La santé des forêts mondiales a atteint un niveau alarmant, menaçant le bien-être de l'humanité, selon un rapport récent. Cette étude révèle que les systèmes financiers continuent de soutenir la déforestation, sapant ainsi les efforts de conservation. Depuis 2021, malgré les engagements mondiaux pour stopper la déforestation, la perte forestière a augmenté, principalement à cause des subventions aux industries extractives et agricoles.
Points Clés
- La déforestation mondiale a augmenté depuis 2021, malgré les engagements internationaux.
- 8,1 millions d'hectares de forêts ont été détruits en 2023, une superficie équivalente à la moitié de l'Angleterre.
- Les subventions agricoles (409 milliards de dollars annuels) sont 70 fois supérieures aux financements pour la protection des forêts (5,9 milliards de dollars).
- Les banques ont financé des entreprises liées à la déforestation à hauteur de 26 milliards de dollars depuis 2015.
- Le Brésil proposera un nouveau mécanisme de financement lors de la COP30 pour protéger les forêts tropicales.
La Perte Forestière S'Accélère Malgré les Promesses
Depuis la COP26 à Glasgow en 2021, où un objectif de zéro déforestation d'ici 2030 a été fixé, la situation des forêts s'est aggravée. Le rapport, compilé par le Forest Declaration Assessment, indique que la perte forestière a progressé. En 2023, environ 8,1 millions d'hectares de forêts ont été détruits. Cette superficie représente la moitié de l'Angleterre. Elle est également supérieure à la perte enregistrée au moment de la COP26.
Actuellement, le monde est en retard de 63% par rapport à l'objectif de 2030. Ce constat met en lumière un écart croissant entre les engagements et la réalité sur le terrain. Les facteurs principaux de cette destruction incluent les subventions pour l'élevage, les monocultures et l'exploitation forestière.
« Chaque année, l'écart entre les engagements et la réalité s'élargit, avec des impacts dévastateurs sur les populations, le climat et nos économies », a déclaré Erin Matson de Climate Focus, auteure principale du rapport. « Les forêts sont une infrastructure non négociable pour une planète vivable. L'échec continu à les protéger met en péril notre prospérité collective. »
Chiffre Clé
- 85% de la perte forestière au cours de la dernière décennie est due aux industries agricoles.
Un Déséquilibre Financier Favorable à la Destruction
Un déséquilibre financier majeur contribue à cette tendance négative. Les subventions annuelles pour les industries agricoles, responsables de la majorité de la déforestation, s'élèvent en moyenne à 409 milliards de dollars. En comparaison, le financement public international pour la protection et la restauration des forêts est de seulement 5,9 milliards de dollars par an. Cela représente un ratio de près de 70 pour 1 en faveur des activités destructrices.
Ce déséquilibre économique rend la conservation des forêts difficile. Les efforts pour protéger les écosystèmes forestiers sont minés par un système qui récompense les profits rapides générés par la destruction. Selon Franziska Haupt, partenaire chez Climate Focus, les leaders doivent mettre en œuvre des réformes audacieuses et contraignantes pour transformer ce système.
Le Rôle Accru des Incendies
Les incendies sont une cause d'alarme croissante. L'année dernière, l'Amazonie a connu des niveaux d'incendies très élevés, suite à des sécheresses records. Ces sécheresses ont transformé des zones de la forêt tropicale, normalement humides, en véritables poudrières. Beaucoup de ces feux sont allumés délibérément pour défricher des terres, puis échappent à tout contrôle.
Impact Climatique des Incendies
Le dioxyde de carbone émis par les incendies en Amazonie l'année dernière était sept fois supérieur à la moyenne des deux années précédentes. Cela représente plus que les émissions totales de gaz à effet de serre de l'Allemagne. Les auteurs du rapport estiment que ces incendies poussent la forêt vers un point de non-retour.
Les Institutions Financières et la Déforestation
Les institutions financières privées jouent également un rôle dans ce déséquilibre. Un rapport distinct de Global Witness révèle que les banques ont généré 26 milliards de dollars de bénéfices en finançant des entreprises impliquées dans la déforestation depuis l'Accord de Paris en 2015. Ce montant représente environ 7 millions de dollars par jour.
Les banques américaines, avec Vanguard, JPMorgan Chase et BlackRock en tête, ont réalisé les plus gros bénéfices, soit 5,4 milliards de dollars. Les banques européennes, dont BNP Paribas et Rabobank, ont gagné 3,5 milliards de dollars. Les banques britanniques, incluant HSBC, Aberdeen Group et Schroders, ont quant à elles généré 1,2 milliard de dollars. Les institutions financières chinoises ont également obtenu 1,2 milliard de dollars, malgré une politique de finance verte censée restreindre les prêts aux entreprises ayant des préoccupations environnementales ou sociales.
« Nous assistons à des banques majeures qui financent la liquidation des forêts tropicales du monde », a déclaré Alexandria Reid, responsable des forêts chez Global Witness. « Et elles récoltent des profits obscènes des cendres. »
Politiques de Déforestation des Institutions Financières
- Seulement 40% des institutions financières ont une politique claire contre la déforestation.
- La valeur économique annuelle des forêts est estimée à 150 000 milliards de dollars.
Espoirs et Prochaines Étapes à la COP30
Les espoirs de changement se portent sur la prochaine COP30, qui se tiendra à Belém, au Brésil, en novembre prochain. Ce sera le premier sommet climatique organisé en Amazonie. Le Brésil a déjà prouvé par le passé sa capacité à ralentir considérablement la déforestation grâce à une application plus stricte des lois.
Lors de la COP30, le Brésil proposera un nouveau mécanisme de financement : le Tropical Forests Forever Facility (TFFF). Ce mécanisme vise à lever 125 milliards de dollars pour les pays qui préservent leurs forêts existantes. Pour que cette initiative réussisse, les institutions financières devront s'engager activement, car elles sont censées acheter les obligations représentant quatre cinquièmes des 125 milliards de dollars que le TFFF espère collecter.
« Les chiffres globaux sont sombres, mais l'avenir des forêts ne doit pas l'être », a affirmé Erin Matson. « De nouvelles initiatives de financement, comme le TFFF, offrent une voie vers un changement transformateur. Si la COP30 tient ses promesses, nous pourrions rapporter une histoire très différente l'année prochaine, une histoire de progrès réel. »
Elisabeth Hoch, responsable du portefeuille international chez Climate & Company, souligne l'importance de l'engagement des institutions financières. Elle espère que la COP30 générera l'élan nécessaire pour que ces acteurs prennent des mesures concrètes, en reconnaissant la valeur économique et écologique des forêts.





