La forêt amazonienne, poumon vital de notre planète, est en train de subir une transformation profonde. Une nouvelle étude internationale révèle que la région évolue vers un état qualifié d'"hypertropical". Cette mutation est caractérisée par des sécheresses plus longues, plus chaudes et plus fréquentes, des conditions sans précédent depuis des millions d'années.
Points Clés
- L'Amazonie bascule vers un état "hypertropical" inédit depuis des millions d'années.
- Les sécheresses sont plus intenses, chaudes et prolongées.
- La capacité de la forêt à absorber le CO2 diminue, menaçant son rôle de puits de carbone.
- Le taux de mortalité des arbres pourrait augmenter de 55% d'ici 2100.
- Les arbres à croissance rapide sont les plus vulnérables.
Des conditions climatiques sans précédent
Les chercheurs ont analysé des données collectées sur plus de trois décennies. Leurs conclusions sont alarmantes. Les arbres de l'Amazonie sont soumis à des niveaux de stress inédits. Cette situation compromet gravement la capacité de la forêt à absorber le dioxyde de carbone. Les scientifiques qualifient ces conditions de "sans équivalent actuel".
Le terme "hypertropical" a été créé pour décrire ce phénomène. Il fait référence à des conditions climatiques qui n'ont pas existé sur Terre depuis des millions d'années. Cette évolution rapide suscite de sérieuses inquiétudes quant à l'avenir de cet écosystème crucial.
Le Saviez-vous ?
- Les conditions "hypertropicales" n'ont pas été observées sur Terre depuis des millions d'années.
- La forêt amazonienne absorbe environ 25% du CO2 atmosphérique mondial.
- Les événements El Niño de 2015 et 2023 ont fortement contribué aux sécheresses observées.
L'impact sur la végétation amazonienne
L'étude s'est concentrée sur la manière dont les arbres et le sol réagissent aux périodes de forte chaleur et de sécheresse. Ces périodes, de plus en plus intenses, offrent un aperçu des conditions qui pourraient devenir la norme dans les 100 prochaines années.
« Lorsque ces sécheresses chaudes se produisent, c'est le climat que nous associons à une forêt hypertropicale, car cela dépasse les limites de ce que nous considérons comme une forêt tropicale aujourd'hui », explique Jeff Chambers, géographe à l'Université de Californie, Berkeley.
Les modèles élaborés à partir des données indiquent que ces sécheresses chaudes seront probablement plus fréquentes d'ici 2100. Elles pourraient survenir toute l'année, même pendant la saison des pluies, qui s'étend généralement de décembre à mai.
Une mortalité des arbres en hausse
La mortalité des arbres devrait augmenter de manière significative. Le manque d'humidité du sol déclenche deux problèmes majeurs : la défaillance hydraulique et la famine carbonée. La défaillance hydraulique se produit lorsque des bulles d'air bloquent le transport de l'eau à l'intérieur des arbres. La famine carbonée est causée par la fermeture des pores des feuilles pour économiser l'eau, ce qui impacte la photosynthèse.
Les mesures de terrain montrent que ces phénomènes se produisent déjà lors des extrêmes climatiques actuels de l'Amazonie. Si la forêt devient hypertropicale, ces extrêmes seront beaucoup plus fréquents, ce qui pourrait augmenter le taux de mortalité des arbres de 55%.
Contexte Climatique
Les événements El Niño sont des phénomènes climatiques naturels caractérisés par un réchauffement des eaux de surface de l'océan Pacifique équatorial. Ils influencent les régimes météorologiques mondiaux, entraînant souvent des sécheresses dans certaines régions et des inondations dans d'autres. Les El Niño récents ont été particulièrement intenses, aggravant les conditions en Amazonie.
Vulnérabilité des forêts secondaires
L'étude a également mis en évidence la vulnérabilité de certains types d'arbres. Les arbres à croissance rapide et à faible densité de bois sont plus sensibles. Ils meurent en plus grand nombre que les arbres à forte densité de bois.
« Nous avons montré que les arbres à croissance rapide, à faible densité de bois, étaient plus vulnérables, mourant en plus grand nombre que les arbres à forte densité de bois », précise Jeff Chambers. « Cela implique que les forêts secondaires pourraient être plus vulnérables à la mortalité induite par la sécheresse, car elles possèdent une plus grande proportion de ces types d'arbres. »
Une partie de l'étude s'est concentrée sur deux sites amazoniens spécifiques. Ces sites ont été touchés par les sécheresses de 2015 et 2023, exacerbées par des événements El Niño exceptionnellement chauds. Le seuil critique d'eau était identique sur les deux sites et pour les deux années, suggérant un changement potentiellement généralisé.
L'Amazonie, un puits de carbone menacé
Les chercheurs prévoient que la plupart des forêts hypertropicales émergeront dans la région amazonienne. Cependant, elles pourraient également apparaître en Afrique et en Asie. Ces forêts risquent de passer d'un rôle de puits de carbone à celui de contributeurs de carbone, à mesure que les arbres disparaissent.
Ces projections se basent sur des données extensives. Elles rappellent l'importance capitale des forêts pour l'équilibre atmosphérique. La perte de ces écosystèmes aurait des conséquences dramatiques pour le climat mondial.
Un avenir entre nos mains
L'issue de cette transformation dépendra des actions humaines. Les émissions de gaz à effet de serre jouent un rôle déterminant dans l'accélération de ce phénomène. La communauté scientifique appelle à une prise de conscience et à des mesures concrètes pour limiter l'ampleur de ces changements.
« Tout dépend de ce que nous faisons », insiste Jeff Chambers. « C'est à nous de décider dans quelle mesure nous allons réellement créer ce climat hypertropical. Si nous continuons à émettre des gaz à effet de serre autant que nous le voulons, sans aucun contrôle, alors nous allons créer ce climat hypertropical plus tôt. »
Cette recherche, publiée dans la revue Nature, souligne l'urgence d'agir. La préservation de l'Amazonie est essentielle non seulement pour sa biodiversité unique, mais aussi pour la stabilité climatique de la Terre.





