Le réchauffement climatique accélère la fonte des glaces dans l'Arctique, ouvrant de nouvelles routes maritimes. Cette augmentation du trafic naval s'accompagne d'une grave conséquence environnementale : l'émission de carbone noir, ou suie, qui intensifie la fonte des glaces et menace l'équilibre global.
Points clés
- Le carbone noir, émis par les navires, accélère la fonte des glaces arctiques.
- Les émissions de carbone noir ont augmenté de 23% entre 2019 et 2024.
- Une proposition pour des carburants plus propres est à l'étude par l'Organisation Maritime Internationale (OMI).
- Des lacunes dans les réglementations actuelles limitent l'efficacité des interdictions de carburants lourds.
L'Arctique, point chaud du réchauffement climatique
L'Arctique se réchauffe plus vite que toute autre région du globe. La fonte rapide de la banquise ouvre des passages navigables, auparavant impraticables. Cela attire un nombre croissant de navires, des cargos aux bateaux de pêche, en passant par certains navires de croisière. Ce trafic accru a des répercussions directes sur l'environnement.
Entre 2013 et 2023, le nombre de navires traversant les eaux au nord du 60e parallèle a bondi de 37%. Sur la même période, la distance totale parcourue par ces navires a augmenté de 111%. Ces chiffres proviennent du Conseil de l'Arctique, un forum intergouvernemental regroupant les huit nations ayant des territoires dans la région.
Un fait alarmant
Le carbone noir a un impact sur le réchauffement 1 600 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone sur une période de 20 ans.
Le carbone noir : un accélérateur de fonte
Les émissions de carbone noir, une fine particule de suie issue de la combustion incomplète des carburants, sont directement liées à l'augmentation du trafic maritime. Ce carbone se dépose sur les glaciers, la neige et la glace, réduisant leur capacité à réfléchir la lumière du soleil. Au lieu de cela, la chaleur est absorbée, ce qui accélère la fonte. C'est un cercle vicieux qui intensifie le réchauffement arctique.
Les données montrent une augmentation significative de ces émissions. En 2019, 2 696 tonnes métriques de carbone noir ont été émises par les navires au nord du 60e parallèle. Ce chiffre est passé à 3 310 tonnes métriques en 2024. Cela représente une hausse de 23% en seulement cinq ans.
« Cela se transforme en un cycle sans fin de réchauffement accru », explique Sian Prior, conseillère principale pour la Clean Arctic Alliance. « Nous devons réglementer les émissions et le carbone noir en particulier. Les deux sont complètement non réglementés dans l'Arctique. »
Les bateaux de pêche, principaux émetteurs
Une étude menée par Energy and Environmental Research Associates a révélé que les bateaux de pêche sont la principale source de carbone noir dans la région. Malgré une interdiction de certains types de fioul lourd en 2024, l'impact sur la réduction du carbone noir reste limité. Des dérogations et des exceptions permettent à certains navires de continuer à utiliser ces carburants jusqu'en 2029.
Des propositions pour des carburants plus propres
Face à cette situation, plusieurs pays ont pris des initiatives. En décembre, la France, l'Allemagne, les îles Salomon et le Danemark ont proposé à l'Organisation Maritime Internationale (OMI) d'exiger l'utilisation de « carburants polaires » pour les navires naviguant dans les eaux arctiques. Ces carburants sont plus légers et émettent moins de carbone noir que les fiouls maritimes résiduels couramment utilisés.
La proposition inclut des mesures de conformité pour les entreprises et définit la zone géographique d'application : tous les navires naviguant au nord du 60e parallèle. Cette initiative a été présentée au Comité de prévention et d'intervention en matière de pollution de l'OMI et pourrait être examinée par un autre comité en avril.
Le dilemme de l'Islande
L'Islande, un leader mondial des technologies vertes comme la capture de carbone et l'utilisation d'énergies thermiques, rencontre des difficultés à réguler la pollution maritime. L'industrie de la pêche, vitale pour son économie, exerce une forte influence. Le gouvernement islandais, bien que favorable à des mesures plus strictes, attend le feu vert de ce secteur clé.
Obstacles et intérêts divergents
La mise en œuvre de réglementations strictes se heurte à des intérêts économiques et politiques complexes. La navigation dans l'Arctique offre des avantages considérables, notamment des raccourcis pour les trajets entre l'Asie et l'Europe, permettant d'économiser plusieurs jours de voyage. L'attrait pour la pêche et l'extraction de ressources est également très fort.
La route maritime du Nord, bien que traversable seulement quelques mois par an et nécessitant l'accompagnement de brise-glaces, représente une opportunité économique majeure. Cependant, les dangers de la navigation arctique, combinés aux préoccupations environnementales, ont poussé certaines entreprises à s'engager à ne pas l'utiliser, du moins pour l'instant.
« Le débat autour de l'Arctique s'intensifie, et le transport maritime commercial fait partie de cette discussion », a déclaré Søren Toft, PDG de Mediterranean Shipping Company, la plus grande compagnie de transport de conteneurs au monde. « Notre position chez MSC est claire. Nous n'utilisons pas et n'utiliserons pas la route maritime du Nord. »
La proposition visant à limiter le carbone noir dans l'Arctique fait face à des obstacles. En 2023, une tentative d'imposer des taxes carbone sur le transport maritime a été reportée, notamment en raison de pressions politiques. Cela rend incertaine la progression rapide de la proposition actuelle sur les carburants polaires.
L'urgence d'agir
Les groupes environnementaux et les pays concernés considèrent la régulation des carburants marins comme la seule solution réaliste pour réduire le carbone noir. Obtenir un accord international pour limiter le trafic maritime semble peu probable, étant donné les enjeux économiques. La protection de l'Arctique et de son rôle crucial dans la régulation du climat mondial dépendra des décisions prises par les instances internationales et de la volonté des nations d'adopter des pratiques plus durables.
Le carbone noir est un problème local avec des conséquences mondiales. La fonte accélérée des glaces arctiques peut influencer les régimes météorologiques partout sur la planète, soulignant l'urgence d'une action concertée et efficace.





