La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a récemment exprimé des regrets concernant la politique énergétique de l'Union européenne. Elle a qualifié de « faute stratégique » le fait de s'être détournée de l'énergie nucléaire, une source d'électricité fiable et à faibles émissions. Cette déclaration intervient alors que l'UE fait face à des prix de l'électricité élevés et à une désindustrialisation rampante.
Points Clés
- La part du nucléaire dans la production électrique de l'UE a chuté de plus de 30% à 23,3% depuis les années 90.
- L'Allemagne a fermé tous ses réacteurs nucléaires après l'accident de Fukushima en 2011.
- Les prix de l'électricité ont augmenté de 57% dans l'UE, et de 70% pour l'industrie.
- La Commission européenne admet une « faute stratégique » dans le rejet du nucléaire.
- Des concessions sont faites, mais le cadre réglementaire climatique reste strict.
Le déclin du nucléaire en Europe
La part de l'électricité produite par les réacteurs nucléaires dans l'UE27 a considérablement diminué. Elle est passée de plus de 30% dans les années 1990 à seulement 23,3% l'année dernière. La France reste le principal producteur d'énergie nucléaire au sein de l'Union, mais sa production a également reculé. Depuis 2013, la production des réacteurs français a baissé de 20%, en raison notamment de la mise hors service pour maintenance prolongée de certaines installations.
Le cas de l'Allemagne est encore plus marquant. Suite à l'accident nucléaire de Fukushima en 2011, le pays a mis en œuvre son plan « Energiewende ». Ce plan a conduit au démantèlement de ses 17 réacteurs en service d'ici 2023. Cette décision a eu des répercussions importantes sur le paysage énergétique européen.
« Cette réduction de la part du nucléaire était un choix », a déclaré Ursula von der Leyen lors du Sommet sur l'énergie nucléaire. « Je crois que ce fut une erreur stratégique pour l'Europe de tourner le dos à une source d'énergie fiable, abordable et à faibles émissions. »
Chiffres clés
- 30% : Part du nucléaire dans la production électrique de l'UE dans les années 90.
- 23,3% : Part du nucléaire en 2023.
- 20% : Baisse de la production nucléaire française depuis 2013.
- 17 : Nombre de réacteurs allemands démantelés.
L'impact du Green Deal et des politiques climatiques
Bien que Bruxelles ne dicte pas directement le mix énergétique des États membres, elle influence fortement ces choix via des outils de politique climatique. Le Pacte vert européen de 2020, suivi du principe DNSH (Do No Significant Harm), en est un exemple. Ce principe doit être pris en compte avant l'approbation de tout projet d'infrastructure. En pratique, cela a signifié un manque de financement pour les infrastructures d'hydrocarbures et la recherche sur l'utilisation plus efficace des combustibles fossiles.
De plus, l'absence d'accord entre les États membres a entravé le soutien aux projets nucléaires. En 2007, le commissaire européen à l'énergie avait même promis une réduction de 13% de la consommation d'énergie avant 2020, un objectif ambitieux.
Le Pacte vert européen
Lancé en 2020, le Pacte vert européen vise à faire de l'Europe le premier continent climatiquement neutre d'ici 2050. Il comprend des objectifs ambitieux de réduction des émissions de CO2 et des mesures pour promouvoir les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique. Le principe « Do No Significant Harm » (DNSH) est une composante clé, exigeant que les projets financés n'aient pas d'impact négatif significatif sur l'environnement.
Conséquences économiques et « greenlash »
Les conséquences de ces politiques sont aujourd'hui visibles. La fermeture du parc nucléaire allemand et la perte du gaz russe ont entraîné une augmentation significative des prix de l'électricité. Les prix ont grimpé de 57% en moyenne pour les consommateurs et de 70% pour l'industrie. Cette situation a conduit à une désindustrialisation progressive qui s'accélère.
Des entreprises majeures sont touchées. Le géant de la chimie BASF a enregistré une perte d'un milliard d'euros l'année dernière. Volkswagen a annoncé 50 000 suppressions de postes d'ici 2030. Ces difficultés économiques alimentent un mouvement de rejet des politiques environnementales, qualifié de « greenlash ».
Des manifestations ont eu lieu en Italie et en Espagne contre les installations solaires et éoliennes. En Pologne, des milliers de personnes ont marché contre la fermeture de centrales à charbon. Ce mécontentement, initialement perçu comme une préoccupation de droite, touche désormais des politiciens plus centristes.
Ajustements et défis persistants
L'UE a fait quelques concessions. Elle autorisera les moteurs à combustion interne utilisant des hydrocarbures synthétiques (e-carburants) au lieu d'une interdiction totale. La Pologne a également reçu une aide pour ses premiers réacteurs nucléaires du siècle. Ursula von der Leyen a promis symboliquement 200 millions d'euros pour les petits réacteurs modulaires (SMR).
Cependant, le vaste appareil réglementaire mis en place par l'UE pour appliquer ses politiques climatiques reste en place. Le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) est entré en vigueur cette année. L'objectif de réduire les émissions de CO2 de 55% d'ici 2030 demeure inchangé.
Le président français Emmanuel Macron a appelé en 2023 à une rupture avec certaines réglementations, jugeant la rhétorique apocalyptique contre-productive. Le problème de l'UE pour changer de cap est institutionnel. Il est en grande partie de sa propre fabrication. L'Union est devenue dépendante du troisième secteur pour sa légitimité, avec 5,4 milliards d'euros alloués aux ONG environnementales pour la période 2021-2027. Ces organisations jouent un rôle crucial dans l'élaboration et l'application de la législation.
Effets économiques
- 57% : Augmentation des prix de l'électricité pour les consommateurs.
- 70% : Augmentation des prix de l'électricité pour l'industrie.
- 1 milliard d'euros : Perte de BASF l'année dernière.
- 50 000 : Suppressions de postes annoncées par Volkswagen d'ici 2030.
La place de l'UE dans les émissions mondiales
Ironiquement, la contribution de l'UE aux émissions mondiales de CO2 est relativement faible. Sa part devrait tomber à 5,9% en 2025. Se définir principalement par l'atténuation du changement climatique pourrait mettre en péril l'ensemble du projet européen. Les politiques climatiques agressives semblent avoir été conçues pour une époque lointaine, lorsque les réductions de CO2 semblaient faciles et populaires électoralement.
Aujourd'hui, la réalité économique et les préoccupations des citoyens poussent à une réévaluation. La Commission européenne reconnaît ses erreurs passées, mais la complexité institutionnelle rend difficile un véritable changement de direction. La question de l'équilibre entre objectifs climatiques ambitieux et stabilité économique reste au cœur des débats européens.





