En octobre 2024, la région de Valence en Espagne a été frappée par des inondations catastrophiques qui ont causé la mort d'au moins 230 personnes. De nouvelles analyses scientifiques révèlent que le changement climatique d'origine humaine a directement amplifié l'intensité et l'étendue de cet événement météorologique extrême, le rendant nettement plus dévastateur qu'il ne l'aurait été à l'ère préindustrielle.
Les précipitations ont atteint des niveaux records, avec 771,8 mm enregistrés en seulement 16 heures à Turís, dépassant la moyenne annuelle de la région. Une étude approfondie, basée sur des modélisations climatiques, quantifie désormais l'influence humaine sur la dynamique de la tempête.
Points Clés
- Le changement climatique a intensifié les précipitations sur 6 heures de 21 % par rapport à un scénario préindustriel.
- La superficie touchée par des pluies extrêmes (plus de 180 mm) a augmenté de 55 %.
- L'humidité atmosphérique disponible a augmenté de 8,5 %, alimentant des orages plus puissants.
- Les courants ascendants dans les nuages étaient 11,9 % plus forts, entraînant une convection plus vigoureuse.
Une catastrophe aux proportions historiques
Le 29 octobre 2024 restera une date sombre dans l'histoire de l'Espagne. Un système convectif quasi stationnaire, alimenté par une dépression coupée au-dessus de la péninsule ibérique, s'est installé sur la région de Valence. Ce phénomène a provoqué des pluies torrentielles d'une intensité rarement observée.
Dans la ville de Turís, les instruments ont mesuré un cumul de 771,8 mm en 16 heures, un chiffre qui dépasse ce que la région reçoit habituellement en une année entière. Un record national a également été battu avec 184,6 mm de pluie en une seule heure. Les conséquences hydrologiques ont été immédiates et dévastatrices, provoquant des crues soudaines qui ont submergé des villes entières et coûté la vie à 230 personnes, en plus de causer des milliards d'euros de dégâts matériels.
Le rôle de la dépression coupée
L'événement a été déclenché par une « dépression coupée », un système de basse pression en altitude qui s'isole du courant principal. Ce système a fait interagir de l'air froid en altitude avec de l'air chaud et très humide venant de la mer Méditerranée, dont les températures de surface étaient anormalement élevées. Ce contraste thermique a créé une instabilité atmosphérique extrême, parfaite pour la formation d'orages violents et persistants.
L'empreinte du changement climatique quantifiée
Pour comprendre le rôle du réchauffement global dans cette tragédie, des chercheurs ont utilisé une approche de modélisation appelée « pseudo-global warming ». Cette méthode consiste à simuler l'événement dans deux contextes différents : le climat actuel (factuel) et un climat sans l'influence des émissions de gaz à effet de serre humaines (contrefactuel, de type préindustriel).
Les résultats de cette comparaison sont sans appel. Le climat actuel a rendu la tempête significativement plus puissante. L'étude montre que l'intensité des pluies horaires a augmenté de 20 % par degré de réchauffement, un taux qui dépasse la relation thermodynamique standard de Clausius-Clapeyron (environ 7 % par degré).
Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes
- Intensité des pluies sur 6h : +21 %
- Volume total de pluie sur le bassin du fleuve Júcar : +19 %
- Superficie avec plus de 180 mm de pluie : +55 %
Cette intensification n'est pas seulement une question de quantité, mais aussi d'étendue. La zone touchée par des précipitations supérieures à 180 mm, le seuil d'alerte rouge en Espagne, a été 55 % plus grande dans la simulation du climat actuel. Cela signifie que non seulement il a plu plus fort, mais les pluies extrêmes ont également touché une région beaucoup plus vaste.
Plus d'humidité, des orages plus violents
L'une des principales raisons de cette amplification est l'augmentation de l'humidité dans l'atmosphère. Un climat plus chaud permet à l'air de contenir davantage de vapeur d'eau, qui agit comme le carburant des orages. Les simulations ont révélé plusieurs changements clés.
Une atmosphère chargée en énergie
L'énergie potentielle convective disponible (MUCAPE), une mesure de l'instabilité de l'atmosphère, était 22,2 % plus élevée dans le scénario climatique actuel. Cette énergie supplémentaire a permis la formation de courants ascendants plus puissants, essentiels au développement de nuages d'orage massifs.
Parallèlement, la quantité totale d'eau disponible dans la colonne d'air (eau précipitable) a montré une augmentation de 11,9 %. Le flux de vapeur d'eau, qui transporte l'humidité vers la zone de la tempête, a également été 8,5 % plus important. Ces facteurs combinés ont créé un environnement propice à des précipitations extrêmes.
L'augmentation de l'humidité atmosphérique a directement alimenté la tempête, la rendant plus intense et plus étendue. Les processus de transport de l'humidité sont améliorés dans un climat plus chaud, ce qui favorise les événements de pluies extrêmes comme celui de Valence.
La mécanique interne de la tempête modifiée
Le changement climatique n'a pas seulement ajouté plus de carburant à la tempête ; il a également modifié son fonctionnement interne, ou sa « microphysique ». Les courants ascendants plus forts, avec une vitesse maximale en hausse de 11,9 %, ont transporté l'humidité plus haut et plus rapidement dans l'atmosphère.
Ce transport vertical plus efficace a entraîné une augmentation de 32,4 % de la concentration de grésil (graupel) dans les nuages. Le grésil joue un rôle crucial dans la formation de fortes pluies. Lorsqu'il fond en tombant, il contribue à créer de grosses gouttes de pluie qui atteignent plus facilement le sol.
De plus, le réchauffement a élevé l'altitude de l'isotherme 0 °C, agrandissant la couche de « nuage chaud ». Cela favorise les processus de coalescence, où les gouttelettes d'eau entrent en collision pour former des gouttes plus grosses, augmentant ainsi l'efficacité des précipitations. L'efficacité globale des précipitations de la tempête a ainsi été augmentée de 12,6 %.
Des leçons urgentes pour l'avenir
L'analyse des inondations de Valence fournit une preuve tangible que les scénarios projetés d'intensification des événements extrêmes sont déjà une réalité. La Méditerranée, en particulier, est une région très vulnérable à ce type de phénomènes, exacerbés par des températures de surface de la mer record.
Cette étude souligne la nécessité critique d'accélérer les stratégies d'adaptation au changement climatique. L'amélioration de l'aménagement du territoire, la mise à jour des infrastructures de gestion de l'eau et le renforcement des systèmes d'alerte précoce ne sont plus des options, mais des impératifs pour protéger les populations face à des risques hydrométéorologiques croissants dans un monde qui se réchauffe.





