Les scientifiques surveillent attentivement l'océan Pacifique, où les conditions deviennent favorables au développement du phénomène climatique El Niño au cours des prochains mois. L'Administration Nationale Océanique et Atmosphérique américaine (NOAA) a émis une "veille El Niño", indiquant une probabilité croissante de son retour, ce qui pourrait avoir des conséquences significatives sur la météo, la saison des ouragans et les températures mondiales.
Points Clés
- La NOAA prévoit une probabilité de 62 % que El Niño se développe d'ici la fin de l'été.
- Ce phénomène pourrait supprimer l'activité des ouragans dans l'Atlantique mais l'intensifier dans le Pacifique.
- Les températures mondiales pourraient atteindre de nouveaux records en 2026 ou 2027 si un El Niño puissant se confirme.
- Les impacts sur la météo locale ne se feront sentir que plusieurs mois après le début du phénomène.
La fin de La Niña et la transition climatique
Depuis plusieurs années, le climat mondial était sous l'influence de La Niña, la phase froide de l'Oscillation Australe El Niño (ENSO). Cette période touche à sa fin. Les eaux de surface de l'océan Pacifique équatorial se réchauffent progressivement, annonçant une transition vers des conditions neutres.
Cependant, cette phase neutre pourrait être de courte durée. Les derniers modèles de prévision indiquent une probabilité de 62 % pour le développement d'El Niño entre juin et août. Cette probabilité augmente encore pour l'automne.
Qu'est-ce que l'ENSO ?
L'Oscillation Australe El Niño (ENSO) est un cycle climatique naturel caractérisé par la fluctuation des températures de surface de l'océan dans le Pacifique tropical. La phase chaude est appelée El Niño, la phase froide La Niña, et la phase intermédiaire est dite neutre. Ces phases se succèdent de manière irrégulière tous les 2 à 7 ans et influencent les conditions météorologiques sur une grande partie du globe.
Malgré ces prévisions, les experts appellent à la prudence. Michelle L’Heureux, scientifique au Centre de Prédiction Climatique de la NOAA, rappelle que "les prévisions faites au printemps sont généralement moins fiables". Cette période, connue sous le nom de "barrière de prévisibilité du printemps boréal", est une phase de transition pour les schémas océaniques, rendant les modèles moins précis.
Impacts potentiels sur les ouragans
L'une des conséquences les plus directes d'El Niño concerne la saison des ouragans. Les effets sont cependant opposés selon les bassins océaniques. Dans l'Atlantique, El Niño a tendance à supprimer l'activité cyclonique.
Ce phénomène augmente le cisaillement vertical du vent, c'est-à-dire les changements de vitesse et de direction du vent avec l'altitude. Un fort cisaillement empêche les tempêtes tropicales de se former ou désorganise celles qui existent déjà.
"Il est probable qu'il supprime quelque peu la saison des ouragans de 2026 dans l'Atlantique", explique Andy Hazelton, scientifique à l'Université de Miami. "L'augmentation de l'air descendant et du cisaillement du vent en altitude au-dessus de l'Atlantique créera des conditions défavorables."
À l'inverse, dans le Pacifique Est, El Niño crée des conditions plus favorables à la formation de cyclones, laissant présager une saison potentiellement plus active. La saison des ouragans dans le Pacifique débute le 15 mai, tandis que celle de l'Atlantique commence le 1er juin.
Un facteur parmi d'autres
La température de la surface de la mer joue également un rôle crucial. Des eaux anormalement chaudes dans l'Atlantique pourraient partiellement contrer les effets inhibiteurs d'El Niño. Les prévisions officielles pour la saison des ouragans, qui tiendront compte de tous ces facteurs, seront publiées par la NOAA en mai.
Des conséquences variables sur la météo régionale
Si El Niño se développe, ses impacts sur les températures et les précipitations ne seront pas immédiats. Il faut généralement compter un à deux mois après le début du phénomène pour observer des changements constants. Les effets les plus marqués se manifestent habituellement de la fin de l'automne au début du printemps suivant.
Chaque El Niño est unique par son intensité et son étendue géographique, ce qui entraîne une variabilité des impacts. Cependant, des schémas typiques ont été observés par le passé, notamment en Amérique du Nord :
- Températures : Le nord des États-Unis et l'Alaska connaissent souvent des hivers plus doux que la normale. Le sud, du Texas au Sud-Est, tend à être plus frais.
- Précipitations : Des conditions plus humides sont fréquemment observées sur la côte du Golfe, dans le Sud-Est et en Californie. En revanche, le nord des Rocheuses et la région des Grands Lacs sont souvent plus secs.
- Neige : Les chutes de neige peuvent être plus abondantes dans le sud des Rocheuses et sur la côte Est, mais moins importantes dans le nord des Grandes Plaines et la région des Grands Lacs.
Il est important de noter que ces tendances ne sont pas des certitudes et que d'autres facteurs climatiques peuvent moduler ces effets.
Vers de nouveaux records de température mondiale ?
El Niño a une influence directe sur la température moyenne de la planète. L'année 2024, qui a suivi le puissant El Niño de 2023-2024, a été classée comme l'année la plus chaude jamais enregistrée. Le phénomène libère une grande quantité de chaleur de l'océan vers l'atmosphère, ce qui s'ajoute à la tendance de fond du réchauffement climatique d'origine humaine.
L'Organisation Météorologique Mondiale (OMM) surveille de près la situation. "Le récent El Niño de 2023-2024 était l'un des cinq plus forts jamais enregistrés et a joué un rôle dans les températures mondiales record que nous avons vues en 2024", a déclaré Celeste Saulo, secrétaire générale de l'OMM.
Les experts estiment que l'impact le plus important d'El Niño sur les températures mondiales se produit souvent après son pic d'intensité. Cela signifie que les records de chaleur pourraient être battus non pas cette année, mais l'année suivante.
Probabilités pour les années à venir
Selon la NOAA, il y a plus de 90 % de chances que 2026 se classe parmi les cinq années les plus chaudes. Cependant, la probabilité qu'elle devienne l'année la plus chaude est actuellement faible, environ 1 %. Ces chances pourraient augmenter de manière significative pour 2027, en fonction de l'intensité du prochain El Niño.
La communauté scientifique reste mobilisée pour affiner les prévisions dans les mois à venir. La confirmation et l'intensité de ce nouvel El Niño seront des facteurs déterminants pour le climat mondial des deux prochaines années, influençant tout, de l'agriculture à la gestion des catastrophes naturelles.





