Dix ans après la signature de l'Accord de Paris, les données climatiques montrent une accélération alarmante du réchauffement mondial. La décennie écoulée, de 2015 à 2024, a été la plus chaude jamais enregistrée. Les efforts pour limiter l'augmentation de la température à 1,5°C semblent de plus en plus compromis, selon les dernières analyses.
Points Clés
- La décennie 2015-2024 est la plus chaude jamais enregistrée.
- La barre des 1,5°C pourrait être atteinte dès 2029, soit 23 ans plus tôt que prévu en 2015.
- Les concentrations de CO2 et de méthane ont atteint des niveaux record.
- Les événements de chaleur extrême sont devenus plus fréquents et intenses.
Un réchauffement accéléré depuis l'Accord de Paris
En décembre 2015, près de 200 pays ont signé l'Accord de Paris. Cet accord historique visait à maintenir l'augmentation de la température mondiale "bien en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels", tout en s'efforçant de la limiter à 1,5°C. Dix ans plus tard, la réalité climatique dépasse les prévisions les plus pessimistes de l'époque.
Selon le Service de Changement Climatique Copernicus (C3S), les dix dernières années ont été les plus chaudes jamais observées. Chaque année depuis 2015 figure parmi les dix années les plus chaudes. Le directeur du C3S, Carlo Buontempo, souligne que "le monde est plus chaud que jamais. Il est maintenant évident que le climat change à un rythme que l'humanité n'a jamais connu."
Faits marquants
- En 2015, la projection pour atteindre 1,5°C était de 27 ans.
- Aujourd'hui, cette échéance est estimée à seulement 4 ans.
- Le réchauffement s'est accéléré de 23 ans en une décennie.
Le seuil des 1,5°C en ligne de mire
En 2015, les données du Copernicus Global Temperature Trend estimaient que le réchauffement avait atteint 1,04°C au-dessus des niveaux préindustriels. Le seuil de 1,5°C était alors projeté pour mars 2042. Les chiffres actuels, basés sur septembre 2025, indiquent un réchauffement de 1,4°C. Les nouvelles prévisions de Copernicus suggèrent que le seuil de 1,5°C pourrait être atteint dès 2029.
Cette accélération de 23 ans du délai pour atteindre 1,5°C est préoccupante. Les experts attribuent cette augmentation rapide aux concentrations toujours croissantes de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a d'ailleurs admis qu'un "dépassement temporaire au-dessus de 1,5 degré, à partir, au plus tard, du début des années 2030, est désormais inévitable".
Augmentation record des gaz à effet de serre
Les émissions de gaz à effet de serre n'ont cessé d'augmenter depuis 2015. L'Organisation Météorologique Mondiale a rapporté un record en 2024, marquant la plus forte augmentation annuelle depuis le début des mesures en 1957.
Contexte de l'Accord de Paris
L'Accord de Paris est un traité international juridiquement contraignant sur le changement climatique. Adopté par 196 Parties lors de la COP21 à Paris, le 12 décembre 2015, son objectif principal est de limiter le réchauffement planétaire à bien moins de 2, de préférence à 1,5 degré Celsius, par rapport aux niveaux préindustriels.
Les concentrations de dioxyde de carbone (CO2) dans l'atmosphère ont augmenté de 5,51 % depuis 2015, atteignant 422 parties par million (ppm) en décembre 2024. De même, les concentrations de méthane ont grimpé de 4,86 %, pour atteindre 1 897 parties par milliard (ppb) en décembre 2024.
« Au cours de la dernière décennie, les concentrations de CO2 ont augmenté de plus de 5 %, atteignant leurs niveaux annuels les plus élevés jamais enregistrés. »
Bien que les combustibles fossiles représentent près de 75 % des émissions totales de carbone en 2024, les feux de forêt ont également contribué de manière significative. En 2025, ils ont libéré plus de 1 300 mégatonnes de carbone, dégradant la qualité de l'air et ayant un impact néfaste sur la santé humaine.
La chaleur extrême, une nouvelle norme
Les événements de chaleur extrême sont devenus plus probables depuis 2015. Un rapport conjoint de Climate Central et World Weather Attribution révèle que, en moyenne, les pays ont connu 11 jours chauds supplémentaires par an au cours de la dernière décennie, comparativement à la décennie précédant l'Accord de Paris.
Le rapport a examiné des études de cas de vagues de chaleur impactantes sur six continents. Trois de ces six événements auraient été "presque impossibles sans le changement climatique", y compris la vague de chaleur record de 2023 en Europe du Sud. Deux autres événements étaient environ 10 fois plus susceptibles de se produire en 2025 qu'en 2015.
Une vague de chaleur d'une semaine, similaire à celle qu'a connue l'Europe du Sud en 2023, est désormais 70 % plus probable et 0,6°C plus chaude qu'elle ne l'aurait été il y a dix ans. De tels événements étaient considérés comme "presque impossibles" dans un climat préindustriel.
Des progrès insuffisants malgré les engagements
En 2015, le rapport sur l'écart des émissions du Programme des Nations Unies pour l'environnement projetait un réchauffement d'environ 4°C d'ici 2100. Le dernier rapport indique que le monde se dirige désormais vers un réchauffement de 2,8°C si les politiques climatiques actuelles sont appliquées, et entre 2,3 et 2,5°C si les signataires de l'Accord de Paris mettent pleinement en œuvre leurs plans nationaux.
Ces chiffres montrent une amélioration par rapport aux prévisions initiales, mais ils restent bien au-dessus des objectifs de l'Accord de Paris. La COP30, qui se tiendra à Belém, au Brésil, sera une occasion cruciale pour les dirigeants mondiaux de réévaluer les stratégies et d'intensifier les actions face à cette urgence climatique.





