Un conseil scientifique consultatif de l'Union européenne a publié un rapport détaillé. Ce document souligne la nécessité de réduire la consommation de viande et de taxer les émissions agricoles. Ces mesures sont jugées essentielles pour atteindre les objectifs climatiques du bloc d'ici 2050.
Le rapport de 350 pages, dévoilé mercredi, propose des changements profonds. Il vise à transformer le système alimentaire européen pour le rendre plus durable. Les scientifiques insistent sur l'urgence d'agir face à la contribution significative de l'agriculture au réchauffement climatique.
Points Clés
- Réduire la consommation de viande en Europe.
- Introduire une taxe sur les émissions agricoles.
- Supprimer les subventions agricoles nuisibles au climat.
- Augmenter le soutien financier pour la transition écologique des agriculteurs.
- Réformer la Politique Agricole Commune (PAC).
L'urgence d'une transition agricole
Le secteur agricole est un contributeur majeur aux émissions de gaz à effet de serre. L'ensemble du système alimentaire, de la production à la consommation et la gestion des déchets, génère 31 % des émissions de l'UE. Plus de la moitié de ces émissions provient de la production alimentaire elle-même.
Les vaches émettent du méthane, un gaz très polluant. L'utilisation d'engrais, le carburant des tracteurs et d'autres pratiques contribuent également à cette pollution. Les experts estiment qu'il est impossible d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050 sans une contribution significative du secteur agricole.
« Pour atteindre la neutralité carbone d'ici 2050 au sein de l'UE, le secteur doit contribuer à la réduction des émissions », a déclaré Ottmar Edenhofer, président du conseil consultatif. Il a ajouté : « Si nous le faisons de manière intelligente pendant le processus de transition, progressivement, en taxant les émissions mais aussi en utilisant les revenus pour soutenir la transition, je pense que c'est une voie bénéfique pour l'ensemble du secteur et pour toute la société. »
Réformer la Politique Agricole Commune (PAC)
La Politique Agricole Commune (PAC) représente environ un tiers du budget total de l'UE. Le rapport la cible comme un levier clé pour le changement. Bien que la PAC contienne des dispositions sur le climat et la biodiversité, elle n'a pas réussi à réduire suffisamment les émissions de gaz à effet de serre.
Les scientifiques recommandent de supprimer progressivement les paiements liés à la production animale. Ces paiements représentent 5 % du budget actuel de la PAC. Ils suggèrent également de revoir l'idée des subventions basées sur la taille des terres agricoles. Ces subventions, qui dépassent 100 milliards d'euros, encouragent la production agricole au détriment d'autres utilisations des terres, comme la foresterie.
Fait Marquant
Le système alimentaire européen est responsable de 31% des émissions de gaz à effet de serre de l'UE. Plus de la moitié de ces émissions se produit lors de la production alimentaire, notamment via le méthane des élevages et l'utilisation d'engrais.
La tarification du carbone pour l'agriculture
En plus de réformer la PAC, les experts proposent d'introduire un mécanisme de tarification du carbone pour l'agriculture. Ce système s'inspirerait du Système d'Échange de Quotas d'Émission (SEQE) qui a permis de réduire de moitié la pollution industrielle et celle des centrales électriques.
La tarification du carbone agricole serait divisée en trois systèmes distincts :
- Un pour les émissions agricoles liées à l'énergie.
- Un autre pour les pollutions non-CO2, comme le méthane.
- Un troisième pour les émissions agricoles et les absorptions de dioxyde de carbone des terres.
Ces mécanismes visent à inciter les agriculteurs à adopter des pratiques plus respectueuses de l'environnement. La mise en œuvre de ces taxes pourrait générer des revenus. Ces fonds seraient ensuite réinvestis pour soutenir la transition écologique du secteur.
Changer les habitudes de consommation
Le conseil consultatif insiste également sur la nécessité de s'attaquer à la demande des consommateurs. Les Européens mangent trop de viande rouge. Cette consommation excessive contribue à l'augmentation de la pollution par le méthane.
Les scientifiques recommandent à l'UE d'établir des lignes directrices nationales pour des régimes alimentaires respectueux du climat. Ils suggèrent aussi des normes obligatoires pour l'étiquetage marketing et de durabilité des aliments. Ces mesures encourageraient les consommateurs à faire des choix plus écologiques. Le but est de réduire l'empreinte carbone globale liée à l'alimentation.
Contexte Politique
Les recommandations sur l'agriculture interviennent alors que l'UE élabore de nouvelles politiques. Celles-ci pourraient intégrer certains des conseils du conseil scientifique. Cela inclut le prochain budget à long terme de l'UE, une révision à venir du programme de subventions agricoles, et de nouvelles législations vertes pour atteindre l'objectif de 2040.
Soutenir les agriculteurs dans la transition
Pour rendre ces changements plus acceptables, le conseil consultatif propose de soutenir financièrement les agriculteurs. L'argent économisé grâce à une PAC réformée et généré par la tarification du carbone pourrait servir à cette fin. Il s'agirait d'aider les agriculteurs à adopter des pratiques respectueuses du climat et à s'adapter à un monde plus chaud.
Cependant, l'acceptation de ces propositions par les lobbies agricoles reste incertaine. Des manifestations de grande ampleur ont eu lieu récemment à travers l'Europe. Les agriculteurs s'opposent à toute charge supplémentaire. L'appétit politique pour la législation verte a également diminué à Bruxelles et dans les capitales nationales. Une tendance vers des politiques axées sur l'industrie et la sécurité est observée.
Exemples de réussite et défis futurs
Le Danemark est en bonne voie pour devenir le premier pays à taxer la pollution agricole. En 2024, Copenhague et les associations d'agriculteurs ont conclu un accord. Une taxe carbone sur les émissions du bétail sera imposée à partir de 2030.
Cet exemple montre qu'un consensus politique est possible. Ottmar Edenhofer estime qu'il existe un espace politique pour mettre en œuvre les recommandations du conseil. Il reconnaît la complexité de la situation. Mais il insiste sur la nécessité d'un système réglementaire qui incite à la réduction des émissions dans le système agroalimentaire.
Les recommandations du conseil consultatif ont déjà prouvé leur influence par le passé. Leurs conseils de 2023 sur un objectif de réduction des émissions d'au moins 90 % d'ici 2040 ont joué un rôle majeur. Cet objectif a été inscrit dans la loi européenne la semaine dernière. Cela souligne l'importance de ce nouveau rapport pour l'avenir de la politique climatique de l'UE.





