Les Jeux Olympiques et Paralympiques d'hiver sont confrontés à un défi majeur en raison du changement climatique. Une nouvelle étude révèle que la fiabilité de l'enneigement diminue rapidement, forçant les organisateurs à envisager des adaptations profondes pour garantir la viabilité des compétitions futures.
D'ici les années 2050, seulement la moitié des sites potentiels pourraient offrir des conditions d'enneigement suffisantes. Cette réalité pousse à réfléchir à des solutions, comme le déplacement des dates ou le choix de villes hôtes plus froides.
Points Clés
- Moins de la moitié des sites actuels seraient fiables d'ici 2050.
- Les Jeux Paralympiques d'hiver sont particulièrement vulnérables.
- Des températures hivernales moyennes en hausse constante.
- Des solutions incluent le changement de dates et la mutualisation des sites.
- La production de neige artificielle est cruciale mais pose des défis environnementaux.
Impact du réchauffement sur les sites de compétition
Le réchauffement climatique rend l'enneigement naturel de plus en plus incertain. Des chercheurs ont examiné 93 sites ayant déjà accueilli ou pouvant accueillir les Jeux d'hiver. Leurs conclusions sont sans appel : d'ici les années 2050, seuls 45 à 55 de ces sites seraient considérés comme climatiquement fiables. Ce chiffre pourrait tomber à 30 à 54 d'ici 2080, selon les scénarios d'émissions de gaz à effet de serre.
Les Jeux Paralympiques d'hiver, souvent organisés en mars, sont encore plus menacés. Cette période de l'année est particulièrement sensible aux hausses de température, rendant les conditions de neige très précaires.
Chiffres Clés
- 2050 : Seulement 45 à 55 sites sur 93 jugés fiables.
- 2080 : Ce nombre pourrait descendre à 30 à 54 sites.
- 26 : Nombre d'événements de Coupe du Monde annulés en 2023-2024 faute de neige.
Des annulations et des déplacements d'événements
Les conséquences du manque de neige sont déjà visibles. Durant la saison 2022-2023, sept des huit premières compétitions de Coupe du Monde de ski et snowboard ont été annulées. Pour la saison 2023-2024, ce sont 26 événements de Coupe du Monde qui ont été perdus dans cinq catégories différentes.
Des événements prévus à Park City en janvier 2025 ont dû être déplacés vers New York et le New Hampshire. Ces régions ont connu des températures records et un enneigement insuffisant cet hiver.
« Je ne pense pas que nous verrons des Jeux Olympiques d'hiver en Utah en 2034, » a déclaré Rocky Anderson, ancien maire de Salt Lake City, ville hôte en 2002, exprimant un scepticisme profond quant à la tenue future des Jeux.
Fiabilité Climatique
La notion de « fiabilité climatique » signifie que le site peut fournir une neige de haute qualité pour la compétition 90% du temps. Cette définition, bien que robuste, ne garantit pas une absence totale de problèmes liés au climat.
Une histoire de défis météorologiques
L'histoire des Jeux Olympiques d'hiver est jalonnée de défis liés à la météo. Dès les premiers jeux à Chamonix en 1924, le temps était considéré comme le risque majeur. En 1928, à Saint-Moritz, la pluie et des températures dépassant les 10°C ont contraint à l'annulation de certaines épreuves de patinage de vitesse et de bobsleigh.
Aujourd'hui, cette dépendance à la neige et au froid s'intensifie avec le réchauffement global. Si de nombreux événements ont été déplacés en intérieur, comme le patinage artistique dans les années 1960, la neige artificielle est devenue une nécessité pour les épreuves en extérieur.
Des températures en hausse constante
Les températures moyennes aux sites des Jeux d'hiver augmentent de manière significative. Une analyse a montré que la température diurne moyenne est passée de 0,4°C au milieu du 20e siècle à 7,8°C pour les Jeux entre 2002 et 2010.
À Cortina d'Ampezzo, en Italie, qui accueillera les Jeux de 2026, la température moyenne en février est passée de -7,1°C entre 1956 et 1965 à -2,7°C entre 2016 et 2025. Cette tendance rend la production de neige plus difficile et coûteuse.
- Chamonix 1924 : Le temps, un risque majeur.
- Saint-Moritz 1928 : Pluie et températures élevées ont entraîné des annulations.
- Vancouver 2010 : Des camions de neige ont été nécessaires pour sauver les Jeux.
Adapter les Jeux à la nouvelle réalité hivernale
Des chercheurs ont proposé 18 options pour adapter les Jeux d'hiver au réchauffement climatique. Neuf de ces options concernent le lieu et la période des compétitions. Il s'agit notamment de :
- Envisager une organisation régionale ou multi-pays pour assurer des sites fiables (comme les Rocheuses aux États-Unis et au Canada, ou le Tyrol dans les Alpes européennes).
- Adopter un système de rotation entre les quelques lieux les plus fiables.
- Avancer les Jeux Olympiques d'hiver de deux semaines, ce qui permettrait aux Paralympiques de commencer fin février, une période moins risquée.
Les neuf autres options reposent sur des ajustements technologiques et de calendrier :
- Stockage de la neige de l'hiver précédent.
- Prolongation de la durée des Jeux (de 16 à 18-20 jours) pour offrir plus de flexibilité.
- Optimisation de l'utilisation des prévisions météorologiques de pointe.
Le seuil critique de -8°C
Des recherches menées par Justin Mankin et Alexander Gottlieb ont identifié un seuil critique pour l'enneigement. Lorsque la température hivernale moyenne dépasse -8°C (environ 18°F), le nombre de jours où les températures maximales dépassent le point de congélation augmente de façon spectaculaire. Ces journées de dégel ont un impact majeur sur le manteau neigeux de mi-hiver.
La plupart des villes hôtes récentes des Jeux Olympiques d'hiver se situent déjà au-dessus de ce seuil. Cela explique pourquoi un réchauffement supplémentaire a un impact si important, même sur les sites de compétition en altitude.
« Vers -8°C, la variabilité de la température hivernale peut être suffisamment importante pour qu'un lieu commence à perdre un nombre significatif de jours en dessous de zéro avec le réchauffement, » a expliqué Alexander Gottlieb.
Enjeux environnementaux de la neige artificielle
La production de neige artificielle, utilisée à chaque édition des Jeux d'hiver depuis 1980, est énergivore et consomme beaucoup d'eau. Cependant, elle est devenue indispensable. Sans elle, de nombreuses compétitions seraient annulées et les conditions pour les athlètes deviendraient dangereuses.
Les organisateurs des Jeux sont désormais mandatés pour être « climatiquement positifs » à partir de 2030. Cela inclut la compensation des émissions de carbone et la mise en œuvre de solutions à zéro émission.
Des différences d'empreinte carbone
L'empreinte carbone de la production de neige varie considérablement selon les pays hôtes. Pour les Jeux de 2030 dans les Alpes françaises, l'électricité provient majoritairement du nucléaire et des énergies renouvelables. La production de neige devrait générer six fois moins de CO2 que pour les Jeux de 2026 en Italie.
Si le mix énergétique actuel de l'Utah reste le même pour les Jeux de 2034, la production de neige pourrait émettre 16 fois plus de CO2 que pour les Jeux de 2030.
« Aucun sport n'échappe aux impacts du changement climatique, » a affirmé Madeleine Orr, co-autrice du rapport du Programme des Nations Unies pour l'environnement « Sports for Nature: Setting a Baseline. »
Elle souligne que si les Jeux Olympiques continueront probablement grâce aux investissements, ce sont les stations de ski locales, les emplois et la culture des sports d'hiver qui sont réellement menacés.





