Des milliers de personnes ont bravé des températures glaciales à Minneapolis ce vendredi 23 janvier 2026, pour protester contre une vaste opération fédérale de répression de l'immigration. Malgré un froid polaire atteignant les -27°C, les manifestants ont défilé pour dénoncer les actions de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE).
Ce rassemblement massif, l'un des plus importants à ce jour dans la ville, intervient dans un climat de tensions croissantes suite à la mort d'une citoyenne américaine et à l'arrestation de plusieurs milliers d'immigrés sans papiers au cours des dernières semaines.
Points Clés
- Des milliers de personnes ont manifesté à Minneapolis malgré des températures de -27°C.
- La manifestation s'oppose à l'"Operation Metro Surge" qui a conduit à plus de 3 000 arrestations.
- Les tensions sont vives après la mort de Renee Nicole Good, abattue par un agent de l'ICE.
- Des responsables locaux, dont le gouverneur et le maire, critiquent l'opération fédérale.
Une mobilisation sans précédent malgré un froid extrême
Le thermomètre affichait -23°C, avec un ressenti de -37°C à cause du vent, mais cela n'a pas découragé les foules. Dès le matin, des milliers de personnes se sont rassemblées à l'aéroport de Minneapolis, formant une chaîne humaine le long du terminal des départs. L'action s'est poursuivie dans l'après-midi avec une marche vers le Target Center, au cœur de la ville.
« C'est le jour le plus froid de l'année au Minnesota, et nous assistons à la plus grande manifestation à ce jour », a déclaré Amal Ahmed, une participante de 30 ans, alors que des organisateurs distribuaient des chaufferettes pour les mains. Les slogans comme "ICE out" (Dehors l'ICE) résonnaient dans les rues, portés par une foule déterminée.
De nombreuses entreprises des villes jumelles (Minneapolis et St. Paul) ont fermé leurs portes en signe de soutien. Les organisateurs, parmi lesquels des groupes de défense des immigrés, des syndicats et des organisations religieuses, avaient appelé à une journée de grève générale, sans travail, sans école et sans achats.
Le contexte de l'"Operation Metro Surge"
Cette vague de protestation est une réponse directe à l'"Operation Metro Surge", une initiative lancée par l'administration Trump en décembre. Depuis son déploiement, plus de 3 000 agents fédéraux de l'immigration ont été envoyés à Minneapolis.
Plus de 3 000 arrestations en six semaines
Selon les chiffres du Département de la Sécurité Intérieure (DHS), l'opération a mené à l'arrestation de plus de 3 000 immigrés sans papiers dans la région au cours des six dernières semaines.
L'opération a été déclenchée suite à la diffusion virale d'une vidéo sur YouTube par l'influenceur de droite Nick Shirley. La vidéo alléguait une fraude massive dans des garderies tenues par des immigrés somaliens, ravivant l'attention sur une enquête du Département de la Justice vieille de plusieurs années concernant un présumé détournement de 250 millions de dollars.
Dans une déclaration, un porte-parole du DHS a critiqué les manifestations, affirmant que les groupes protestataires cherchaient à défendre des « criminels étrangers » au détriment de l'économie locale et des citoyens respectueux de la loi.
Des tensions exacerbées par des incidents récents
La colère des manifestants est alimentée par plusieurs événements récents. Le plus marquant est la mort de Renee Nicole Good, une citoyenne américaine non armée, abattue par l'agent de l'ICE Jonathan Ross le 7 janvier. Les autorités fédérales ont affirmé que l'agent agissait en état de légitime défense, une version contestée par de nombreux manifestants qui réclament son arrestation.
La situation s'est encore envenimée avec l'arrestation de quatre enfants par les services d'immigration, dont un garçon de 5 ans, Liam Conejo Ramos. Des photos de l'enfant circulaient sur les pancartes des manifestants avec des slogans comme "Not bait" (Pas un appât). Le district scolaire de l'enfant a accusé les agents d'avoir utilisé le garçon pour attirer et arrêter ses parents, ce que le DHS a nié.
« C'est absolument déchirant de savoir que même un enfant de 5 ans peut être placé dans un centre de détention. Personne n'est en sécurité », a confié Amal Ahmed.
Abdi Hassan, un Américano-Somalien de 19 ans, a raconté que plusieurs de ses amis avaient été victimes de profilage racial. « Je dois avoir ma carte d'identité sur moi en permanence, sinon je risque d'être embarqué sans raison... C'est terrifiant ces derniers temps », a-t-il expliqué.
Un bras de fer entre autorités locales et fédérales
L'opération fédérale a été vivement critiquée par les dirigeants locaux, notamment le gouverneur démocrate Tim Walz et le maire de Minneapolis, Jacob Frey. Cette semaine, le conflit a pris une tournure judiciaire lorsque le Département de la Justice a émis des assignations à comparaître à leur encontre, ainsi qu'à d'autres responsables de l'État. Ils sont soupçonnés d'avoir entravé les opérations d'immigration.
Des voix solidaires face au froid
Au milieu de la manifestation, des gestes de solidarité ont émergé. Yubi Hassan, 24 ans, un immigrant somalien propriétaire d'une entreprise de thé locale, distribuait des boissons chaudes aux manifestants. « Nous avons réalisé qu'il faisait -27°C aujourd'hui, et que n'importe qui apprécierait quelque chose de chaud », a-t-il dit. Malgré la peur, il a souligné l'importance d'être présent : « Cela commence toujours par un groupe de personnes, jusqu'à ce que ça s'étende à tout le monde. Aujourd'hui, c'est nous, demain ce sera peut-être quelqu'un d'autre. »
Alors que la soirée tombait sur les villes jumelles, le rassemblement s'est poursuivi au Target Center. Des banderoles affichant "Arrêtez de kidnapper nos voisins" étaient visibles. L'imam Youssef Abdullah, un activiste local, s'est adressé à la foule.
« Aujourd'hui, nous ne sommes pas rassemblés par peur. Nous sommes rassemblés par amour pour nos voisins, pour nos enfants et pour notre avenir », a-t-il déclaré. « Au gouvernement fédéral, regardez ce rassemblement. Je sais que vous regardez. Prenez de bonnes photos. Votre division n'a pas fonctionné. Votre division a échoué. Votre cruauté a été exposée. »





