L'altération des roches, une méthode envisagée pour capturer le dioxyde de carbone atmosphérique, est remise en question par de nouvelles recherches. Des scientifiques du Thünen Institute et de l'ETH Zurich estiment que cette technique, bien que prometteuse en théorie, n'est pas encore prête pour un déploiement à grande échelle et présente des incertitudes majeures quant à son efficacité réelle pour la protection du climat.
Points Clés
- L'altération améliorée des roches (ERW) est une méthode de séquestration du carbone.
- La disponibilité des roches silicatées est incertaine pour un déploiement massif.
- Les roches les plus efficaces peuvent contenir des éléments toxiques.
- L'impact de grandes quantités de poudre de roche sur les écosystèmes est mal compris.
- La quantification précise du carbone séquestré reste un défi majeur.
La promesse de l'altération des roches
Face à l'urgence climatique, de nombreux pays cherchent des solutions pour atteindre la neutralité carbone. Réduire les émissions de gaz à effet de serre est essentiel, mais des puits de carbone sont également nécessaires pour compenser les émissions inévitables. L'une des solutions techniques discutées est l'application de poudre de roche silicatée sur les terres arables. Ce processus est connu sous le nom d'altération améliorée des roches (ERW).
L'ERW se base sur des processus géochimiques naturels. Le dioxyde de carbone atmosphérique forme de l'acide carbonique. Cet acide peut altérer les silicates, des minéraux riches en calcium, magnésium et sodium. Le dioxyde de carbone est ainsi converti en produits d'altération. Lorsque ces produits sont lessivés des sols, ils s'écoulent vers les océans via les cours d'eau. Là, ils forment des carbonates stables. De cette manière, le dioxyde de carbone atmosphérique est lié à long terme dans la mer, le rendant climatiquement neutre. Le mécanisme imite l'altération naturelle des roches, mais le processus naturel se produit sur des échelles de temps géologiques. Le broyage de la roche accélère considérablement la réaction.
Fait Intéressant
L'altération naturelle des roches est un processus lent qui prend des millions d'années. Le broyage des roches pour l'ERW vise à accélérer cette réaction pour qu'elle soit pertinente à l'échelle humaine.
Défis de disponibilité et toxicité des matériaux
Une question cruciale pour l'ERW est la disponibilité des matériaux. Y a-t-il suffisamment de roches pour produire la poudre nécessaire en grandes quantités ? Une équipe de recherche internationale, dirigée par le Dr Marcus Schiedung du Thünen Institute of Climate-Smart Agriculture, a étudié la disponibilité et la capacité de séquestration du carbone des roches silicatées. Les résultats sont mitigés. Il est actuellement incertain si suffisamment de roches silicatées sont disponibles pour lier le dioxyde de carbone en quantités suffisantes.
De plus, les roches les plus efficaces pour lier le carbone contiennent souvent des éléments toxiques. Le nickel et le chrome sont des exemples. Cela pose un risque environnemental non négligeable. L'extraction de ces roches devrait être considérablement étendue pour atteindre les objectifs climatiques envisagés. Cela aurait des impacts sociaux et environnementaux importants. Un nouveau type d'exploitation minière dédiée pourrait être nécessaire.
« Il est crucial de savoir si le CO2 lié est stable et quelle quantité est libérée pendant le transport vers la mer, » affirme le Dr Marcus Schiedung, auteur principal de l'étude.
Contexte
La neutralité climatique nécessite non seulement la réduction des émissions, mais aussi des technologies de capture de carbone. L'ERW est l'une des nombreuses approches explorées, aux côtés de la capture directe de l'air et de la bioénergie avec capture de carbone.
Impact sur l'agriculture et les écosystèmes
L'équipe de recherche a également examiné l'utilisation de l'ERW en agriculture. Pour obtenir des effets climatiques significatifs, les chercheurs estiment qu'il faudrait épandre environ 40 à 100 tonnes métriques de poudre de roche par hectare de terre arable. Cette quantité est bien supérieure à ce qui est recommandé pour une agriculture durable. En comparaison, l'agriculture régénérative utilise couramment la poudre de roche, mais à des doses inférieures à une tonne métrique par hectare.
Des quantités plus faibles de poudre de roche peuvent avoir des effets positifs sur le sol et les plantes. Le professeur Sebastian Doetterl de l'ETH Zurich, co-auteur de l'étude, le confirme. Cependant, les effets de grandes quantités de poudre de roche sur les sols, les plantes et les écosystèmes aquatiques sont encore largement inexplorés. « Le risque non clarifié milite contre une application à grande échelle », souligne le Dr Marcus Schiedung.
- Les processus géochimiques dans les sols et les cours d'eau sont mal connus.
- La stabilité du CO2 lié n'est pas garantie.
- La quantité de CO2 potentiellement relâchée pendant le transport vers la mer est incertaine.
Sans informations fiables, il est difficile de quantifier la quantité réelle de dioxyde de carbone séquestrée en pratique. Cette quantification est essentielle pour que l'ERW soit reconnue comme une mesure de protection climatique sûre et efficace.
Quantification et fiabilité : des inconnues persistantes
L'une des principales lacunes de l'altération améliorée des roches réside dans l'incapacité actuelle à quantifier avec précision le carbone réellement séquestré. Les processus complexes qui se déroulent dans les sols, les rivières et les océans, ainsi que la stabilité du CO2 lié, ne sont pas encore entièrement compris. Il est crucial de déterminer si le dioxyde de carbone reste stable une fois lié ou s'il est relâché à nouveau, notamment pendant son transport vers les océans.
Cette incertitude rend difficile l'intégration de l'ERW dans les stratégies climatiques mondiales. Les décideurs ont besoin de données fiables pour investir dans de telles technologies. Sans une quantification précise, il est impossible d'évaluer l'efficacité réelle de l'ERW comme mesure de protection climatique à grande échelle. Les chercheurs appellent à davantage d'études pour combler ces lacunes et fournir les preuves nécessaires à un déploiement responsable.
Statistiques Clés
Les estimations actuelles suggèrent que 40 à 100 tonnes de poudre de roche par hectare seraient nécessaires pour des effets climatiques significatifs, une quantité bien supérieure aux pratiques agricoles durables.
Perspectives futures et recherches nécessaires
Malgré les défis, la recherche sur l'altération améliorée des roches se poursuit. Les scientifiques reconnaissent le potentiel théorique de cette méthode, mais insistent sur la nécessité d'une approche prudente et basée sur des preuves solides. Les prochaines étapes incluent l'amélioration de la compréhension des processus géochimiques, l'évaluation des impacts environnementaux à long terme et le développement de méthodes de quantification précises.
Il est impératif d'évaluer si l'ERW peut être mise en œuvre de manière durable, sans compromettre la santé des sols et des écosystèmes. La collaboration internationale et l'investissement dans la recherche sont essentiels pour déterminer si l'altération des roches peut un jour devenir une solution fiable et sûre pour le climat. Pour l'instant, elle reste une option avec un potentiel non confirmé et de nombreuses questions sans réponse.





