Le gouvernement canadien a annoncé un prolongement significatif de ses crédits d'impôt pour le captage, l'utilisation et le stockage du carbone (CUSC), ainsi que pour l'hydrogène propre. Ces mesures, intégrées au nouveau budget fédéral, représentent des milliards de dollars en revenus reportés, visant à soutenir l'industrie dans ses efforts de décarbonisation. Toutefois, l'analyse des projets bénéficiaires révèle une concentration des fonds vers des initiatives liées aux combustibles fossiles, soulevant des questions sur l'efficacité de cette stratégie pour une transition énergétique véritablement propre.
Points Clés
- Les crédits d'impôt pour le CUSC sont prolongés à taux plein jusqu'en 2035.
- Le secteur des sables bitumineux représente la majeure partie des bénéfices potentiels.
- L'hydrogène bleu et la pyrolyse du méthane sont désormais éligibles aux mêmes crédits.
- Les projets industriels non fossiles reçoivent une part minoritaire des fonds.
- L'accent est mis sur la chimie des procédés plutôt que sur la combustion pour une capture efficace.
Prolongement des Crédits Fiscaux et Impacts Budgétaires
Le budget fédéral a confirmé la prolongation des crédits d'impôt pour le captage, l'utilisation et le stockage du carbone (CUSC) à leur pleine valeur jusqu'en 2035. Des taux réduits s'appliqueront ensuite de 2036 à 2040. Concrètement, les équipements de capture continueront de bénéficier d'un crédit de 50 %, tandis que le transport, le stockage et l'utilisation recevront 37,5 %.
Le crédit d'impôt pour l'hydrogène propre maintient son taux entre 15 % et 40 %, selon l'intensité carbonique. Une nouveauté importante est l'inclusion de la pyrolyse du méthane, désormais éligible aux mêmes niveaux que l'électrolyse et l'hydrogène bleu. Les crédits pour l'électricité propre ont également été ajustés pour permettre au Fonds de croissance du Canada de co-investir sans réduire l'assiette créditable.
Chiffres Clés
Le prolongement des crédits représente une valeur potentielle d'environ 1 milliard de dollars par an en revenus reportés. Le plus grand projet, le hub Pathways des sables bitumineux, pourrait capter environ 80 % de ce montant.
Concentration des Fonds vers les Projets Fossiles
L'analyse des projets qui devraient bénéficier de ces crédits révèle une forte orientation vers les entreprises liées aux combustibles fossiles. Le consortium Pathways Alliance en Alberta, s'il atteint une décision finale d'investissement et achève sa construction avant 2036, pourrait recevoir environ 800 millions de dollars par an en soutien.
Le projet Polaris de Shell à la raffinerie de Scotford est estimé à environ 50 millions de dollars par an, et l'unité de capture Glacier d'Entropy à environ 6 millions de dollars. Ensemble, ces trois projets représentent près de 90 % du total modélisé des bénéfices à court terme.
Les autres utilisateurs industriels, comme l'usine de ciment d'Heidelberg, le complexe d'hydrogène d'Air Products à Edmonton, l'approvisionnement de Linde à Dow, et le projet de valorisation énergétique des déchets de Varme, se partagent les 10 % restants. Cette répartition souligne une tendance où les producteurs historiques, avec leur envergure, sont les premiers à bénéficier de ces incitations.
La Capture de Carbone : Où est-elle Vraiment Efficace ?
La politique canadienne de capture de carbone traite de manière égale une tonne de CO₂ provenant d'une cheminée d'usine de valorisation des sables bitumineux et une tonne d'un four à ciment. Pourtant, les réalités économiques et physiques sont très différentes. La capture de carbone est plus pertinente pour les flux de CO₂ purs ou presque purs, en particulier ceux issus de sources biogéniques, avec un stockage géologique proche et peu coûteux, et pour des usages industriels difficiles à électrifier.
Les projets qui tentent de nettoyer la combustion plutôt que la chimie des procédés rencontrent souvent des difficultés. Le gaz de combustion est dilué, nécessitant le traitement de volumes importants d'échappement pour isoler une petite quantité de CO₂. Cela réduit l'efficacité de l'usine et augmente les coûts d'exploitation.
« La capture de carbone est pertinente là où le CO₂ est un produit de la chimie, et non de la combustion. »
Exemples de Projets : Succès et Limites
Le projet Heidelberg Materials à Edmonton représente un exemple de CUSC bien appliqué. La production de ciment libère du CO₂ par calcination, un processus chimique, et non par combustion. Le flux est concentré, la géologie de stockage est éprouvée, et l'entreprise s'est engagée à un stockage permanent. L'investissement gouvernemental via le Fonds d'innovation stratégique soutient un projet de décarbonisation crédible qui ne peut pas simplement passer à l'électricité renouvelable.
Contexte de la Politique
Les crédits d'impôt ont été conçus pour offrir une certitude aux investisseurs et prolonger les délais pour l'engagement des industries dans des projets de capture. Cette approche vise à maintenir le Canada dans la course à l'économie propre.
En revanche, le projet Glacier d'Entropy et Advantage Energy, qui vise à capturer le CO₂ de la combustion de gaz pour la production d'énergie sur site, illustre les défis. Le gaz de carneau est très dilué, rendant la capture coûteuse et énergivore. Ce type de projet reste lié à la production et à la combustion de gaz, créant des émissions en amont tout en prétendant les éliminer en aval.
Hydrogène Propre : Potentiel et Controverses
Le financement de l'hydrogène raconte une histoire différente. Le complexe d'Air Products à Edmonton combine la production d'hydrogène bleu avec la capture et la liquéfaction, desservant des usages industriels et de transport. L'investissement de Linde pour approvisionner l'usine d'éthylène à zéro émission nette de Dow à Fort Saskatchewan est un exemple clair de l'hydrogène comme matière première chimique, et non comme carburant.
Ces projets devraient bénéficier de crédits d'hydrogène entre 25 % et 40 %, soit l'équivalent de 50 à 65 millions de dollars par an en soutien. C'est l'hydrogène qui a du sens : une matière première pour les engrais, l'acier ou les produits chimiques, là où il n'existe pas d'option d'électrification directe.
Hydrogène pour le Transport
Le budget fédéral mentionne l'hydrogène pour le transport lourd, mais cette voie est souvent considérée comme une impasse. Les camions et les trains s'électrifieront directement en raison de l'efficacité et de l'économie des infrastructures.
La langue politique ne distingue pas l'hydrogène industriel de l'hydrogène pour la mobilité, mais la réalité du financement le fait. Les seules voies crédibles sont celles qui rendent les matériaux plus propres, et non celles qui déplacent des personnes ou des marchandises.
Regard vers l'Avenir
Le système fiscal canadien récompense les dépenses en capital plutôt que le coût d'abattement par tonne. Sans réforme, la plus grande part du soutien fédéral continuera d'aller à des projets qui préservent l'infrastructure fossile existante. Cependant, il y a des raisons d'être optimiste.
La conception des crédits CUSC exclut explicitement la récupération assistée de pétrole, la géologie de stockage du Canada est vaste, et l'intégration avec le Fonds de croissance du Canada peut stabiliser les risques pour les pôles industriels. Si le pays applique de manière cohérente le principe que la capture de carbone appartient là où le CO₂ est un produit chimique, les milliards mis de côté jusqu'en 2035 pourraient réellement favoriser la décarbonisation au lieu de la retarder.
Les discussions se poursuivent sur la meilleure manière d'allouer ces fonds pour maximiser l'impact environnemental. Il est essentiel que les politiques futures distinguent clairement les applications pertinentes de la capture de carbone des tentatives de prolonger la vie des infrastructures fossiles.





