La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a fermement défendu le système d'échange de quotas d'émission (ETS) de l'Union européenne, une politique climatique clé, face aux critiques croissantes de l'industrie et de certains dirigeants nationaux. Lors d'un rassemblement à Anvers, elle a souligné les bénéfices clairs du système, malgré les préoccupations concernant son impact sur la compétitivité et l'emploi.
Points Clés
- L'ETS a réduit les émissions de 39% depuis 2005.
- L'économie des secteurs couverts par l'ETS a progressé de 71%.
- Von der Leyen insiste sur la compatibilité entre décarbonisation et compétitivité.
- Certains dirigeants et industriels demandent une révision ou un report de l'ETS.
- La Commission pointe du doigt les États membres pour le faible réinvestissement des revenus de l'ETS.
Un système d'échange d'émissions sous le feu des critiques
Le système d'échange de quotas d'émission (ETS) de l'UE est une pierre angulaire de la politique climatique du bloc. Il impose un prix aux entreprises des secteurs lourds, aux centrales électriques, aux compagnies aériennes et maritimes pour chaque tonne de CO2 émise. Actuellement, ce prix avoisine les 80 euros par tonne. L'objectif est d'inciter les investissements dans des technologies et des processus de fabrication, d'énergie et de transport plus propres.
Depuis son introduction en 2005, l'ETS a contribué à une réduction significative des émissions. Les données montrent une baisse de 39% des émissions dans les secteurs concernés. Parallèlement, l'économie de ces mêmes secteurs a connu une croissance robuste de 71%. Ces chiffres, mis en avant par la présidente von der Leyen, visent à démontrer que la décarbonisation peut aller de pair avec la compétitivité économique.
Le saviez-vous ?
Le prix du carbone de l'UE est le plus élevé au monde, dépassant de loin la plupart des autres systèmes nationaux d'échange de quotas d'émission.
Des voix discordantes parmi les dirigeants et l'industrie
Malgré les arguments de la Commission, des inquiétudes persistent. Le chancelier allemand Friedrich Merz a suggéré que l'ETS devait être repensé. Il a affirmé :
"Si ce système n'est pas réalisable, et si ce n'est pas le bon instrument, nous devrions être très ouverts à le réviser, ou au moins à le reporter."
Cette déclaration, accueillie par des applaudissements de représentants de l'industrie à Anvers, met en lumière une tension grandissante. Le président français Emmanuel Macron, tout en avertissant de ne pas "tuer" l'ETS, a insisté sur le fait que l'Europe ne peut pas "définir des objectifs climatiques ambitieux tout en laissant disparaître sa base industrielle". Il a ajouté que les prix élevés de l'énergie, combinés aux coûts du carbone, "accélèrent la désindustrialisation et non la décarbonisation".
La pression de l'industrie pour des coûts réduits
De nombreux PDG de l'industrie ont formulé de nouvelles demandes aux décideurs européens pour assouplir la réglementation. Des entreprises comme le géant chimique BASF et le lobby italien Confindustria ont réclamé des mesures pour atténuer le prix de l'ETS, arguant que ces coûts désavantagent l'industrie européenne par rapport à ses concurrents mondiaux. Certains réclament même un ralentissement de la suppression progressive des quotas gratuits, voire la fin pure et simple de l'ETS.
Le commissaire européen à l'Action pour le climat, Wopke Hoekstra, a reconnu la nécessité de discuter d'améliorations, mais a réitéré l'engagement de la Commission envers le système. Il a également critiqué les entreprises qui n'ont pas suffisamment investi dans la transition verte, malgré les quotas gratuits dont elles ont bénéficié.
La question des revenus et la responsabilité des États membres
Ursula von der Leyen a également pointé du doigt les États membres concernant l'utilisation des revenus générés par l'ETS. La majeure partie de ces recettes va dans les caisses des 27 gouvernements, le reste finançant des fonds au niveau de l'UE. La présidente de la Commission a souligné un déséquilibre frappant :
"Au niveau européen, 100% de ces revenus ont été réinvestis dans l'innovation industrielle. Mais les États membres investissent moins de 5% des revenus de l'ETS dans la décarbonisation industrielle."
Elle a appelé les États membres à "passer à l'action et à égaler notre niveau de soutien". Cette question sera un point central de la prochaine réforme du système d'échange de quotas d'émission cet été, et von der Leyen a promis d'aborder le sujet avec les dirigeants de l'UE lors de leur rencontre prochaine.
Contexte des prix de l'énergie
La présidente von der Leyen a rappelé que la réduction de la dépendance aux combustibles fossiles est essentielle pour faire baisser les prix de l'énergie. Elle a expliqué que les prix du gaz font monter les prix de l'énergie, tandis que les énergies renouvelables et nucléaires les font baisser. L'Agence internationale de l'énergie prévoit des prix du gaz bas pour les trois ou quatre prochaines années, une période cruciale pour investir dans des systèmes énergétiques à faible émission de carbone.
Bureaucratie nationale et fiscalité énergétique
Au-delà de l'ETS, von der Leyen a également critiqué la bureaucratie excessive au niveau national et la fiscalité énergétique. Elle a affirmé que les taxes nationales sur l'énergie augmentent, même si les coûts de l'énergie diminuent. De plus, elle a souligné que les taxes payées par l'industrie sur l'électricité sont 15 fois plus élevées que celles sur le gaz, qualifiant cette situation de "fausse".
Ces commentaires s'inscrivent dans une tentative plus large de la Commission de transférer la responsabilité de la résolution des problèmes de compétitivité de l'Europe vers les gouvernements nationaux. Les groupes écologistes ont salué la défense de l'ETS par von der Leyen et Hoekstra, tout en exprimant leur inquiétude face aux attaques de plus en plus virulentes contre cette politique.
- Les groupes écologistes craignent un affaiblissement de l'ETS.
- La Commission insiste sur la nécessité de maintenir le système.
- La réforme de l'ETS est prévue avant juillet de cette année.





