Le rythme du réchauffement de la planète n'est plus constant. Une analyse des données de température mondiales révèle une accélération significative au cours de la dernière décennie, poussant de nombreux climatologues à conclure que les anciens modèles de prédiction sont désormais obsolètes. Les trois dernières années ont été si exceptionnellement chaudes qu'elles remettent en question les projections établies.
Points Clés
- Le rythme du réchauffement a augmenté d'environ 42 % au cours de la dernière décennie par rapport aux 40 années précédentes.
- La réduction de la pollution par les aérosols, notamment le soufre, est l'une des principales causes de cette accélération.
- Les scientifiques étudient un possible effet de rétroaction des nuages qui pourrait amplifier davantage le réchauffement.
- De nombreux experts estiment que les tendances passées ne sont plus des indicateurs fiables pour l'avenir du climat.
Une hausse de température qui s'emballe
Pendant près de quarante ans, de 1970 à 2010, le réchauffement climatique suivait une trajectoire relativement stable. La planète se réchauffait à un rythme d'environ 0,19 degré Celsius par décennie. Cette tendance, bien que préoccupante, était intégrée dans les modèles climatiques.
Cependant, les données récentes montrent un changement notable. Au cours de la dernière décennie, ce rythme a grimpé pour atteindre près de 0,27 degré Celsius par décennie. Cela représente une augmentation de la vitesse de réchauffement d'environ 42 %.
Cette accélération est si prononcée que les onze dernières années enregistrées sont les plus chaudes jamais observées. Selon une analyse de Berkeley Earth, la probabilité que la chaleur record des trois dernières années soit due uniquement à la variabilité naturelle est inférieure à 1 sur 100.
Chiffres Marquants
- 0,19°C par décennie : Rythme de réchauffement entre 1970 et 2010.
- 0,27°C par décennie : Rythme de réchauffement au cours de la dernière décennie.
- 42 % : Augmentation approximative du rythme de réchauffement.
Ce constat est partagé par une part croissante de la communauté scientifique. « Il y a une plus grande acceptation maintenant qu'il y a une accélération détectable du réchauffement », affirme Zeke Hausfather, un climatologue.
Les causes de cette nouvelle dynamique
Plusieurs facteurs expliquent pourquoi le thermomètre mondial grimpe plus vite que prévu. L'un des principaux responsables a été paradoxalement une bonne nouvelle pour la santé publique : la réduction de la pollution de l'air.
La fin de l'effet "masquant" des aérosols
Pendant des décennies, les aérosols sulfatés, des particules fines issues de la combustion du charbon et du pétrole, ont eu un effet refroidissant. En réfléchissant les rayons du soleil vers l'espace, ils ont « masqué » une partie du réchauffement causé par les gaz à effet de serre. Les scientifiques estiment que cet effet a compensé jusqu'à 0,5 degré Celsius de réchauffement.
Depuis le début des années 2000, des réglementations plus strictes pour améliorer la qualité de l'air, notamment en Chine, ainsi qu'une nouvelle règle internationale réduisant de 85 % les émissions de soufre des navires, ont considérablement diminué la quantité de ces aérosols dans l'atmosphère. Le voile refroidissant s'est levé, révélant une part plus importante du réchauffement sous-jacent.
L'inconnue des nuages
Une autre hypothèse, plus inquiétante, concerne les nuages. Les nuages bas, en particulier, jouent un rôle de parasol en réfléchissant la lumière solaire. Une étude publiée fin 2024 a suggéré qu'une partie de la chaleur record de 2023 (environ 13 %) pourrait s'expliquer par une diminution de la couverture nuageuse à basse altitude.
Cette diminution pourrait être une boucle de rétroaction : des températures plus élevées rendraient la formation de ces nuages plus difficile, ce qui entraînerait encore plus de réchauffement. C'est l'une des plus grandes incertitudes de la science climatique.
Boucle de rétroaction positive
En climatologie, une boucle de rétroaction positive est un processus qui s'auto-amplifie. Dans le cas des nuages, si le réchauffement initial réduit la couverture nuageuse réfléchissante, la planète absorbe plus d'énergie solaire, ce qui provoque un réchauffement supplémentaire, réduisant encore plus les nuages. Ce cycle pourrait rendre l'accélération permanente.
Un avenir plus chaud et plus incertain
La question cruciale pour les scientifiques est de savoir si cette accélération est temporaire ou si elle marque le début d'une nouvelle ère climatique. Si la cause principale est la réduction des aérosols, le rythme du réchauffement pourrait se stabiliser une fois que ces polluants auront été largement éliminés. La planète reviendrait alors à une trajectoire de réchauffement plus lente, bien que toujours positive.
En revanche, si une boucle de rétroaction des nuages est en jeu, l'accélération pourrait se poursuivre, voire s'intensifier. Cela signifierait des vagues de chaleur, des sécheresses et des tempêtes encore plus graves que ce que prévoient les modèles actuels.
« Le taux de réchauffement passé n'est plus un prédicteur fiable de l'avenir », a écrit Robert Rohde, scientifique en chef à Berkeley Earth.
Certains chercheurs appellent à la prudence. Chris Smith, de l'Université de Leeds, estime qu'il est « encore trop tôt pour conclure définitivement à une augmentation du rythme de réchauffement » et souhaite attendre quelques années de données supplémentaires.
Toutefois, d'autres indicateurs, comme le déséquilibre énergétique de la Terre – la différence entre l'énergie solaire reçue et celle renvoyée dans l'espace – qui a considérablement augmenté, convainquent de nombreux experts que l'humanité doit se préparer à des augmentations de température plus rapides et à tous les risques qui en découlent.





