La société montréalaise GHGSat a annoncé son intention d'ajouter deux nouveaux satellites à sa constellation dédiée à la surveillance des gaz à effet de serre. Cette expansion portera sa flotte à 14 satellites, renforçant ainsi ses capacités de détection des émissions de méthane à l'échelle mondiale.
Cette initiative vise à améliorer la fréquence de surveillance des sites industriels et à répondre à une demande croissante pour des données précises sur les émissions, un enjeu clé dans la lutte contre le changement climatique.
Points Clés
- GHGSat va lancer deux nouveaux satellites, portant sa constellation de surveillance du méthane à 14 engins.
- L'objectif est d'assurer une surveillance quasi quotidienne des sites industriels clés, comme le bassin permien aux États-Unis.
- La société collabore avec des géants de l'énergie pour aider à réduire les émissions, qui représentent aussi une perte financière importante.
- À ce jour, les données de GHGSat ont permis d'éviter l'équivalent de plus de 20 millions de tonnes de CO2.
Une capacité de surveillance renforcée
L'ajout de deux satellites à la constellation de GHGSat marque une étape importante pour l'entreprise. Avec une flotte de 14 satellites, la capacité de l'entreprise à surveiller les sites industriels à travers le monde atteindra une cadence quasi quotidienne. Cette fréquence accrue est cruciale pour identifier et quantifier rapidement les fuites de méthane.
Stéphane Germain, le dirigeant de GHGSat, a souligné l'importance de cette amélioration. "Avec une constellation de cette taille, nous sommes en mesure de surveiller les sites industriels à une cadence quotidienne inégalée et d'alerter les opérateurs sur les émissions sur leurs sites en quelques heures," a-t-il expliqué.
Cette expansion permettra notamment de mieux couvrir des régions à forte demande, comme le bassin permien aux États-Unis, une zone majeure de production de pétrole et de gaz où les émissions de méthane sont une préoccupation constante.
L'enjeu économique des fuites de méthane
Au-delà de l'impact environnemental, les émissions de méthane représentent un manque à gagner considérable pour l'industrie des hydrocarbures. Le méthane qui s'échappe dans l'atmosphère est du gaz naturel qui n'est pas vendu.
En 2024, la valeur des émissions de méthane est estimée à plus de 142 millions de dollars pour les producteurs de pétrole et de gaz aux États-Unis et au Canada. Pour l'Europe, ce chiffre dépasse les 35 millions d'euros.
"Lorsque nous traduisons les émissions de méthane en revenus potentiels, nous constatons que ces émissions valent des centaines de millions de dollars pour l'industrie pétrolière et gazière", a précisé M. Germain. En aidant les entreprises à "garder le méthane dans les tuyaux", GHGSat leur offre un moyen de réaliser des revenus supplémentaires tout en réduisant leur empreinte carbone.
Une collaboration directe avec l'industrie
La stratégie de GHGSat repose sur une coopération étroite avec les principaux acteurs du secteur de l'énergie. L'entreprise travaille en partenariat avec des sociétés comme Saudi Aramco, Petrobras, Total et Chevron pour les aider à atteindre leurs objectifs de réduction des émissions.
"Nous travaillons en collaboration directe avec les leaders de l'industrie [...] pour les aider à réduire le méthane. Armés des données de GHGSat, les opérateurs ont pu atténuer plus de 20 millions de tonnes d'équivalent dioxyde de carbone à ce jour."
Ce volume d'émissions évitées équivaut à retirer 4,6 millions de voitures de la circulation pendant un an, démontrant l'impact tangible de cette technologie de surveillance spatiale. Les alertes rapides permettent aux opérateurs d'intervenir rapidement pour colmater les fuites et optimiser leurs opérations.
L'avenir : la surveillance du dioxyde de carbone
Si le méthane est sa priorité actuelle, GHGSat explore également la surveillance des émissions de dioxyde de carbone (CO2). Un premier satellite dédié à cette mission a été lancé en 2023, permettant à l'entreprise de tirer des enseignements précieux.
Cependant, l'expansion de la flotte de satellites CO2 se fera de manière plus mesurée. M. Germain a indiqué que la société attend de voir une demande suffisante du marché avant d'investir dans de nouveaux lancements. Il a reconnu que des agences nationales, comme l'Agence spatiale européenne (ESA) avec son futur satellite Copernicus, opèrent déjà dans ce domaine, bien qu'à une échelle différente.
Le méthane, un puissant gaz à effet de serre
Le méthane (CH4) est un gaz à effet de serre dont le potentiel de réchauffement global est plus de 80 fois supérieur à celui du CO2 sur une période de 20 ans. La réduction des émissions de méthane est considérée comme l'un des leviers les plus rapides et efficaces pour freiner le réchauffement climatique à court terme.
L'approche de GHGSat consiste à s'assurer qu'il y a suffisamment de clients engagés pour justifier l'investissement dans de nouveaux satellites de surveillance du CO2. Cette stratégie prudente vise à aligner le développement technologique avec les besoins réels du marché et des acteurs engagés dans la décarbonation.





