L'Australie a adopté une réforme cruciale de sa loi fédérale sur la protection de l'environnement et la conservation de la biodiversité. Après des années de discussions et de promesses non tenues, le gouvernement travailliste a conclu un accord avec les Verts pour faire passer ces modifications législatives attendues. Cette nouvelle législation vise à moderniser une loi vieille de 25 ans, jugée inadaptée face à la crise environnementale actuelle.
La biodiversité unique de l'Australie est menacée. Les populations d'espèces en danger diminuent chaque année, tandis que le changement climatique pousse de nombreuses espèces vers l'extinction et des écosystèmes entiers vers l'effondrement. Cette réforme, bien que saluée comme un pas en avant, est le fruit d'un compromis qui ne satisfait pleinement ni le gouvernement ni les écologistes.
Points clés de la réforme
- Adoption d'une nouvelle loi environnementale après des années de blocage.
- Amélioration de la protection des forêts indigènes.
- Restriction des approbations accélérées pour les projets de charbon et de gaz.
- Renforcement de la discrétion ministérielle dans les décisions environnementales.
- Création de normes environnementales nationales et d'une nouvelle agence fédérale.
Un compromis nécessaire pour l'environnement australien
Le chemin vers cette réforme a été long et semé d'embûches. La loi existante, datant d'un quart de siècle, a montré ses limites. Les critiques soulignaient son incapacité à freiner la dégradation environnementale et la perte de biodiversité.
Le ministre de l'Environnement, Murray Watt, a mené des négociations intenses avec la Coalition et les Verts pour obtenir un consensus. L'accord final, bien que considéré comme imparfait, représente une avancée significative après cinq ans de réformes bloquées. Les Verts, en particulier, ont obtenu des concessions importantes concernant la protection des forêts indigènes.
Un fait alarmant
Les lois environnementales australiennes actuelles approuvent 99% des projets évalués, avec de nombreux autres projets qui ne sont jamais examinés. Ce bilan souligne l'urgence d'une réforme.
Les propositions initiales et leurs préoccupations
En octobre, le gouvernement a présenté un projet de réforme de 500 pages. Il contenait plusieurs propositions clés. Parmi elles, la création de normes environnementales nationales pour guider la prise de décision. Il prévoyait aussi la mise en place d'une nouvelle agence fédérale de protection de l'environnement. Un autre élément important était la planification à l'échelle biorégionale pour évaluer les dommages cumulatifs.
Contexte de la réforme
Le rapport Samuel de 2020 avait sévèrement critiqué les lois environnementales existantes, les décrivant comme « non adaptées à leur objectif ». Ce rapport a servi de catalyseur pour les appels à une réforme urgente.
Cependant, certaines dispositions du projet initial ont suscité de vives inquiétudes. La discrétion ministérielle considérable quant à l'application des nouvelles normes environnementales aux demandes de développement en faisait partie. Une exemption d'intérêt national, permettant d'accélérer des projets non définis, était également controversée. La possibilité pour les développeurs de verser de l'argent dans un « fonds de restauration » pour compenser la perte de biodiversité a aussi été critiquée. Des études ont montré que ce mécanisme peut en réalité aggraver la perte de biodiversité.
Des définitions floues
Le projet de loi initial contenait des termes ambigus. Par exemple, la notion d'« impacts inacceptables » sur une espèce en danger critique était définie comme un impact qui « altère sérieusement, altérera sérieusement ou est susceptible d'altérer sérieusement » la viabilité de l'espèce. Cette définition manquait de clarté, rendant son application difficile.
« Cette loi n'est pas parfaite », a déclaré la sénatrice travailliste Michelle Ananda-Rajah lors de la deuxième lecture du projet de loi, soulignant la nature de compromis de l'accord.
Les concessions obtenues par les Verts
L'accord entre le parti travailliste et les Verts a permis d'apporter des améliorations significatives au projet de loi. La principale concession concerne la protection des forêts indigènes. L'exemption de longue date pour l'industrie forestière, qui couvrait les zones de forêts indigènes par des accords forestiers régionaux, est supprimée. Ces zones devront désormais respecter les lois fédérales sur l'environnement et répondre à des normes plus strictes dans les 18 mois. Une compensation est prévue pour les travailleurs forestiers.
- Protection des forêts: Fin de l'exemption pour les forêts sous accords régionaux.
- Projets énergétiques: Interdiction de l'approbation accélérée pour les nouveaux projets de charbon et de gaz.
- Discrétion ministérielle: Le langage juridique est renforcé, passant de « non incompatible avec » à « compatible avec » les normes environnementales.
Les Verts ont également obtenu des avancées modestes sur le climat. Les projets de charbon et de gaz ne pourront plus bénéficier d'approbations accélérées. Le ministre ne pourra plus déclarer ces projets comme étant d'« intérêt national » sans évaluation complète. Ces amendements visent à réduire la marge de manœuvre ministérielle.
Le changement de formulation, de « non incompatible avec » à « compatible avec » les normes environnementales, est une victoire juridique importante. Cela crée un test légal plus strict pour l'approbation des projets. De plus, davantage de défrichages seront soumis au régime d'évaluation environnementale. Le ministre pourra déclarer certains sujets trop importants pour être compensés par le nouveau Fonds de contributions à la restauration. Cela pourrait servir de garde-fou essentiel.
Les ajustements en faveur du monde des affaires
Le ministre Watt avait également présenté ces réformes comme un avantage pour les entreprises. Celles-ci bénéficieraient d'approbations plus rapides. Cependant, le concept d'« impacts inacceptables » avait inquiété le secteur. Il semble que les modifications proposées par le sénateur libéral Jonathon Duniam aient été prises en compte.
La définition d'un « impact inacceptable » sur une espèce en danger critique a été simplifiée. Elle se limite désormais à un impact qui « altère sérieusement la viabilité ». Cela signifie que les projets ne peuvent pas être rejetés s'ils sont « seulement susceptibles » d'altérer sérieusement la viabilité. Le terme « altérer sérieusement » a été redéfini comme « un impact d'une nature et d'une étendue sévères ». Ces termes restent subjectifs, mais « nature sévère » pourrait rendre le rejet de projets plus difficile que « sérieusement altéré pour le pire ».
L'avenir de la protection de la nature australienne
Le seuil d'amélioration est bas. Les lois environnementales actuelles de l'Australie sont entachées de discrétion administrative excessive. Malgré l'adoption de cette réforme, l'incertitude demeure quant à son efficacité réelle. Le gouvernement n'a rédigé que deux des nombreuses normes environnementales prévues. Une concerne les questions d'importance environnementale nationale, l'autre les compensations environnementales. Leur finalisation et leur impact sur la prise de décision restent à voir.
Des questions majeures concernant l'interprétation du langage des nouvelles lois pourraient nécessiter des éclaircissements judiciaires futurs. Un point de discorde majeur est l'incapacité des Verts à supprimer le mécanisme de « payer pour détruire » du gouvernement travailliste. Ce système, qui permet aux développeurs de verser de l'argent dans un fonds de restauration, est déjà en place en Nouvelle-Galles du Sud avec des résultats mitigés. Il est à craindre qu'il ne devienne une voie facile pour les développeurs.
Un défi majeur
Le succès de ces réformes dépendra d'investissements publics bien plus importants et d'une application rigoureuse des nouvelles lois. Sans cela, les gains environnementaux pourraient être limités.
Ces réformes marquent la fin d'un processus long et ardu, mais aussi le début d'un travail bien plus vaste. Pour réussir, elles devront s'accompagner d'un investissement public accru et d'une application stricte. Le véritable test de ces réformes sera de savoir si l'Australie parviendra à conserver et à restaurer la faune et les lieux que ses citoyens aiment et connaissent.





