Une nouvelle étude révèle que l'impact climatique de la consommation de viande aux États-Unis varie considérablement d'une ville à l'autre. Contrairement aux idées reçues, la quantité de viande consommée n'est pas le facteur principal ; ce sont les chaînes d'approvisionnement et les méthodes de production agricole qui déterminent la véritable empreinte carbone.
Des chercheurs de l'Université du Michigan et de l'Université du Minnesota ont cartographié pour la première fois cette « empreinte carbone du sabot », offrant aux villes des données précises pour orienter leurs politiques environnementales.
Points Clés
- L'empreinte carbone de la viande varie fortement entre les villes américaines, indépendamment de la quantité consommée par habitant.
- Les émissions proviennent principalement des pratiques agricoles (aliments pour bétail, gestion du fumier) et non du transport.
- La chaîne d'approvisionnement d'une seule ville comme Los Angeles peut s'étendre sur des centaines de comtés.
- Réduire sa consommation de bœuf de moitié peut avoir un impact similaire à l'installation de panneaux solaires.
- L'étude suggère une collaboration entre zones urbaines et rurales pour financer des pratiques agricoles plus durables.
Une empreinte carbone qui change avec la géographie
L'impact environnemental de votre assiette de viande n'est pas le même si vous vivez à Los Angeles ou à Milwaukee. Une étude publiée dans la revue Nature Climate Change montre que l'« empreinte carbone du sabot » — les émissions de gaz à effet de serre liées à la consommation de viande par habitant — est très différente selon les villes américaines.
Les chercheurs ont analysé les données de plus de 3 500 localités à travers le pays. Leurs conclusions remettent en question plusieurs idées reçues. Par exemple, une forte consommation de viande par habitant dans une ville ne se traduit pas automatiquement par une empreinte carbone élevée. En réalité, la corrélation entre ces deux facteurs est faible.
Un impact plus grand qu'un pays
L'empreinte carbone urbaine totale liée à la consommation de viande aux États-Unis est supérieure à l'empreinte carbone totale de l'Italie.
Cette variabilité s'explique par la complexité des systèmes alimentaires. « Il n'existe pas une valeur d'émission unique pour la viande que nous consommons », explique Rylie Pelton, chercheuse à l'Université du Minnesota et co-directrice de l'étude. Les chaînes d'approvisionnement et les méthodes de production de bœuf, de porc et de poulet diffèrent énormément d'une région à l'autre.
Les vraies sources d'émissions dans la chaîne alimentaire
On pense souvent que le transport des aliments sur de longues distances est le principal coupable des émissions de gaz à effet de serre. Cependant, l'étude révèle que le transport ne représente qu'une petite partie du problème.
La majorité de l'empreinte carbone provient des étapes de production bien en amont. Cela inclut :
- L'utilisation d'engrais pour la culture des aliments destinés au bétail.
- La gestion du fumier dans les exploitations agricoles.
- Les processus spécifiques à l'élevage de chaque type d'animal.
Le bœuf a l'empreinte carbone la plus élevée, mais la manière dont il est produit est déterminante. Un élevage utilisant des aliments cultivés avec des engrais azotés importants et des pratiques de gestion des terres qui libèrent du carbone aura un impact beaucoup plus lourd.
Qu'est-ce que l'urban-land teleconnection ?
Ce terme, utilisé par les chercheurs, décrit les liens invisibles mais puissants entre les villes et les terres lointaines qui les nourrissent. L'étude est l'une des premières à cartographier systématiquement ces connexions pour le système alimentaire, montrant que l'impact environnemental d'une ville s'étend bien au-delà de ses frontières physiques.
Cette nouvelle compréhension des sources d'émissions ouvre la voie à des actions plus ciblées et efficaces. Plutôt que de se concentrer uniquement sur la réduction des kilomètres alimentaires, les efforts pourraient se porter sur le soutien à des pratiques agricoles plus durables.
La complexité des chaînes d'approvisionnement
Pour comprendre l'ampleur du défi, les chercheurs ont analysé en détail les chaînes d'approvisionnement. Le cas de Los Angeles, deuxième plus grande ville du pays, est un exemple frappant.
Le bœuf consommé à Los Angeles provient d'abattoirs situés dans 10 comtés différents. Mais le bétail traité dans ces installations est élevé dans 469 comtés. Et les aliments pour nourrir ce bétail sont produits dans 828 comtés distincts. Chaque étape de cette chaîne, qui s'étend sur des milliers de kilomètres, possède sa propre empreinte carbone.
Cet enchevêtrement de liens, que les chercheurs appellent « urban-land teleconnections », rend difficile pour une ville de mesurer et de gérer son impact environnemental réel. L'étude, qui s'appuie sur la plateforme Food System Supply-Chain Sustainability (FoodS3), vise à rendre ces liens visibles.
« C'est vraiment le premier effort systématique et analytique pour cartographier ces connexions. Il s'agit de comprendre que les villes ont des impacts massifs bien au-delà de leurs frontières. »
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Vers des solutions concrètes et collaboratives
L'étude ne se contente pas de dresser un constat ; elle propose des pistes d'action. Les données spécifiques à chaque ville peuvent aider les décideurs politiques à élaborer des stratégies ciblées.
Benjamin Goldstein, professeur à l'Université du Michigan et l'un des auteurs principaux, souligne une comparaison intéressante. « Si vous réduisez simplement de moitié votre consommation de bœuf et que vous passez peut-être au poulet, vous pouvez obtenir des réductions de gaz à effet de serre similaires [à des travaux coûteux], selon l'endroit où vous vivez », dit-il. L'installation de panneaux solaires ou l'isolation d'une maison peuvent coûter des milliers de dollars, tandis qu'un changement de régime alimentaire est accessible à un plus grand nombre.
Les chercheurs espèrent également que ces travaux encourageront un dialogue entre les zones urbaines et rurales. Jennifer Schmitt, chercheuse à l'Université du Minnesota, imagine des partenariats innovants.
Plutôt que de simplement boycotter certains produits, ce qui pénaliserait financièrement les agriculteurs, les villes pourraient investir dans des technologies plus propres. Par exemple, une municipalité pourrait aider à financer des digesteurs anaérobies dans les élevages porcins qui l'approvisionnent, réduisant ainsi les émissions de méthane à la source.
« Mon espoir est que ce soit le début d'une conversation entre les villes et les campagnes », conclut Jennifer Schmitt. Une collaboration qui pourrait rendre le système alimentaire américain plus durable, tant sur le plan environnemental qu'économique.





