La mine de Red Dog, l'une des plus grandes mines de zinc au monde, située dans le nord-ouest de l'Alaska, fait face à des défis environnementaux et financiers considérables en raison du dégel accéléré du pergélisol. Ce phénomène, exacerbé par le réchauffement climatique, entraîne des coûts de centaines de millions de dollars et pourrait compromettre l'avenir de cette exploitation minière cruciale pour l'économie locale.
Les conséquences du dégel sont multiples, incluant la coloration orange des cours d'eau et une gestion des eaux usées de plus en plus complexe. Les régulateurs et l'opérateur de la mine, Teck Resources, cherchent des solutions à long terme, mais le temps presse face à l'expiration prochaine des autorisations temporaires.
Points Clés
- Le dégel du pergélisol coûte des centaines de millions de dollars à la mine Red Dog.
- Les rivières arctiques virent à l'orange à cause des minéraux libérés.
- Une extension de permis de 10 ans est demandée pour trouver des solutions durables.
- Un pipeline de 50 miles vers l'océan est envisagé, coûtant environ 279 millions de dollars.
- L'avenir économique de la région dépend fortement de la mine Red Dog.
Le dégel du pergélisol et la coloration des rivières
Le phénomène le plus visible et le plus préoccupant est la coloration orange des cours d'eau arctiques. Ce processus, appelé « rouille des rivières », est causé par le dégel du pergélisol qui libère de l'eau, des particules et des minéraux. Ces éléments réagissent chimiquement pour créer de l'acide, qui à son tour lessive des métaux comme le fer dans les cours d'eau.
Bien que visuellement similaire au drainage acide des mines mal gérées, ce phénomène n'est pas directement causé par l'activité minière de Red Dog. Il est plutôt une conséquence directe du réchauffement de l'Arctique, qui se produit trois à quatre fois plus vite que le reste de la planète.
Des chercheurs ont identifié des dizaines de cours d'eau affectés dans la chaîne de Brooks en Alaska. Autour de Red Dog, certains ruisseaux, autrefois clairs, sont devenus « très troubles, oranges et laiteux » en l'espace d'une année, selon Chelsea Clawson, biologiste au Département de la pêche et de la chasse de l'Alaska.
Fait Marquant
Le réchauffement de l'Arctique est 3 à 4 fois plus rapide que la moyenne mondiale, accélérant le dégel du pergélisol et ses impacts environnementaux.
Impacts sur la gestion des eaux usées de la mine
La mine Red Dog pompe ses eaux usées traitées dans un ruisseau voisin. Les niveaux de particules dissoutes en aval doivent respecter des limites strictes fixées par les régulateurs de l'État. Cependant, le dégel du pergélisol a entraîné une augmentation significative de ces niveaux naturels, dépassant les seuils autorisés, même si la qualité de l'eau traitée par la mine est restée constante.
En 2020, les efforts pour gérer ces impacts liés au dégel ont déjà coûté environ 19 millions de dollars à Teck Resources. Cinq ans plus tard, le problème persiste et les coûts s'aggravent. La mine pourrait devoir investir des centaines de millions de dollars sur la prochaine décennie pour se conformer aux réglementations.
« Leur gagne-pain est en jeu ici », a déclaré Tim Pilon, un régulateur du Département de la conservation environnementale de l'Alaska, soulignant l'importance de la mine pour la région.
Contexte Économique
Red Dog est un moteur économique crucial pour le nord-ouest de l'Alaska, employant des centaines de personnes et générant plus de 80 % des revenus du gouvernement local. Elle verse également des redevances importantes à NANA, la corporation autochtone de la région.
Les défis du bassin de résidus et les solutions envisagées
Pour prévenir la pollution, Red Dog collecte l'eau entrant en contact avec le site et la dirige vers un grand bassin où sont également stockés les résidus de traitement du minerai. L'eau est ensuite traitée avec de la chaux et d'autres composés pour éliminer les métaux potentiellement toxiques avant d'être rejetée dans le ruisseau Red Dog.
Depuis 2019, le dégel du pergélisol, combiné à une augmentation des précipitations due au changement climatique, a provoqué une saturation du bassin de résidus. Entre 2017 et 2021, le volume d'eaux usées stockées a augmenté d'environ 60 %, soit 2 milliards de gallons.
Face à cette situation critique, les régulateurs ont temporairement modifié le permis de Teck en 2021, permettant à la mine de continuer à rejeter de l'eau traitée malgré les niveaux élevés de minéraux naturels dans les ruisseaux. Cette modification expire l'année prochaine, et Teck a demandé une extension de 10 ans pour mettre en œuvre des solutions permanentes.
Un pipeline de 50 miles : une option coûteuse
Parmi les solutions envisagées, un pipeline de 50 miles (environ 80 kilomètres) est à l'étude. Il transporterait les eaux usées traitées de la mine jusqu'au port d'expédition minéralier de Red Dog, sur la mer des Tchouktches. Ce projet pourrait coûter environ 279 millions de dollars, soit plus de la moitié des bénéfices bruts de la mine l'année dernière.
Teck avait déjà étudié un concept similaire il y a plus de dix ans, mais l'avait abandonné en 2014, estimant que ses avantages seraient limités. Aujourd'hui, l'entreprise y revient sérieusement, tout en explorant d'autres options comme l'utilisation accrue de l'osmose inverse, une méthode de filtration capable de réduire les particules dissoutes dans l'eau traitée.
- Coût estimé du pipeline : 279 millions de dollars.
- Autres options : Osmose inverse, modifications des réglementations de permis.
L'avenir de la mine et ses implications
L'approbation d'une prolongation de permis est cruciale pour Teck. Si la mine est contrainte de réduire ses rejets, le bassin de résidus pourrait rapidement atteindre sa capacité maximale, menaçant la sécurité de l'exploitation.
Selon Srijan Aggarwal, professeur d'ingénierie environnementale à l'Université d'Alaska Fairbanks, la demande d'extension de Teck semble raisonnable. Il estime que l'eau traitée par la mine, qui contient moins de métaux que certains ruisseaux rouillés, pourrait même diluer l'eau riche en minéraux et bénéficier aux poissons qui évitent actuellement les zones affectées.
La mine Red Dog est censée épuiser ses gisements actuels d'ici 2032. Teck a obtenu une approbation fédérale clé l'année dernière pour construire une route d'accès à de nouveaux gisements, ce qui pourrait prolonger la durée de vie de la mine. Cependant, l'entreprise étudie encore la rentabilité de ces nouveaux sites et prévoit que l'exploitation active n'aura pas lieu avant plusieurs années.
Les défis posés par le dégel du pergélisol à Red Dog sont un aperçu des obstacles futurs au développement des ressources en Alaska. Les scientifiques estiment que le dégel pourrait causer jusqu'à 51 milliards de dollars de dommages aux infrastructures en Alaska au cours des quatre prochaines décennies, une estimation qui exclut les impacts sur les industries pétrolière et minière ainsi que sur les rivières rouillées.
Une situation unique
« C'est une situation très unique », a commenté Srijan Aggarwal, soulignant la complexité des défis environnementaux et réglementaires auxquels la mine est confrontée.
La situation à Red Dog montre que le dégel du pergélisol peut affecter les infrastructures de manière inattendue et indirecte. La survie de cette mine emblématique dépendra de la capacité de Teck à trouver des solutions durables et de la flexibilité des régulateurs face à un environnement en mutation rapide.





