Les ours polaires de l'archipel norvégien du Svalbard montrent une résilience surprenante. Une étude récente révèle qu'ils ont pris du poids au cours des 27 dernières années, défiant les prévisions initiales liées à la diminution de la banquise. Cette observation soulève des questions sur l'adaptation de ces prédateurs face aux changements climatiques rapides dans l'Arctique.
Points Clés
- Les ours polaires du Svalbard ont grossi sur 27 ans, contrairement aux attentes.
- La population est stable, avec environ 2 650 animaux.
- Ces ours s'adaptent en chassant des phoques annelés plus denses ou de nouvelles proies comme les rennes et les œufs d'oiseaux.
- L'augmentation de poids pourrait être temporaire face à un réchauffement arctique accéléré.
- La perte de glace marine reste une menace majeure à long terme pour l'espèce.
Une adaptation inattendue au changement climatique
Les scientifiques ont longtemps prédit que la fonte rapide de la banquise rendrait la chasse plus difficile pour les ours polaires. Pourtant, une étude menée au Svalbard a mis en évidence une tendance inverse. Les chercheurs ont comparé l'indice de condition corporelle des ours (mesure du poids et de la teneur en graisse) avec l'évolution de la glace de mer dans la mer de Barents. Les résultats sont clairs : les ours ont gagné du poids.
Jon Aars, scientifique principal à l'Institut Polaire Norvégien et auteur de l'étude publiée dans la revue Scientific Reports, a exprimé sa surprise. « Quand j'ai commencé, j'aurais supposé qu'ils auraient des difficultés, qu'ils seraient plus maigres et que la reproduction et la survie seraient affectées », a-t-il déclaré. « C'était faux. »
Chiffres Clés
- 27 ans : Durée de la période d'étude.
- 2 650 animaux : Population stable d'ours polaires au Svalbard.
- 100 jours : Augmentation du nombre de jours sans glace depuis le début de l'étude.
Stratégies de chasse et nouvelles sources de nourriture
L'une des raisons de cette amélioration de la condition physique réside dans la capacité des ours à adapter leurs habitudes alimentaires. Certains ours du Svalbard chassent désormais des rennes et des morses, dont les populations ont augmenté grâce aux mesures de protection contre la chasse.
D'autres exploitent des concentrations plus denses de phoques annelés. Ces phoques se rassemblent sur les parcelles de glace restantes, les rendant plus accessibles pour la chasse. Les ours explorent également de nouvelles sources de nourriture, comme les œufs d'oiseaux.
« Ils ont toujours su tirer le meilleur parti de la situation et trouver de nouvelles façons de faire les choses », a expliqué Jon Aars, qui étudie ces ours depuis 2003.
Deux groupes d'ours polaires
L'étude a identifié deux groupes distincts d'ours au Svalbard. Un petit groupe d'environ 250 ours reste relativement sédentaire, trouvant davantage de nourriture sur terre. Un groupe plus important, dit « pélagique », suit la banquise pour chasser les phoques.
Avec la fonte accrue de la glace marine, le groupe pélagique devra nager plus loin pour atteindre sa nourriture pendant l'hiver avant de revenir à terre pour se reproduire. Ces longs trajets de nage sont très exigeants sur le plan énergétique, ce qui pourrait poser des défis futurs.
Un répit temporaire face à un réchauffement accéléré
Malgré ces observations positives, Jon Aars prévient que l'augmentation de poids des ours du Svalbard pourrait n'être que temporaire. L'Arctique se réchauffe plusieurs fois plus vite que le reste de la planète. Dans la région de la mer de Barents, la température a augmenté de 2 degrés Celsius depuis 2000.
La glace de mer locale a diminué deux fois plus vite que dans les 19 autres zones habitées par des ours polaires. Cette situation met en lumière la fragilité de cet équilibre précaire.
Le Contexte Global
La population mondiale d'ours polaires est estimée à environ 26 000 animaux. Parmi les 20 sous-populations distinctes réparties dans l'Arctique, deux sont en augmentation, quatre sont stables et trois sont en déclin. Pour les 11 autres sous-groupes, les scientifiques manquent d'informations suffisantes, selon l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN).
« Il y aura une limite, et quand elle sera franchie, nous verrons les ours polaires commencer à perdre du poids et avoir plus de problèmes de survie et de reproduction », a affirmé Jon Aars. « Nous ne savons pas à quel point ce changement sera profond, ni s'il se produira dans cinq, dix ou vingt ans. »
Menaces persistantes pour l'espèce
La perte de la banquise n'est pas la seule menace. Les ours polaires sont également confrontés à l'augmentation du trafic maritime dans les eaux arctiques. Les substances toxiques contaminent leurs sources de nourriture, et la chasse représente toujours un risque dans certaines régions.
John Whiteman, scientifique en chef pour Polar Bears International, une organisation de conservation, souligne l'importance des circonstances régionales. « À mesure que la glace disparaît, les ours finissent par disparaître », a-t-il déclaré. « Mais la question est de savoir, à court terme, quelles sont les circonstances régionales qui permettront aux ours de persister un certain temps face à la perte de glace. »
Obtenir des données sur l'état des ours est un travail difficile et souvent dangereux. Chaque printemps, Jon Aars et ses collègues survolent la région en hélicoptère pour anesthésier et mesurer les animaux. Il a même rapporté avoir été attaqué une fois dans un camp de terrain.
Chaque population d'ours polaires fait face à des menaces spécifiques. Le réchauffement climatique les affecte différemment selon les régions. Ces études régionales sont essentielles pour comprendre les dynamiques complexes de cette espèce emblématique de l'Arctique.





