Alors que certains dirigeants nationaux remettent en question l'urgence climatique, des maires de métropoles et de petites villes prennent les devants. Réunis à Rio de Janeiro lors du Sommet mondial des maires C40, ils ont partagé des stratégies locales concrètes pour lutter contre le réchauffement global, démontrant que l'action commence au niveau local, souvent en dépit des politiques nationales.
De la gestion des déchets à Milan à la création de carburants alternatifs à Freetown, ces élus locaux innovent pour protéger leurs citoyens et leur environnement. Ils se positionnent comme les principaux acteurs d'un changement que leurs gouvernements tardent à mettre en œuvre.
Points Clés
- Des maires du monde entier mettent en place des politiques climatiques audacieuses, contrastant avec l'inaction de certains gouvernements nationaux.
- Les villes, responsables de 75 % des émissions mondiales de carbone, sont au cœur de la solution.
- Les initiatives locales vont de la création de zones à faibles émissions à la transformation de déchets en énergie.
- Ces élus font souvent face à une opposition politique et à des coupes de financements de la part de leurs gouvernements centraux.
Les villes, derniers remparts contre l'inaction climatique
Le Sommet mondial des maires C40 à Rio de Janeiro a servi de plateforme pour des leaders urbains déterminés à agir. Dans un contexte où des personnalités politiques influentes, comme l'ancien président américain Donald Trump ou le président argentin Javier Milei, qualifient la crise climatique de "mensonge socialiste", les maires se retrouvent en première ligne.
Sadiq Khan, maire de Londres et coprésident du sommet, a souligné le rôle crucial des agglomérations. "Les villes représentent 75 % des émissions mondiales de carbone", a-t-il rappelé, insistant sur le fait que les maires sont des "exemples de dirigeants qui agissent concrètement".
Cette mobilisation est d'autant plus significative que les conséquences du changement climatique se font déjà sentir. À Phoenix, en Arizona, les habitants ont subi 113 jours de températures dépassant les 38°C l'année dernière, un record qui rend l'inaction politique de plus en plus difficile à justifier auprès des citoyens.
Des solutions ingénieuses nées sur le terrain
Face à des défis uniques, les maires développent des solutions sur mesure, souvent avec des moyens limités et sans soutien national. Leurs approches, bien que variées, partagent un objectif commun : créer des communautés plus résilientes et durables.
Milan : la stratégie des petits pas
Giuseppe Sala, maire de Milan depuis près de dix ans, adopte une approche pragmatique. L'une de ses initiatives phares, le projet "Je ne gaspille pas", encourage les écoliers à rapporter chez eux la nourriture non consommée à la cantine. Ce geste simple permet d'éviter le gaspillage de milliers de repas chaque mois.
Milan a également instauré la plus grande zone à faibles émissions de l'Union européenne. Malgré les critiques initiales, la mesure est aujourd'hui mieux acceptée et la qualité de l'air s'améliore. "Il faut toujours avancer pas à pas", confie Giuseppe Sala, conscient que chaque progrès est une victoire.
Freetown : transformer les déchets en ressource
En Sierra Leone, la maire de Freetown, Yvonne Aki-Sawyerr, fait face à une urbanisation galopante due à l'exode rural climatique. Cette pression démographique entraîne une déforestation massive pour le bois de chauffage.
La population de Freetown, qui dépassait à peine le million en 2015, devrait doubler d'ici 2028, accentuant la pression sur les ressources naturelles et les infrastructures.
Sa solution est aussi innovante qu'inattendue : transformer les boues fécales en briquettes de cuisson. "C'est inodore, c'est séché, c'est carbonisé", explique-t-elle. Ce combustible alternatif, une fois produit à grande échelle, pourrait offrir une alternative durable au bois et ainsi préserver les forêts environnantes.
Naviguer entre chaleurs extrêmes et vents politiques contraires
Pour de nombreux maires, l'action climatique est une course contre la montre menée sur deux fronts : celui des phénomènes météorologiques extrêmes et celui de l'opposition politique.
Phoenix : quand la réalité climatique force le consensus
Kate Gallego, la maire de Phoenix, a vu sa ville suffoquer sous des températures record. "Nous avons atteint 43°C en octobre, ce qui n'était jamais arrivé auparavant", témoigne-t-elle. Les citrouilles d'Halloween de ses enfants ont littéralement fondu sur le porche.
"Je pense que [ces chaleurs extrêmes] nous ont aidés à obtenir un consensus politique", affirme Kate Gallego.
Malgré la perte de subventions fédérales cruciales pour les énergies renouvelables sous l'administration Trump, la ville continue d'investir. Des projets comme le revêtement des routes avec des matériaux réfléchissants pour abaisser la température des rues ou l'expansion du réseau de tramway prouvent que la volonté locale peut surmonter les obstacles nationaux.
Despeñaderos : l'art d'innover sans budget
En Argentine, la maire Carolina Basualdo dirige la petite ville de Despeñaderos (9 000 habitants) sous un gouvernement national qui nie le changement climatique. Interrogée sur le soutien financier qu'elle reçoit, sa réponse est laconique : "Nada, rien."
Pourtant, les actions ne manquent pas. La ville déploie des panneaux solaires, régule la température dans les bâtiments municipaux et recycle les déchets de taille des parcs en bois de chauffage. Un projet a même permis de transformer deux tonnes de bouchons en plastique en un nouveau sol pour un terrain de basket-ball local, grâce à un financement externe.
L'avenir se construit dans les métropoles
L'expérience de ces élus montre une tendance claire : face à un défi global, les réponses les plus efficaces sont souvent locales. Nick Reece, le maire de Melbourne, en Australie, s'attaque à un problème émergent : la consommation énergétique des centres de données, qui pourrait représenter un cinquième de la consommation de sa ville d'ici 2040. Il milite pour une réglementation internationale afin que ces infrastructures soient alimentées par des énergies renouvelables.
Le rôle du réseau C40
C40 Cities est un réseau mondial de près de 100 maires des plus grandes villes du monde qui se sont engagés à prendre des mesures urgentes pour faire face à la crise climatique. Le groupe aide les villes à collaborer efficacement, à partager leurs connaissances et à mener des actions significatives, mesurables et durables en matière de climat.
Au Brésil, Evandro Leitão, maire de Fortaleza, a réussi à augmenter les espaces verts de sa ville de 40 % en seulement cinq ans. Il doit cependant composer avec les politiques nationales, comme la récente autorisation de forages pétroliers près de l'embouchure de l'Amazone.
Le message du sommet de Rio est sans équivoque. Pendant que les nations débattent, les villes agissent. Elles sont devenues des laboratoires d'innovation climatique, prouvant chaque jour qu'un autre avenir est possible, un quartier à la fois.





