Les inondations et les sécheresses extrêmes à travers le monde sont de plus en plus synchronisées, et un puissant cycle climatique du Pacifique en est le principal moteur. Des chercheurs de l'Université du Texas à Austin ont identifié que le phénomène El Niño-Oscillation Australe (ENSO) est la force dominante derrière ces changements extrêmes du stockage total de l'eau sur Terre au cours des 20 dernières années.
Cette découverte, basée sur des observations satellitaires, met en lumière comment des régions éloignées peuvent simultanément connaître des conditions hydriques anormalement humides ou sèches, avec des implications majeures pour la planification humanitaire et les politiques publiques mondiales.
Points Clés
- Le cycle ENSO (El Niño et La Niña) est le principal moteur des extrêmes hydriques mondiaux depuis 2002.
- Des régions géographiquement éloignées peuvent subir des sécheresses ou des inondations simultanées.
- Les satellites GRACE et GRACE-FO de la NASA ont permis de mesurer le stockage total de l'eau.
- Une inversion des tendances a été observée après 2012, avec une augmentation des sécheresses extrêmes.
- La gestion des extrêmes hydriques est cruciale pour la sécurité alimentaire et l'économie mondiale.
Le Rôle Central d'ENSO dans les Extrêmes Hydriques
Le phénomène ENSO, qui inclut El Niño et La Niña, est un cycle climatique récurrent dans l'océan Pacifique équatorial. Il a été identifié comme le facteur principal influençant les variations extrêmes du stockage total de l'eau à l'échelle planétaire. Cette conclusion est le fruit d'une étude récente publiée dans AGU Advances.
Les chercheurs ont analysé des données sur une période de 22 ans, de 2002 à 2024. Leurs travaux montrent une corrélation directe entre les phases d'ENSO et l'apparition simultanée d'événements extrêmes, qu'il s'agisse de sécheresses ou d'inondations, dans des régions très différentes du globe.
Fait Marquant
Le stockage total de l'eau inclut toutes les formes d'eau : surface (rivières, lacs), neige, humidité du sol et eaux souterraines. Cette mesure complète offre une vision globale de la réponse des systèmes hydriques aux forces climatiques.
Comprendre les Conséquences Mondiales
Pour Bridget Scanlon, co-auteure de l'étude et professeure de recherche au Bureau of Economic Geology de la Jackson School of Geosciences de l'UT, cette perspective globale est essentielle. « En regardant à l'échelle mondiale, nous pouvons identifier les zones simultanément humides ou simultanément sèches », explique-t-elle.
Ces alignements d'événements extrêmes ont des répercussions profondes. Ils affectent la disponibilité de l'eau, la production alimentaire et le commerce mondial. Lorsque plusieurs régions clés subissent des conditions extrêmes en même temps, cela peut créer des ondes de choc dans les chaînes d'approvisionnement et la coopération internationale.
Les Données Satellitaires Révèlent des Changements Drastiques
L'étude s'est appuyée sur les mesures de gravité des satellites GRACE et GRACE Follow-On (GRACE-FO de la NASA. Ces satellites sont capables de détecter des variations de masse d'eau sur des zones d'environ 300 à 400 kilomètres. C'est comme observer les changements hydriques sur une région de la taille de l'Indiana aux États-Unis.
Les extrêmes humides ont été définis comme des niveaux de stockage d'eau supérieurs au 90e centile pour une région donnée. Les extrêmes secs, eux, correspondaient à des niveaux inférieurs au 10e centile. Les résultats ont clairement montré comment un comportement inhabituel d'ENSO peut pousser des régions éloignées vers des conditions extrêmes.
« La plupart des études comptent les événements extrêmes ou mesurent leur gravité, mais par définition, les extrêmes sont rares. Cela donne très peu de points de données pour étudier les changements au fil du temps. Au lieu de cela, nous avons examiné comment les extrêmes sont spatialement connectés, ce qui fournit beaucoup plus d'informations sur les modèles qui entraînent les sécheresses et les inondations à l'échelle mondiale. »
Exemples Concrets d'Impact d'ENSO
- Milieu des années 2000 : Un événement El Niño a coïncidé avec une grave sécheresse en Afrique du Sud.
- 2015-2016 : Un autre El Niño a été associé à des conditions sèches dans la région amazonienne.
- 2010-2011 : La Niña a provoqué des conditions exceptionnellement humides en Australie, dans le sud-est du Brésil et en Afrique du Sud.
Contexte Historique
Les données des satellites GRACE et GRACE-FO couvrent une période relativement courte (2002-2024). Malgré cela, elles ont été suffisantes pour établir des liens solides entre les cycles climatiques majeurs et les comportements hydriques mondiaux, même avec une interruption de 11 mois entre les missions en 2017-2018.
Un Changement Global dans les Tendances Hydriques
Au-delà des événements isolés, les chercheurs ont également mis en évidence un changement plus large dans le comportement hydrique mondial autour de 2011-2012. Avant 2011, les extrêmes humides étaient plus fréquents à l'échelle mondiale. Cependant, après 2012, une augmentation de la fréquence des extrêmes secs a été observée.
Cette inversion est attribuée à un modèle climatique de longue durée dans l'océan Pacifique. Ce modèle influence la manière dont ENSO affecte les systèmes hydriques mondiaux. Il s'agit d'une indication claire que les dynamiques climatiques sont en constante évolution et peuvent entraîner des basculements significatifs.
Statistique Clé
Les extrêmes secs sont définis comme des niveaux de stockage d'eau inférieurs au 10e centile historique pour une région, tandis que les extrêmes humides sont supérieurs au 90e centile.
Gérer les Extrêmes, Pas Seulement la Rareté
Les conclusions de l'étude soulignent l'importance de considérer les inondations et les sécheresses comme des éléments naturels du système climatique. Cela nécessite une préparation et une gestion adaptées, plutôt que de se concentrer uniquement sur la pénurie d'eau.
« Souvent, nous entendons le mantra que nous manquons d'eau, mais en réalité, il s'agit de gérer les extrêmes », affirme Bridget Scanlon. Cette approche change radicalement la perspective sur la gestion des ressources hydriques et la planification future.
Les recherches menées par Ashraf Rateb, Bridget R. Scanlon, Yadu Pokhrel et Alexander Sun, ont été financées par la UT Jackson School of Geosciences. Elles offrent des outils précieux pour anticiper et atténuer les impacts des événements hydriques extrêmes dans un climat en mutation.





