Le secteur de l'élimination du carbone, crucial pour atteindre la neutralité carbone, fait face à un sous-financement chronique. Malgré des technologies éprouvées comme le biochar, l'incertitude politique et les préférences des investisseurs freinent leur déploiement à grande échelle. Des projets pourtant viables sont contraints à l'abandon faute de capitaux.
Points Clés
- Le financement des technologies d'élimination du carbone est insuffisant, représentant moins de 1% des investissements en technologies propres.
- L'instabilité des politiques gouvernementales augmente le risque perçu par les investisseurs, entraînant une réduction des capitaux disponibles.
- Le captage direct de l'air (DAC) attire une part disproportionnée des investissements, tandis que des méthodes matures comme le biochar peinent à trouver des fonds.
- Le biochar a déjà retiré plus de 700 000 tonnes de CO2, contre moins de 10 000 tonnes pour le DAC.
- Les institutions financières ont un rôle majeur à jouer en développant des mécanismes de financement innovants pour ces projets.
Un frein majeur au déploiement des solutions climatiques
Le chemin vers la neutralité carbone est semé d'embûches, et l'une des plus importantes concerne le financement des technologies d'élimination du carbone. Ces solutions sont indispensables pour atteindre les objectifs climatiques mondiaux, visant à retirer entre 5 et 10 milliards de tonnes de dioxyde de carbone de l'atmosphère chaque année d'ici le milieu du siècle. Pourtant, elles demeurent le parent pauvre de l'investissement dans les technologies propres.
Récemment, un développeur de biochar a dû cesser ses activités. Malgré une équipe solide, des fournisseurs de matières premières et une vérification indépendante, le manque de financement a eu raison de l'entreprise. Ce cas n'est pas isolé et illustre une tendance préoccupante qui menace la concrétisation de nombreux projets essentiels à la lutte contre le changement climatique.
Statistique Clé
L'investissement global dans l'élimination du carbone représente à peine 1% de l'ensemble des fonds alloués aux technologies propres. Cette proportion est bien trop faible pour construire l'infrastructure nécessaire à l'échelle requise.
L'impact de l'incertitude politique sur les investissements
L'environnement politique actuel aux États-Unis a créé un climat d'incertitude qui décourage les investissements climatiques. Les signaux contradictoires envoyés par les autorités ont un effet direct sur la perception du risque par les institutions financières.
Par exemple, l'annulation récente de 7,5 milliards de dollars de soutien pour des projets d'énergie propre et de capture de carbone, après une première coupe de 3,7 milliards de dollars en mai, a eu un impact immédiat. Les investisseurs se retirent, entraînant une chute de 36% des investissements dans les énergies renouvelables par rapport au second semestre de l'année précédente. Pour la première fois, plus de projets de technologies propres ont été annulés que de nouveaux annoncés au cours du dernier trimestre.
« La politique ne se résume pas aux incitations et aux mandats ; elle façonne la manière dont les investisseurs évaluent le risque. Des règles stables réduisent le coût du capital, et des règles instables l'augmentent. »
Cette instabilité réglementaire rend les projets plus risqués aux yeux des prêteurs, ce qui se traduit par des taux d'intérêt plus élevés, des conditions de prêt plus strictes, ou un refus pur et simple de financement. Les règles du jeu changeantes dissuadent les capitaux de s'engager sur le long terme.
Disparité des investissements : le cas du captage direct de l'air
Malgré le besoin urgent de financer toutes les méthodes d'élimination du carbone, les capitaux ne sont pas répartis équitablement. Le captage direct de l'air (DAC) attire une part disproportionnée des investissements.
Entre 2020 et 2024, les investisseurs ont injecté 3,3 milliards de dollars dans cette technologie. Ce montant est presque équivalent aux 3,4 milliards de dollars répartis sur toutes les autres technologies émergentes d'élimination du carbone combinées. Cette préférence s'explique souvent par la manière dont le DAC s'intègre aux subventions fédérales existantes, le rendant plus attractif pour les investisseurs.
Cependant, le captage direct de l'air est encore loin de pouvoir être déployé à grande échelle. D'autres approches, comme le biochar, sont déjà opérationnelles et prouvent leur efficacité aujourd'hui.
Qu'est-ce que le biochar ?
Le biochar est un matériau similaire au charbon de bois, produit à partir de la pyrolyse de la biomasse (déchets agricoles, forestiers). Il a la capacité de stocker le carbone pendant des siècles, voire plus, lorsqu'il est incorporé dans les sols. Il améliore également la fertilité des sols et la rétention d'eau.
Le paradoxe du biochar : une solution efficace mais sous-financée
Le biochar a déjà retiré plus de 700 000 tonnes de dioxyde de carbone de l'atmosphère, ce qui en fait la méthode d'ingénierie la plus performante à ce jour en termes de volume. En comparaison, le captage direct de l'air a retiré moins de 10 000 tonnes.
Malgré cette efficacité prouvée, les projets de biochar ont du mal à attirer les capitaux. Les installations peuvent retirer entre 50 000 et 100 000 tonnes de CO2 par an, une quantité significative. Cependant, ces projets sont souvent trop petits pour bénéficier des financements de plusieurs milliards de dollars recherchés par les grandes infrastructures.
De plus, ils ne présentent pas la courbe de croissance exponentielle que recherchent les fonds de capital-risque. Leur nouveauté et leur sensibilité aux politiques publiques les rendent également trop risqués pour les banques traditionnelles. Ces projets se retrouvent ainsi dans une zone grise, difficile d'accès pour le financement.
Le rôle crucial des institutions financières
Face à l'absence de politiques fédérales cohérentes, les institutions financières ont un rôle clé à jouer. Elles peuvent débloquer le financement nécessaire en adaptant leurs approches.
Un accord récent de 210 millions de dollars entre JPMorgan, Microsoft et Chestnut Carbon montre une voie possible. Dans cette transaction, le développeur a assumé le risque de livraison, l'acheteur le risque de marché et la banque le risque de crédit. Cette structure est similaire à celle qui a permis de financer l'énergie solaire il y a vingt ans.
Cependant, la plupart des accords à grande échelle pour l'élimination du carbone restent des opérations sur mesure et rares. Il est impératif de les rendre plus rapides et plus reproductibles.
Voies de financement innovantes
- Financer des portefeuilles de projets : Les banques pourraient financer plusieurs projets simultanément plutôt que des installations individuelles, mutualisant ainsi les risques.
- Fonds avec filet de sécurité : Concevoir des fonds où de grands acheteurs ou des partenaires publics absorbent les premières pertes en cas de problème. Cela réduirait le coût d'emprunt pour tous les autres acteurs.
- Contrats à long terme standardisés : Encourager les acheteurs à opter pour des contrats à long terme standardisés, ce qui garantirait des flux de revenus fiables et faciliterait l'obtention de prêts.
Les institutions financières ont une opportunité majeure. En agissant comme acheteurs, courtiers, gestionnaires de risques et innovateurs, elles peuvent façonner ce marché et en tirer profit. Les premières à se positionner acquerront une expertise, des relations et une influence dans ce qui pourrait devenir l'un des plus grands marchés de matières premières d'ici le milieu du siècle.
Financer l'élimination du carbone comme une infrastructure essentielle à la neutralité carbone est crucial. En résolvant le problème du financement, nous pourrons construire le marché que le climat exige.





