La photographe Margot Raggett lance un avertissement sur le déclin rapide de la faune mondiale. À travers son nouveau projet, elle présente des images de paysages naturels dont les animaux emblématiques ont été numériquement effacés, offrant un aperçu saisissant d'un futur potentiel si aucune mesure n'est prise.
Depuis une décennie, son initiative "Remembering Wildlife" a permis de collecter des fonds importants pour la conservation, mais elle exprime aujourd'hui une inquiétude croissante face aux reculs des politiques environnementales et aux menaces qui pèsent sur les habitats naturels.
Points Clés
- Le projet "Remembering Wildlife" a levé 1,2 million de livres sterling pour la conservation en 10 ans.
- Le nouveau livre utilise des images modifiées pour montrer des paysages vidés de leurs animaux.
- Margot Raggett critique les projets de construction accélérée de logements au Royaume-Uni qui menacent les espaces naturels.
- Le braconnage, notamment celui des rhinocéros en Afrique du Sud, reste une menace majeure et une industrie criminelle.
Un Avertissement Visuel Saisissant
Pour marquer la dixième année de son engagement, Margot Raggett a publié "Ten Years of Remembering Wildlife". Ce livre se distingue par une approche visuelle provocatrice. Il contient des photographies originales d'animaux comme les ours polaires, les guépards ou les rhinocéros dans leur milieu naturel, juxtaposées à ces mêmes images dont les animaux ont été effacés numériquement.
L'objectif de cette démarche est de choquer et de faire réfléchir. "Le taux de déclin de la faune est si rapide à travers le monde qu'il y a beaucoup de travail à faire pour l'inverser", explique Margot Raggett. Ces images sont conçues pour que les gens fassent une pause et réalisent ce qui pourrait arriver si nous n'agissons pas.
"Nous pourrions vraiment envisager un avenir où ces paysages seraient dépourvus de ces animaux sauvages. C'est pourquoi nous avons créé cela, pour que les gens réalisent ce qui pourrait arriver si nous n'agissons pas."
Une Décennie de Collecte de Fonds
Le projet "Remembering Wildlife" est né il y a dix ans d'un sentiment d'impuissance. Margot Raggett a été profondément marquée par la découverte d'un éléphant victime du braconnage au Kenya. "Il avait une flèche empoisonnée en lui et il a commencé à être dévoré par des hyènes. J'étais tellement horrifiée et je me sentais si impuissante", raconte-t-elle.
Déterminée à agir, elle a lancé une série de livres photographiques à but non lucratif. Chaque année, un nouvel ouvrage est publié, rassemblant les clichés des plus grands photographes de nature au monde. Cette initiative a connu un succès notable.
Un Impact Financier Concret
En une décennie, la série de livres "Remembering Wildlife" a permis de collecter plus de 1,2 million de livres sterling (environ 1,4 million d'euros). Ces fonds sont entièrement reversés à des projets de conservation sur le terrain à travers le monde.
Les Politiques Environnementales en Question
Malgré les succès de son projet, Margot Raggett se dit "nerveuse" quant à l'avenir. Elle observe un recul dans les efforts mondiaux de lutte contre la crise climatique. "On a l'impression d'avoir fait un pas en arrière", déplore-t-elle, citant les changements de cap politiques dans des pays comme les États-Unis ou le Royaume-Uni concernant les objectifs de neutralité carbone.
Elle s'inquiète également de projets plus locaux ayant un impact direct sur la biodiversité. Au Royaume-Uni, le gouvernement a annoncé un plan de construction accélérée de 1,5 million de logements. Selon des militants écologistes, cette politique risque de se faire au détriment d'espaces naturels précieux.
Margot Raggett appelle à une "pause massive" sur ces plans qu'elle juge "à courte vue". Elle souligne l'importance de préserver les écosystèmes restants.
La Pression sur les Habitats au Royaume-Uni
Dans le cadre de ses objectifs de construction, le gouvernement britannique a demandé aux agences environnementales de faciliter les autorisations de construire. Des révélations ont montré que des projets de développement ont été débloqués malgré la présence d'espèces protégées, suscitant la colère des défenseurs de l'environnement.
"Dans ce pays, il y a suffisamment de friches industrielles qui pourraient et devraient être réaménagées avant de perdre davantage de campagne. Nous en avons déjà tellement perdu", insiste la photographe.
Le Braconnage, une Menace Toujours Présente
L'inspiration initiale du projet, le braconnage, reste une préoccupation centrale. Margot Raggett affirme que la situation est mitigée. D'un côté, des progrès ont été réalisés, comme l'interdiction du commerce de l'ivoire par la Chine il y a quelques années, qui a eu un impact certain.
Cependant, le trafic illégal se déplace et persiste ailleurs en Asie. La situation des rhinocéros en Afrique du Sud est particulièrement alarmante. "L'impact du braconnage des rhinocéros pour leurs cornes en Afrique du Sud reste horrible. J'ai des amis qui sont basés là-bas et le taux de braconnage est choquant", témoigne-t-elle.
Elle souligne que la lutte contre ce fléau passe avant tout par la réduction de la demande, notamment en Asie où les produits issus du braconnage sont utilisés dans la médecine traditionnelle. "Le braconnage est toujours une énorme industrie criminelle et elle ne disparaît pas. Elle est toujours très répandue."
L'Inspiration des Grandes Figures de la Conservation
Dans son parcours, Margot Raggett a eu l'occasion de rencontrer des personnalités inspirantes, comme la célèbre primatologue Jane Goodall en 2018. Elle se souvient avoir été impressionnée par son éthique de travail et sa détermination.
"J'ai été époustouflée par son éthique de travail et sa détermination. Elle venait de descendre d'un vol de nuit depuis la Tanzanie. [...] Elle était totalement inspirante et encourageante, et faisait preuve d'une grande humilité dans sa façon de parler", se remémore-t-elle.
Malgré un contexte difficile, Margot Raggett garde une lueur d'espoir, portée par le nombre de personnes qui continuent de se soucier de la nature. "Je ferai tout ce que je peux pour tenir ma part du marché et continuer à me battre. Et je sais qu'il y a beaucoup d'autres personnes qui ressentent la même chose, donc l'avenir nous le dira, mais nous ne pouvons certainement pas nous permettre d'être complaisants."





