La fonte des glaces de mer arctiques a ralenti de manière significative depuis 2012. Ce phénomène, découvert par une équipe de chercheurs de l'Université des sciences et technologies de Hong Kong (HKUST), est lié à un changement dans le schéma de l'Oscillation Nord-Atlantique (ONA). Cette découverte offre une nouvelle perspective sur les dynamiques complexes du climat arctique.
Points Clés
- Le taux de fonte des glaces de mer arctiques a considérablement diminué depuis 2012.
- Ce ralentissement est associé à un passage de l'ONA à une phase positive, piégeant l'air froid.
- La phase positive de l'ONA devrait durer jusqu'en 2030-2040.
- Sans réduction des émissions de gaz à effet de serre, une accélération de la fonte est prévue après cette période.
Un changement inattendu dans la fonte des glaces
Les données récentes montrent une tendance surprenante. Entre 1996 et 2011, la concentration de glace de mer arctique (SIC) a diminué de 11,3 % par décennie. Cependant, depuis 2012, ce taux de déclin est tombé à seulement 0,4 % par décennie. Ce ralentissement est notable, surtout si l'on considère que les températures mondiales ont atteint des records depuis 2014.
Les chercheurs ont analysé plusieurs ensembles de données d'observation pour la SIC arctique. Ils ont constaté une diminution marquée de la SIC depuis les années 1970, avec une accélération de la fonte dans les années 1990. Le point le plus bas historique a été atteint en septembre 2012.
Fait intéressant
Le ralentissement de la fonte des glaces de mer arctiques s'est produit malgré des températures mondiales record enregistrées depuis 2014, créant un paradoxe climatique que les scientifiques s'efforcent de comprendre.
Le rôle crucial de l'Oscillation Nord-Atlantique
Pour expliquer ce paradoxe, l'équipe de recherche s'est penchée sur l'influence de la variabilité atmosphérique interne. Ils ont identifié un lien essentiel avec l'Oscillation Nord-Atlantique (ONA). L'ONA décrit les changements de pression atmosphérique entre les Açores et l'Islande.
« Entre 1990 et le début des années 2010, l'ONA a évolué vers sa phase négative maximale, favorisant un déclin rapide de la glace de mer arctique », explique le Dr Wang Cen, premier auteur de l'étude. « Après 2012, l'ONA est passée à une phase positive, inversant ces conditions. »
Cette transition a conduit à une augmentation interdécennale de l'étendue de la glace de mer. Elle a ainsi contrecarré le déclin à long terme causé par le réchauffement climatique persistant. La phase négative de l'ONA s'est traduite par des anomalies positives de la température de l'air et de la vapeur d'eau. Ces conditions ont favorisé une fonte rapide.
Mécanismes atmosphériques en jeu
L'ONA interagit étroitement avec l'Oscillation Arctique (OA), qui régule les vents d'ouest de haute latitude autour de l'Arctique. Lorsque l'ONA est en phase positive, les vents d'ouest plus forts sur l'Atlantique Nord intensifient l'activité des tempêtes.
Contexte climatique
L'Oscillation Nord-Atlantique (ONA) et l'Oscillation Arctique (OA) sont des modes de variabilité climatique majeurs. Ils influencent les conditions météorologiques et climatiques dans l'hémisphère nord, y compris la formation et la fonte des glaces de mer.
Simultanément, l'OA entre dans sa phase positive, ce qui abaisse la pression moyenne de l'Arctique et refroidit l'air. Les vents d'ouest puissants piègent alors l'air polaire froid à l'intérieur de la région arctique. Ce mécanisme explique le ralentissement observé de la fonte des glaces.
Perspectives futures et risques climatiques
Les projections des chercheurs indiquent que la phase positive de l'ONA devrait se poursuivre jusqu'en 2030 ou 2040. Cela signifie que le ralentissement de la fonte pourrait persister pendant encore une décennie ou deux. Cependant, les experts mettent en garde contre une accélération future de la fonte.
« Après le pic de la phase positive de l'ONA, l'Arctique pourrait entrer dans une nouvelle phase de déclin accéléré de la glace de mer », prévient le professeur Su Hui, expert en sciences atmosphériques. « Sans réduction des émissions de gaz à effet de serre, cela pourrait déclencher de graves crises climatiques et environnementales dans les décennies à venir. »
Cette étude souligne l'importance des variations internes du système climatique. Elles peuvent temporairement masquer les effets du réchauffement climatique à long terme. La compréhension de ces interactions est cruciale pour des prévisions climatiques plus précises.
Impacts potentiels sur l'écosystème
Le destin de la glace de mer arctique est vital pour l'ensemble de la planète. Une réduction significative de la glace affecte non seulement les écosystèmes polaires, mais aussi les régimes météorologiques mondiaux. La glace blanche réfléchit la lumière du soleil, aidant à réguler la température terrestre. Sa disparition entraîne une absorption accrue de chaleur par l'océan.
- Écosystèmes marins : La fonte des glaces impacte directement la vie marine, des algues sous la glace aux phoques et ours polaires.
- Niveaux de la mer : Bien que la fonte de la glace de mer n'augmente pas directement le niveau des océans, elle expose les calottes glaciaires terrestres à des températures plus chaudes, accélérant leur fonte.
- Météo mondiale : Les changements dans la couverture de glace arctique peuvent influencer les courants-jets et les schémas météorologiques dans les latitudes moyennes.
Les chercheurs estiment qu'une surveillance continue de l'ONA et de l'OA est essentielle. Ces phénomènes dictent en partie les conditions atmosphériques qui influencent la présence de la glace.
L'urgence d'agir face au réchauffement climatique
Malgré ce ralentissement temporaire, la menace du réchauffement climatique reste omniprésente. Les scientifiques insistent sur la nécessité de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre. Sans ces efforts, le répit actuel pourrait n'être qu'une pause avant une dégradation plus rapide de l'environnement arctique.
La recherche menée par HKUST, publiée dans Nature Communications, met en lumière la complexité des systèmes climatiques. Elle rappelle que même des ralentissements apparents ne doivent pas occulter la tendance globale. L'Arctique continue d'être un indicateur clé de la santé de notre planète.





