditions passées, comme les périodes de dégel.
La glace de mer joue un rôle indirect mais crucial dans la fonte des glaciers terrestres. Bien que sa fonte n'augmente pas directement le niveau de la mer, sa disparition peut accélérer le transport de chaleur océanique vers la base des glaciers comme Thwaites, favorisant leur fonte par le dessous. Depuis 2016, la glace de mer dans cette région a connu une baisse inattendue, un phénomène lié aux changements des courants océaniques et des vents dus à la crise climatique.
Contexte climatique
Alors que certains gouvernements réduisent les réglementations environnementales, de nombreux scientifiques s'inquiètent de l'accélération du réchauffement des océans, de la fonte des glaciers et de l'élévation du niveau de la mer. La recherche en Antarctique est essentielle pour comprendre ces dynamiques mondiales.
Explorer les rifts et la décharge sous-glaciaire
Une approche particulièrement innovante a été l'utilisation de l'appareil RIFT-OX. Conçu par le géophysicien polaire Jamin Greenbaum du Scripps Institution of Oceanography, RIFT-OX est transporté par hélicoptère dans les canyons de glace. Il perce la glace mince et abaisse une rosette de récipients jusqu'à 2 800 pieds (environ 850 mètres) pour collecter des échantillons d'eau à des profondeurs spécifiques.
Ces échantillons sont analysés pour détecter des signes de décharge sous-glaciaire, de l'eau formée sous le glacier par la chaleur géothermique et le frottement. Cette eau s'écoule dans la mer, se mélangeant à l'eau océanique plus chaude. Les premières données de Greenbaum ont confirmé cette hypothèse, montrant des preuves directes de décharge sous-glaciaire là où elle était attendue.
- Déploiement de mouillages : Des instruments ont été placés sous l'eau pour collecter des données sur plusieurs années.
- Mesures océaniques : Des arrêts fréquents ont permis de mesurer la salinité, la température, la profondeur et les courants.
- Planeur sous-marin autonome : Un planeur équipé d'instruments a été déployé pour des missions de plusieurs jours.
Greenbaum compare l'océan chaud à un feu et la décharge sous-glaciaire à un liquide inflammable qui « fait exploser le tout ». Cette découverte est cruciale pour comprendre comment la chaleur géothermique contribue à la fonte des glaciers de l'intérieur.
Perspectives futures et l'urgence de la recherche
Malgré les défis, cette expédition a fourni des données essentielles pour démêler les incertitudes entourant la fonte du glacier Thwaites. Le KOPRI s'est engagé à revenir dans deux ans pour poursuivre ces recherches vitales. La compréhension de ce glacier, le plus important de tous par ses conséquences potentielles, est une course contre la montre.
Les scientifiques travaillent à un rythme soutenu, mais la fonte du glacier Thwaites progresse encore plus rapidement que leurs efforts pour la comprendre pleinement. Chaque pièce du puzzle est difficile à obtenir, mais chaque découverte rapproche les chercheurs d'une prévision plus précise de l'avenir de nos océans et de nos côtes.





