Le système d'échange de quotas d'émission (SEQE) de l'Union européenne, un mécanisme clé pour la tarification du carbone, a récemment fait l'objet d'intenses discussions. Des déclarations inattendues d'un haut responsable allemand ont provoqué une chute des prix du carbone, ravivant le débat sur l'efficacité et la finalité de ce dispositif essentiel à la politique climatique européenne.
Points Clés
- Le chancelier allemand Friedrich Merz a remis en question le SEQE, entraînant une baisse des prix du carbone.
- Le système est critiqué pour son utilisation comme source de revenus par les États membres.
- La France défend la solidité structurelle du SEQE face aux appels à la révision.
- Les revenus annuels du SEQE dépassent 30 milliards d'euros pour les États membres.
Le choc des déclarations allemandes
La semaine dernière, des propos du chancelier allemand Friedrich Merz ont secoué les marchés du carbone. Lors d'une intervention à Anvers, Merz a suggéré que le système d'échange de quotas d'émission de l'UE pourrait être «révisé ou reporté». Il a également affirmé que ce système ne devait pas servir à «générer de nouvelles recettes».
Ces déclarations ont surpris, car Merz était auparavant un fervent défenseur de la tarification du carbone. L'annonce a été accueillie par des applaudissements nourris de la part de dirigeants d'entreprise présents. Les marchés ont réagi immédiatement, le prix du carbone chutant de 78 euros la tonne à 70 euros en quelques jours seulement.
Un Chiffre Clé
Depuis la pandémie, le prix du carbone a triplé, atteignant environ 80 euros par tonne avant les récentes déclarations.
Le SEQE : un système sous pression
Le système d'échange de quotas d'émission (SEQE) a été mis en place par l'UE en 2005. Son objectif est de fixer un prix au carbone pour inciter les industries à réduire leurs émissions de CO2. Cependant, avec l'augmentation significative des prix ces dernières années, les industries européennes expriment de vives inquiétudes.
Elles estiment que leurs concurrents internationaux ne supportent pas des coûts équivalents, ce qui désavantage leur compétitivité. Cette pression a poussé certains politiciens, y compris le chancelier allemand, à reconsidérer la structure actuelle du système.
«Ce système n'est pas le système pour générer de nouvelles recettes.»
Selon Michael Pahle du Potsdam Institute for Climate Impact Research (PIK), les déclarations de Merz ont mis en lumière une faille majeure du SEQE. Il a qualifié cette période de «semaine de vérité». Le principal problème identifié est l'utilisation des revenus du SEQE comme une «tirelire» par les États membres.
Les revenus du carbone : une manne pour les États
Chaque année, les capitales nationales perçoivent plus de 30 milliards d'euros grâce au SEQE. Cependant, une grande partie de ces fonds est dépensée à la discrétion des États membres, sans que les entreprises émettrices de carbone ne voient un retour direct sur cet argent. Cela alimente la frustration des industriels qui paient ces quotas.
«Depuis des années, la part du lion des revenus est dépensée à la discrétion des États membres», a souligné Michael Pahle. Ce manque de transparence sur l'utilisation des fonds est une source de tension et de critiques à l'égard du système.
Contexte du SEQE
Le SEQE est le premier marché majeur du carbone au monde et reste la pierre angulaire de la politique climatique de l'UE. Il couvre environ 40% des émissions totales de gaz à effet de serre de l'UE, incluant les secteurs de l'énergie, de l'industrie lourde et de l'aviation.
Réactions et revirements politiques
Les propos de Merz ont galvanisé les opposants au SEQE. Le lendemain de ses déclarations, des dirigeants européens, réunis dans la campagne belge, ont été encouragés à exprimer leurs réserves. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a notamment demandé une «lobotomie» du SEQE, suggérant d'exempter de nombreux secteurs et de plafonner les prix.
Cependant, peu de pays ont suivi l'appel de la Pologne. Seule une douzaine de responsables ont manifesté un soutien à cette position. La France, traditionnellement en désaccord avec Berlin sur certains points, a dû prendre position de manière claire.
La position française : un soutien ferme
Après les discussions, le président français Emmanuel Macron a affirmé que le système était «structurellement sain et pertinent». Cette déclaration est venue contrer les doutes soulevés par l'Allemagne et réaffirmer l'engagement de la France envers le mécanisme de tarification du carbone.
Le soutien français est crucial pour la stabilité du SEQE. Il montre une divergence d'approche entre deux des plus grandes économies de l'UE sur un sujet climatique majeur. La position française renforce l'idée que le système, bien qu'imparfait, reste un outil essentiel.
- Avantages du SEQE: Incite à la réduction des émissions, génère des revenus pour la transition écologique.
- Désavantages du SEQE: Coûts élevés pour l'industrie, utilisation des revenus peu transparente, impact sur la compétitivité.
Le revirement du chancelier Merz
Après avoir semé le doute et provoqué une onde de choc, Friedrich Merz a rapidement fait marche arrière. Tôt le jeudi soir, il a déclaré aux journalistes que «le SEQE est un bon instrument». Ce revirement rapide a permis de tempérer les inquiétudes et de rassurer les marchés.
Ce double discours souligne la complexité des enjeux liés à la politique climatique et économique au sein de l'UE. Les déclarations initiales de Merz ont, sans le vouloir, mis en lumière des faiblesses du système et forcé un débat ouvert. Elles ont également contraint la France à réaffirmer son soutien, consolidant ainsi la position du SEQE.
Le débat sur le SEQE est loin d'être clos. L'UE doit trouver un équilibre entre la nécessité de réduire les émissions de carbone et la protection de la compétitivité de ses industries. Les discussions récentes montrent que la pression pour une révision du système pourrait persister, même si les dirigeants européens restent majoritairement attachés à son principe.
Impact sur les marchés
La chute des prix du carbone de 78 à 70 euros la tonne en quelques jours montre la sensibilité du marché aux déclarations politiques de haut niveau.
L'avenir du SEQE dépendra de la capacité des États membres à s'accorder sur des réformes qui répondent aux préoccupations industrielles tout en maintenant l'ambition climatique de l'Union. Le rôle des revenus générés par le système sera sans doute un point central de ces futures négociations.





